Il n’y a rien de plus horrible que de finir un bon livre.
En soi, lire un bon livre est une expérience solitaire qui vous déprime autant qu’elle vous enchante : vous n’avez en effet qu’une envie (hormis le déchirant besoin de lire, lire, lire et lire jusqu’à plus soif), c’est d’en parler. Vous aimeriez débattre pendant des heures des issues possibles pour les personnages, de vos scènes préférées ; vous voudriez exprimer votre enthousiasme à voix haute, prendre vos amis par le col de leur chemise et les secouer en essayant de les convaincre qu’il faut absolument qu’ils lisent le pavé que vous êtes en train d’engloutir avec avidité.
Bien entendu, personne ne lit jamais le même livre que vous - les probabilités seront d’autant plus minces s’il s’agit d’une brique de mille pages à vingt-cinq euros. Et, si le livre en question doit être lu un jour par quelqu’un de votre entourage, ce ne sera certainement pas en même temps. Bref, vous êtes seule. Vous vivez quelque chose de fantastique, mais qui ne se partage pas.
Lire un roman génial, c’est comme partir à l’autre bout du monde en solitaire, comme s’enfiler une boite de chocolats devant un bon film quand personne n’est à la maison, comme recevoir une lettre d’amour. C’est beau parce que ça n’appartient qu’à vous, mais c’est un peu triste car ça n’a pas vocation à être partagé ; en tous cas, pas sur le moment. Ceci dit, la sensation ne serait sans doute pas la même non plus si, justement, l’instant était vécu à deux ; le délicieux petit plaisir coupable qui vous prend dans ces moments là ne saurait être échangé contre tout l’or du monde. Un peu d’égoïsme, ça fait parfois du bien.
Toujours est-il que, non contente d’être triste du fait que vous mourrez d’envie de partager votre lecture et le milliard d’impressions qui vont avec, vous êtes désormais inconsolable car ça y est – vous avez terminé le bon livre en question.
C’est affreux. Vous auriez pu continuer pendant encore des semaines ; c’est, du moins, l’impression que vous aviez. Les personnages, l’ambiance, tout va terriblement vous manquer. Vous vous sentez seule, pour ne pas dire abandonnée, et vous savez que vous aller passer la soirée à faire des recherches sur internet, vérifiant la véracité des faits, traquant la moindre piste d’adaptation cinématographique, engloutissant les critiques.
Tout cela est probablement pathétique, mais vous assumez. Vous aimez les livres au moins autant que le cinéma ; une bonne histoire, quand elle est bien racontée, est la chose la plus merveilleuse du monde – peu importe le média.
(Chose amusante, si vous repensez à tout ce que vous avez vu et lu depuis le premier janvier de l’an de grâce deux mille treize, un seul film sort du lot… contre au moins trois livres.) *
Voilà pourquoi vous avez été absolument horrifiée quand, lors de votre dernière mission en temps qu’hôtesse d’accueil, l’une de vos collègues a déboulé en clamant fièrement qu’elle n’avait jamais lu un livre. JAMAIS. LU. UN. LIVRE.
HALL D’ACCUEIL – INT/JOUR
Kimberly (appelons-la ainsi) déboule dans le hall ; elle remplace l’hôtesse du bâtiment voisin et rejoint ses collègues pour déjeuner. Non contente de pas porter le tailleur noir réglementaire, elle est vêtue d’un pantalon léopard pour le moins vulgaire, et évoque terriblement aux autres un personnage de la série « Jersey Shore »… si tant est que l’on peut appeler cette chose une série, cela va sans dire.
KIMBERLY
Salut les filles !
(ellipse – gnagnagna, dialogue inutile)
Vous devinerez jamais – je me suis acheté un livre ! Haha ouais ! Vous imaginez, j’ai jamais lu un livre, jamais, et là c’est le premier que j’achète de ma vie. Moi !
(oui, alors, comment vous dire, mademoiselle… il n’y a pas vraiment de quoi se vanter, en fait.)
KIMBERLY
Chuis trop déçue, parce que j’ai acheté « 50 nuances de Grey », on m’avait dit que c’était que du cul – et en fait que dalle ! C’est pas du cul, c’est des pauvres phrases pour les ménagères en manque… L’arnaque, quoi.
En plus, attendez – l’héroïne a vingt-deux ans et elle n’a JAMAIS FAIT L’AMOUR ! Elle est vierge, putain, haha, non mais vous imaginez, vierge à vint-deux ans, la honte ! Ca aurait du être fait depuis longtemps, pauvre fille quoi !
FIN DE LA SCENE – SUICIDE DES PERSONNAGES PRINCIPAUX, CONSTERNÉS.
Voilà. Ce billet est plus ou moins hors-sujet, mais il vous fallait faire part de votre abominable découverte – ce genre d’individus EXISTE !
Cela vous motive légèrement à persévérer pour sortir de là.
* Les oeuvres en question étant:
- Cloud Atlas, d’Andy & Lana Wachowski et Tom Tykwer
- « Comment je suis devenu un écrivain célèbre », de Steve Hely
- « Terreur », de Dan Simmons
- « 22/11/63 », de Stephen King
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mardi 26 mars 2013
vendredi 15 mars 2013
Pop!ular
Quand vous avez commencé ce blog, vous ne saviez pas vraiment à quoi vous attendre. Vous mourriez d’envie de raconter vos aventures, mais vous n’aviez pas la plus petite idée de ce qui pourrait se passer.
Certes, vous n’espériez pas vraiment connaître le succès d’Anna Sam ; vous saviez que vous ne vous feriez pas publier, et que vos écrits ne seraient pas adaptés en six saisons à la télévision, puis un long-métrage – vous ne saviez même pas si vos considérations, vos plaintes et vos fantasmes intéresseraient quelqu’un. Il fallait juste que ça sorte, voilà!
Et puis les gens ont lu. Il y a eu des compliments, il y a eu des critiques, mais savoir que l’on est lu procure tout de même une joie fantastique (oui, c’est la minute premier degré). C’est exactement comme lorsque l’on fait un court-métrage ou un clip et que, en plus de voir les vues augmenter, on reçoit des commentaires de parfaits inconnus ayant pris quelques minutes de leur temps pour vous faire part de leurs impressions. C’est génial. C’est youpi. Ça donne envie de continuer… et il en faut, des raisons de continuer !
Tout cela pour dire que, même si ce modeste blog est loin d’atteindre les cent-mille vues chaque mois (ben oui – il en fait un million. Ha, ha, ha), il vous a permis de faire des rencontres. De très, très belles rencontres, et vous ne parlez pas là d’un speed-dating douteux autour d’un plateau de brochettes bœuf-fromage sur une reprise de « My heart will go on » en chinois (le lecteur assidu se rappellera que vous êtes accessoirement loin d’être célibataire, et que vous avez le plaisir d’avoir un petit-ami pour qui le piston fonctionne, tssss).
Ce message niais et dégoulinant de bonheur amical a donc pour unique fonction d’honorer ces délicieuses rencontres ; merci, ô amis lecteurs et désormais parfois amis tout court, de me soutenir, de croire en moi ou simplement de m’écouter râler. Vous me confortez dans l’idée que ce blog n’était pas une si mauvaise chose !
Pour finir, voici une photo de votre petite joie de la semaine : un beau dessin fait rien que pour vous, huhuhu (oui, parfois vous êtes une fille, et vous gloussez), par le très cher Amiral (http://amiraldessin.com/). Elle est pas belle, la vie ?
Certes, vous n’espériez pas vraiment connaître le succès d’Anna Sam ; vous saviez que vous ne vous feriez pas publier, et que vos écrits ne seraient pas adaptés en six saisons à la télévision, puis un long-métrage – vous ne saviez même pas si vos considérations, vos plaintes et vos fantasmes intéresseraient quelqu’un. Il fallait juste que ça sorte, voilà!
Et puis les gens ont lu. Il y a eu des compliments, il y a eu des critiques, mais savoir que l’on est lu procure tout de même une joie fantastique (oui, c’est la minute premier degré). C’est exactement comme lorsque l’on fait un court-métrage ou un clip et que, en plus de voir les vues augmenter, on reçoit des commentaires de parfaits inconnus ayant pris quelques minutes de leur temps pour vous faire part de leurs impressions. C’est génial. C’est youpi. Ça donne envie de continuer… et il en faut, des raisons de continuer !
Tout cela pour dire que, même si ce modeste blog est loin d’atteindre les cent-mille vues chaque mois (ben oui – il en fait un million. Ha, ha, ha), il vous a permis de faire des rencontres. De très, très belles rencontres, et vous ne parlez pas là d’un speed-dating douteux autour d’un plateau de brochettes bœuf-fromage sur une reprise de « My heart will go on » en chinois (le lecteur assidu se rappellera que vous êtes accessoirement loin d’être célibataire, et que vous avez le plaisir d’avoir un petit-ami pour qui le piston fonctionne, tssss).
Ce message niais et dégoulinant de bonheur amical a donc pour unique fonction d’honorer ces délicieuses rencontres ; merci, ô amis lecteurs et désormais parfois amis tout court, de me soutenir, de croire en moi ou simplement de m’écouter râler. Vous me confortez dans l’idée que ce blog n’était pas une si mauvaise chose !
Pour finir, voici une photo de votre petite joie de la semaine : un beau dessin fait rien que pour vous, huhuhu (oui, parfois vous êtes une fille, et vous gloussez), par le très cher Amiral (http://amiraldessin.com/). Elle est pas belle, la vie ?
dimanche 18 novembre 2012
Kick-Ass.
Ca y est, vous l’avez fait. Vous avez craqué. Vous avez riposté contre le sinistre personnage qui avait décidé de ruiner votre séance de cinéma…
Des années que vous serrez les dents, que vous ne dites rien et que vous fantasmez en secret sur les mille sévices que vous pourriez faire subir aux sombres crétins qui parlent, crient, téléphonent dans les salles obscures. Ceux qui shootent en continu dans les fauteuils, qui décident de faire pleuvoir du pop-corn, voire même qui profitent du rang du fond pour une fellation (si, si).
Parce que nom de Zeux, on RESPECTE LE FILM !
Mais là… là… !
Vous étiez allée voir « Looper ».
Il faut savoir que les abrutis dans les salles de cinéma, c’est comme les envies de faire pipi ou le pop-corn bruyant : ça n’arrive jamais durant un film que vous n’avez pas envie de voir. Vous avez passé les heures les plus tranquilles de votre vie devant des longs-métrages fades et inintéressants ; le visionnage d’un grand film a toujours été une lutte acharnée pour la tranquillité – le plus grand luxe que vous offre votre carte illimitée, c’est celui de pouvoir partir si vous constatez qu’il n’y a plus de bonnes places, ou que la salle est remplie de dégénérés du bulbe.
Vous n’avez rien contre les salles pleines, non – les avants premières sont d’ailleurs souvent très agréables : la salle est, pour le coup, remplie d’un public désirant vraiment voir le film, et il n’y a rien de meilleur que de rire ou de crier en chœur.
Fin de la digression. Ce que vous essayez de dire, c’est qu’une séance de cinéma, ça relève du sacré. PARFAITEMENT !
« Looper », donc. Le tunnel de publicité passé, les lumières s’éteignent et le film commence. Et voilà, hop, quatre jeunes gens fort distingués entrent par la sortie et décident de s’inviter.
Qu’ils ne paient pas, vous vous en fichez comme de votre premier cours de vidéo – vous pourriez même presque trouver ça beau, en bonne naïve que vous êtes : « comme c’est émouvant, ces gens qui ont tellement envie de voir un bon film, et qui osent braver la loi pour faire triompher le cinéma ! »
Euh. Ouais. Ca doit surtout être parce qu’il fait plus chaud à l’intérieur.
Les voici donc qui se scindent en deux groupes, un à gauche, un à droite. Le premier groupe monte les escaliers et s’approche dangereusement de vous. Joseph Gordon-Levitt est à l’écran depuis une minute environ, mais vous n’arrivez pas à vous concentrer sur lui. Et ce n’est même pas à cause de son maquillage pourri – vous sentez la catastrophe arriver.
L’Abruti en Chef – appelons ainsi le leader de ce merveilleux petit gang de puceaux – décide d’interpeller ses amis (qui sont donc de l’autre côté de la salle) en criant. Dans sa sa main, son portable est, bien sûr, allumé et lumineux. Ô, comme tout cela commence bien… Dans la salle, personne ne dit mot (courageux spectateurs), mais le petit merdeux semble sentir les vibrations négatives qui commencent à former un petit nuage flottant dans sa direction. Il prend donc l’initiative (toujours debout) de tourner sur lui-même en criant à la cantonade « je vous emmerde ! Je vous emmerde ! HAHAHA ! ».
Oh, malheureux. Chez vous, ce ne sont plus des vibrations négatives, mais des pulsions de mort. Pulsions qui ne doivent pas pulser très fort, parce que l’Abruti en Chef décide de s’asseoir sur la marche A COTE DE VOUS. Au bout de quelques secondes, il fait encore mieux – il s’appuie contre vous. Bien au chaud contre votre douillette épaule. Le portable toujours allumé.
OK. Il ne fait désormais aucun doute que Steven, le dieu du cinéma, vous envoie un signe assez clair. Il faut agir. Vous vous tournez donc vers l’animal à votre gauche et vous emparez de son téléphone portable, dans l’idée de le faire voler à travers la salle, comme vous en rêvez depuis des années. Le hic, c’est que le propriétaire dudit téléphone a la poigne ferme, et, même s’il n’a pas du anticiper votre action, il ne lâche certainement pas prise. Zut.
Super déception. Vous tirez, il tire, rien à faire, et en plus il proteste (comment ça, c’est normal ?). Vous vous redressez donc et, bien droite, vous vous tournez vers lui et déclamez quelque chose qui devait ressembler à « maintenant tu fermes ta gueule, tu éteins ton portable, et tu respectes le film et les gens qui le regardent. TU FERMES TA GUEULE ! ».
(Eh bien oui. Le problème avec les gens très gentils, c’est que quand ils finissent par exploser, ils explosent très fort. Et puis vous n’avez jamais prétendu être un modèle de politesse, d’abord).
L’Abruti en Chef a l’air surpris, mais ne se laisse pas faire. « Immonde damoiselle, comment osez-vous me parler ainsi ? Je n’ai point pour intention de sortir ! » (pour la compréhension du public, vous avez pris la liberté de traduire ses paroles en français).
Chez vous, le surmoi a disparu. Vous restez ferme – chose amusante, cela vous arrivez très rarement dans la vraie vie. « Maintenant tu sors. TU DEGAGES ! ». Si, si, vous l’avez fait. C’est très libérateur.
Bon, est-ce qu’à ce moment là, vous auriez vraiment du le frapper ? Tout le monde vous dira que non, votre cerveau le premier. Mais il l’avait cherché. Et puis ce n’était pas grand-chose, juste une petite tape éducative sur la tête, quoi…
L’avantage, c’est qu’avec l’effet de surprise, il n’a pas répondu. Ceci dit, il n’a pas bougé non plus, et a commencé à vous menacer, sans toutefois passer à l’acte – ce qui n’est peut-être pas plus mal, parce que vous auriez répondu, et même si vous vous seriez probablement fait lamentablement botter les fesses, vous auriez pu être très très très méchante. EH BEN OUAIS !
Finalement, vous lui avez simplement dit que s’il voulait jouer au con, il allait perdre, et vous êtes partie chercher le vigil, ce qui a eu pour effet immédiat de les faire fuir. Même pas drôle. Un doigt d’honneur et puis s’en vont.
Bon, vous passerez sur les détails (le personnel du cinéma qui ne veut plus vous laisser partir de peur que vous vous fassiez agresser, le jeu de cache-cache dans le centre commercial, le retour des abrutis dans le cinéma, etc etc), mais tout s’est bien terminé. Sans bagarre, en tous cas.
Trois choses, toutefois :
- les autres spectateurs n’ont pas moufté, du début à la fin. Et Dieu sait que vous n’avez pas chuchoté… Jusqu’où faudrait-il donc que ça aille ?
- Etre une fille, c’est drôle. Parce que, même en jouant la carte de l’honnêteté et en avouant au personnel que c’est plutôt vous qui l’avez touché, vous êtes « la jeune fille qui s’est fait agresser ». Intéressant.
(PERSONNE ne vous agresse ! Non mais oh !)
- Le meilleur endroit pour vous cacher d’une bande d’écervelés qui vous en veut, c’est définitivement une librairie. Ha, ha, ha !
(Pardon, madame la police ! Ne me mettez pas en prison pour ce billet ! Ce n’est pas une apologie de la violence et malgré les apparences, je suis très saine d’esprit !)
Des années que vous serrez les dents, que vous ne dites rien et que vous fantasmez en secret sur les mille sévices que vous pourriez faire subir aux sombres crétins qui parlent, crient, téléphonent dans les salles obscures. Ceux qui shootent en continu dans les fauteuils, qui décident de faire pleuvoir du pop-corn, voire même qui profitent du rang du fond pour une fellation (si, si).
Parce que nom de Zeux, on RESPECTE LE FILM !
Mais là… là… !
Vous étiez allée voir « Looper ».
Il faut savoir que les abrutis dans les salles de cinéma, c’est comme les envies de faire pipi ou le pop-corn bruyant : ça n’arrive jamais durant un film que vous n’avez pas envie de voir. Vous avez passé les heures les plus tranquilles de votre vie devant des longs-métrages fades et inintéressants ; le visionnage d’un grand film a toujours été une lutte acharnée pour la tranquillité – le plus grand luxe que vous offre votre carte illimitée, c’est celui de pouvoir partir si vous constatez qu’il n’y a plus de bonnes places, ou que la salle est remplie de dégénérés du bulbe.
Vous n’avez rien contre les salles pleines, non – les avants premières sont d’ailleurs souvent très agréables : la salle est, pour le coup, remplie d’un public désirant vraiment voir le film, et il n’y a rien de meilleur que de rire ou de crier en chœur.
Fin de la digression. Ce que vous essayez de dire, c’est qu’une séance de cinéma, ça relève du sacré. PARFAITEMENT !
« Looper », donc. Le tunnel de publicité passé, les lumières s’éteignent et le film commence. Et voilà, hop, quatre jeunes gens fort distingués entrent par la sortie et décident de s’inviter.
Qu’ils ne paient pas, vous vous en fichez comme de votre premier cours de vidéo – vous pourriez même presque trouver ça beau, en bonne naïve que vous êtes : « comme c’est émouvant, ces gens qui ont tellement envie de voir un bon film, et qui osent braver la loi pour faire triompher le cinéma ! »
Euh. Ouais. Ca doit surtout être parce qu’il fait plus chaud à l’intérieur.
Les voici donc qui se scindent en deux groupes, un à gauche, un à droite. Le premier groupe monte les escaliers et s’approche dangereusement de vous. Joseph Gordon-Levitt est à l’écran depuis une minute environ, mais vous n’arrivez pas à vous concentrer sur lui. Et ce n’est même pas à cause de son maquillage pourri – vous sentez la catastrophe arriver.
L’Abruti en Chef – appelons ainsi le leader de ce merveilleux petit gang de puceaux – décide d’interpeller ses amis (qui sont donc de l’autre côté de la salle) en criant. Dans sa sa main, son portable est, bien sûr, allumé et lumineux. Ô, comme tout cela commence bien… Dans la salle, personne ne dit mot (courageux spectateurs), mais le petit merdeux semble sentir les vibrations négatives qui commencent à former un petit nuage flottant dans sa direction. Il prend donc l’initiative (toujours debout) de tourner sur lui-même en criant à la cantonade « je vous emmerde ! Je vous emmerde ! HAHAHA ! ».
Oh, malheureux. Chez vous, ce ne sont plus des vibrations négatives, mais des pulsions de mort. Pulsions qui ne doivent pas pulser très fort, parce que l’Abruti en Chef décide de s’asseoir sur la marche A COTE DE VOUS. Au bout de quelques secondes, il fait encore mieux – il s’appuie contre vous. Bien au chaud contre votre douillette épaule. Le portable toujours allumé.
OK. Il ne fait désormais aucun doute que Steven, le dieu du cinéma, vous envoie un signe assez clair. Il faut agir. Vous vous tournez donc vers l’animal à votre gauche et vous emparez de son téléphone portable, dans l’idée de le faire voler à travers la salle, comme vous en rêvez depuis des années. Le hic, c’est que le propriétaire dudit téléphone a la poigne ferme, et, même s’il n’a pas du anticiper votre action, il ne lâche certainement pas prise. Zut.
Super déception. Vous tirez, il tire, rien à faire, et en plus il proteste (comment ça, c’est normal ?). Vous vous redressez donc et, bien droite, vous vous tournez vers lui et déclamez quelque chose qui devait ressembler à « maintenant tu fermes ta gueule, tu éteins ton portable, et tu respectes le film et les gens qui le regardent. TU FERMES TA GUEULE ! ».
(Eh bien oui. Le problème avec les gens très gentils, c’est que quand ils finissent par exploser, ils explosent très fort. Et puis vous n’avez jamais prétendu être un modèle de politesse, d’abord).
L’Abruti en Chef a l’air surpris, mais ne se laisse pas faire. « Immonde damoiselle, comment osez-vous me parler ainsi ? Je n’ai point pour intention de sortir ! » (pour la compréhension du public, vous avez pris la liberté de traduire ses paroles en français).
Chez vous, le surmoi a disparu. Vous restez ferme – chose amusante, cela vous arrivez très rarement dans la vraie vie. « Maintenant tu sors. TU DEGAGES ! ». Si, si, vous l’avez fait. C’est très libérateur.
Bon, est-ce qu’à ce moment là, vous auriez vraiment du le frapper ? Tout le monde vous dira que non, votre cerveau le premier. Mais il l’avait cherché. Et puis ce n’était pas grand-chose, juste une petite tape éducative sur la tête, quoi…
L’avantage, c’est qu’avec l’effet de surprise, il n’a pas répondu. Ceci dit, il n’a pas bougé non plus, et a commencé à vous menacer, sans toutefois passer à l’acte – ce qui n’est peut-être pas plus mal, parce que vous auriez répondu, et même si vous vous seriez probablement fait lamentablement botter les fesses, vous auriez pu être très très très méchante. EH BEN OUAIS !
Finalement, vous lui avez simplement dit que s’il voulait jouer au con, il allait perdre, et vous êtes partie chercher le vigil, ce qui a eu pour effet immédiat de les faire fuir. Même pas drôle. Un doigt d’honneur et puis s’en vont.
Bon, vous passerez sur les détails (le personnel du cinéma qui ne veut plus vous laisser partir de peur que vous vous fassiez agresser, le jeu de cache-cache dans le centre commercial, le retour des abrutis dans le cinéma, etc etc), mais tout s’est bien terminé. Sans bagarre, en tous cas.
Trois choses, toutefois :
- les autres spectateurs n’ont pas moufté, du début à la fin. Et Dieu sait que vous n’avez pas chuchoté… Jusqu’où faudrait-il donc que ça aille ?
- Etre une fille, c’est drôle. Parce que, même en jouant la carte de l’honnêteté et en avouant au personnel que c’est plutôt vous qui l’avez touché, vous êtes « la jeune fille qui s’est fait agresser ». Intéressant.
(PERSONNE ne vous agresse ! Non mais oh !)
- Le meilleur endroit pour vous cacher d’une bande d’écervelés qui vous en veut, c’est définitivement une librairie. Ha, ha, ha !
(Pardon, madame la police ! Ne me mettez pas en prison pour ce billet ! Ce n’est pas une apologie de la violence et malgré les apparences, je suis très saine d’esprit !)
jeudi 2 août 2012
La bat-anecdote.
Voilà, ça y est. Vous vous êtes enfin décidée à braver la foule, le pop-corn et les écrans de Smartphones, et vous êtes allée voir « The Dark Knight ».
Du moins, vous avez essayé.
Tout avait pourtant bien commencé ; votre séance n’était pas complète, vous étiez bien placée, et les gens autour de vous semblaient plutôt enclins à respecter le film et à rester sages. Même les publicités avaient été supportables, et vous aviez été gâtée au niveau des bandes-annonces. Que demander de plus ?
C’était sans compter sur le principe du Yin et du Yang : si tout se passe bien, quelque chose va FORCEMENT couiller quelque part, pour faire une balance.
En l’occurrence, pour vous, ce fut le son. Selina Kyle venait tout juste de se jeter élégamment par la fenêtre, juste après dérobé le collier de perles ; le gros « boum » qui a suivi vous a fait penser qu’elle devait peser bien plus qu’on ne pouvait le supposer. Mauvaise langue ! Le boum n’était autre que le bruit du son qui lâche, qui pète, qui a décidé de prendre des vacances sans vous. Telle Catwoman, vous vous êtes donc jetée dans les escaliers, bondissant vers la sortie afin de prévenir le personnel du cinéma.
(D’accord. Il se peut que cette image ait été quelque peu enjolivée et que la scène, vue de l’extérieur, ait été un peu moins "James Bond" et un peu plus "éléphant cherchant les marches dans l’obscurité" . Soit.)
Le hic, c’est qu’en dépit de votre prestation héroïque, de ce sacrifice magnifique d’une cinéphile prête à rater trois minutes de blockbuster estival pour sauver cent cinquante personnes, le son n’est jamais revenu.
Après une demi-heure d’attente, de tests sonores et d’excuses maladroites du cinéma, le diagnostic fut sans appel : la séance ne reprendra pas, merci, au revoir, mais si vous voulez il reste des places tout devant sur les côtés à la séance suivante.
MEME PAS UNE COMPENSATION POP-CORNAIRE !
Bref. Cette expérience inédite vous a confrontée à une situation nouvelle : le manque. Le coitus interruptus cinématographique.
C’est affreux ! Vous errez alors sans but, en proie à une étrange sensation d’inachevé. Vous êtes comme un chiot larmoyant que l’on aurait ôté à sa mère avant qu’il ne soit sevré.
C’est donc officiel : le cinéma peut se tenir fièrement aux côtés de la nourriture, de la drogue ou du sexe ; c’est une faim physique qui ne saurait s’éteindre avant que le cœur ne soit rassasié.
Enculé de Batman !
Du moins, vous avez essayé.
Tout avait pourtant bien commencé ; votre séance n’était pas complète, vous étiez bien placée, et les gens autour de vous semblaient plutôt enclins à respecter le film et à rester sages. Même les publicités avaient été supportables, et vous aviez été gâtée au niveau des bandes-annonces. Que demander de plus ?
C’était sans compter sur le principe du Yin et du Yang : si tout se passe bien, quelque chose va FORCEMENT couiller quelque part, pour faire une balance.
En l’occurrence, pour vous, ce fut le son. Selina Kyle venait tout juste de se jeter élégamment par la fenêtre, juste après dérobé le collier de perles ; le gros « boum » qui a suivi vous a fait penser qu’elle devait peser bien plus qu’on ne pouvait le supposer. Mauvaise langue ! Le boum n’était autre que le bruit du son qui lâche, qui pète, qui a décidé de prendre des vacances sans vous. Telle Catwoman, vous vous êtes donc jetée dans les escaliers, bondissant vers la sortie afin de prévenir le personnel du cinéma.
(D’accord. Il se peut que cette image ait été quelque peu enjolivée et que la scène, vue de l’extérieur, ait été un peu moins "James Bond" et un peu plus "éléphant cherchant les marches dans l’obscurité" . Soit.)
Le hic, c’est qu’en dépit de votre prestation héroïque, de ce sacrifice magnifique d’une cinéphile prête à rater trois minutes de blockbuster estival pour sauver cent cinquante personnes, le son n’est jamais revenu.
Après une demi-heure d’attente, de tests sonores et d’excuses maladroites du cinéma, le diagnostic fut sans appel : la séance ne reprendra pas, merci, au revoir, mais si vous voulez il reste des places tout devant sur les côtés à la séance suivante.
MEME PAS UNE COMPENSATION POP-CORNAIRE !
Bref. Cette expérience inédite vous a confrontée à une situation nouvelle : le manque. Le coitus interruptus cinématographique.
C’est affreux ! Vous errez alors sans but, en proie à une étrange sensation d’inachevé. Vous êtes comme un chiot larmoyant que l’on aurait ôté à sa mère avant qu’il ne soit sevré.
C’est donc officiel : le cinéma peut se tenir fièrement aux côtés de la nourriture, de la drogue ou du sexe ; c’est une faim physique qui ne saurait s’éteindre avant que le cœur ne soit rassasié.
Enculé de Batman !
mercredi 27 juin 2012
Chroniques de la Terre du Milieu – Un Hobbit sur la route.
Il ne fera plus jamais beau. C’est, en tous cas, l’impression que vous avez ; vous êtes en totale dépression météorologique.
Tiens, c’est étrange, ce temps sinistre vous rappelle quelque chose… Voyons voir… C’était l’été, mais il pleuvait un jour sur deux, et vous avez du apprendre à tout faire sous la pluie… Ah, oui, la Nouvelle-Zélande. What else !
Quelle meilleure occasion pour continuer les Chroniques de la Terre du Milieu ? Avec un temps pareil, l’écriture vous semble être une délicieuse tentation… même si, dans votre imaginaire, vous vous visualisez dans un bon gros fauteuil au coin du feu, un chai tea latte viennois à vos côtés et l’ordinateur sur vos genoux (vision bien éloignée de la réalité, puisque vous êtes dans un studio en banlieue parisienne et que les simples vitrages, en plus d’une horrible lumière grise et crue, laissent passer les cris des moutards de l’école d’en face. Diantre.)
La Nouvelle-Zélande, donc… Il fallait au moins ça pour vous faire acheter (et porter !) un K-way et des chaussures de marche. Mais quelle aventure ! Et quelle poisse, accessoirement. La preuve en images, et en un article.
Mardi 13 décembre 2011 (coïncidence amusante, vous n’aviez jamais remarqué que c’était un treize). Vous quittez le parc national d’Abel Tasman, au Nord de l’Ile du Sud, pour vous rendre à Kaikoura, quelques centaines de kilomètres plus bas. Vous êtes de très bonne humeur ; tout d’abord, vous êtes en voiture avec une amie et de la bonne musique (pour ne pas dire que vous chantez à tue-tête sur un vieux CD de Blondie acheté pour une bouchée de pain dans un centre commercial), et vous adorez l’idée de ce road-trip dans une contrée lointaine.
Ensuite, vous avez, la veille, réussi à parcourir treize kilomètres à pied en moins de quatre heures, dans la forêt, sous la pluie, sans rien à manger (une seule boutique à l’orée du parc national, qui avait bien sûr été mise à sac juste avant votre départ), et vous vous sentez donc invincible et particulièrement en forme – vous êtes officiellement une Indiana Jones, une Ellen Ripley, rien ne vous fait peur et vous êtes prête à en faire dix fois plus, par l’enfer ! (NB : le parc national d’Abel Tasman est censé être l’un des plus beaux endroits du monde. Des plages de sable fin, une eau claire, bref, le paradis. QUAND IL NE PLEUT PAS. Sinon, vous vous retrouvez à randonner sous la pluie, à défaut de pouvoir admirer les colonies de phoques en kayak dans des lagons comme les aimerait Jack Sparrow.) (Ceci dit, c’était très chouette. Quand même.)
Enfin, vous vous dirigez vers une bourgade réputée mondialement pour ses animaux marins, et l’idée de nager avec des dauphins et de voir des baleines vous fait sourire niaisement (OK, d’accord, ça fait moins Ellen Ripley, là).
BREF. Vous êtes particulièrement joyeuse. Même s’il pleut…
Au milieu de la route, soudain, un ralentissement : les voitures sont arrêtées et passent au compte-goutte sur un pont. Vous passez ledit pont à votre tour et ooooh ! Un tournage ! Des camions régie et des bonhommes en K-way avec des talkie-walkie !
Bah. C’est mignon, mais ça ne peut pas être le tournage du Hobbit : tout le monde sait qu’il a lieu loin des routes, dans des endroits reculés, et qu’il est au moins aussi protégé qu’un chef d’état en visite en Irak. Aucune chance. Vous continuez à rouler – accessoirement, il est midi passé, et vous mourrez de faim. Et il pleut. Pas de regrets.
Vous continuez sur quelques kilomètres, et, après une dizaine de minutes, arrivez dans une petite ville répondant au doux nom de Havelock.
Quelques maisons, un port et ouf, un restaurant – un énième restaurant avec une petite figurine de moule vous accueillant joyeusement à l’entrée. Vive la mer, vive les moules, et à table, alors !
Pour changer, votre serveur est FRANÇAIS – c’est assez incroyable, le nombre de Français qui ont eu l’idée brillante d’aller s’installer en Nouvelle-Zélande pour changer de vie. Vous n’en avez jamais croisé autant, pas même à New-York pendant les vacances scolaires… Ceci dit, les Français de Nouvelle-Zélande sont autrement plus sympathiques que les affreux bourgeois à mèche de quinze ans écumant la Grosse Pomme dans leurs gilets Abercrombie.
L’avantage d’avoir un serveur français, pour le coup, c’est que vous entamez immédiatement une petite discussion ; depuis combien de temps êtes-vous ici ? D’où vous venez, en France ? Et tiens, c’est quoi ce tournage sur la route ?
(la musique de « Psychose » commence. La scène de la douche, cela va sans dire.)
« Le tournage ? C’est la suite du Seigneur des Anneaux, bien sûr ! Ils sont là pour trois jours, et le soir ils viennent manger ici. Toute l’équipe est super sympa, on rigole bien… »
Bon, là, tout va assez vite – il y a comme un truc qui se brise à l’intérieur de vous. LA.SUITE.DU.SEIGNEUR.DES.ANNEAUX.
Peter Jackson est dans un rayon de moins de dix kilomètres. Le film le plus attendu de l’année se tourne là, tout de suite, maintenant, à côté de vous, et vous l’avez dépassé parce que VOUS AVIEZ FAIM !!! (vous êtes bien un Hobbit, tiens.)
Alors c’est peut-être le stress accumulé au cours du voyage, le fait que vous ne savez pas quoi faire, que vous vous sentez très stupide, ou encore simplement la tristesse de réaliser que vous ne pourrez probablement rien y faire mais bon, voilà, autant l’avouer : vous éclatez en sanglots.
AU REVOIR, ELLEN RIPLEY.
Vous ne pouvez pas rester pour attendre le soir, et manger avec toute l’équipe ; votre planning est très serré, et il vous reste encore plusieurs centaines de kilomètres à parcourir avant la nuit. Si vous aviez du temps et un budget illimité, bien sûr, la question ne se poserait pas, et vous regrettez plus que jamais que vos parents ne possèdent pas une chaine hôtelière de luxe, et vous vous dites que vous auriez quand même pu investir au moins une fois par semaine dans un ticket d’Euromillions. Mais les faits sont là : vous ne pouvez pas rester, point barre.
Vous ne pouvez pas non plus partir sans avoir rien fait ; vous pensez au discours du président des Etats-Unis dans « Independance Day » : « Nous ne voulons pas disparaître sans nous battre ! ». Eh bien là, euh, voilà, c’est un peu pareil.
Heureusement, vous avez une co-équipière de choc qui, bien qu’elle ne comprenne pas trop comment il est possible de pleurer pour un film de plus de trois heures avec des nains poilus qui se battent contre d’autres mecs bizarres en costumes, décide de faire demi-tour et de vous emmener jeter un œil sur ce fameux tournage. Reconnaissance éternelle – nous ne sommes pas grand-chose sans nos amis.
Vous voilà donc reparties en sens inverse. Hé ! Il ne pleut même plus. Vous avez mal au bide comme si vous alliez passez votre Bac une troisième fois (quoi ? C’est bien connu, les cinéastes sont des cancres. Ca, et le fait que les équations différentielles mériteraient d’être jetées aux oubliettes et dévorées par les Nazgûls).
Vous arrivez de nouveau au niveau du pont… Sur votre gauche, une aire routière ; sur votre droite, des toilettes. La production a réquisitionné l’aire, qui est donc fermée par des barrières et des régisseurs armés jusqu’aux dents, mais les toilettes semblent accessibles. Stratégie : vous êtes des filles. Vous allez donc faire semblant d’avoir très, très, très envie de faire pipi, et vous approchez des toilettes. Ni vu, ni connu. Action !
Devant les toilettes sont garés des camions contenant de gros tonneaux. Le genre « gros tonneaux à bière pour Hobbits ». Pas de vrais tonneaux, quoi, des accessoires de cinéma. Hmmm. Vous les fixez bien du coin de l’œil, pour pouvoir ensuite crier que vous les avez vus en vrai quand vous les apercevrez dans le film. Ha, ha ! A défaut de mieux…
Vous faites pipi à côté d’une dame à l’air sévère avec une oreillette ; vous vous dites qu’elle a CARREMENT un look de productrice, et vous commencez à fantasmer : c’est effectivement une des « executives » de Warner Bros. Elle va vous demander un mouchoir, vous allez lui en donner un et entamer la conversation ; bien sûr, vous allez sympathiser immédiatement, grâce à votre sens de l’humour surdéveloppé, et elle va vous emmener avec elle sur le tournage, où elle vous présentera à Peter Jackson, parce que bon, quand même, vous avez parcouru plus de vingt mille kilomètres, alors quel hasard extraordinaire de tomber sur eux, et…
La femme sort des toilettes sans même un regard pour vous. Bon.
Vous sortez des toilettes et, plus déterminée que jamais, vous foncez droit sur le régisseur qui monte la garde devant l’entrée de l’aire. Il est jeune, il a l’air sympa et puis zut à la fin, les Néo-Zélandais sont tous plus gentils les uns que les autres, il ne peut pas vous envoyer bouler.
- Bonjour… Il se passe quoi ici ?
- Oh, euh, rien, des travaux sur la route…
- Ah. Non parce que, en fait, je suis réalisateur (oui, bon, vous décidez d’essayer de l’impressionner un peu), et je sais reconnaître un tournage quand j’en vois un, je ne suis pas stupide. Et je sais que c’est un tournage.
- Euuuuh (le type est super, super gêné, et commence à vous parler en regardant en l’air. Mon Dieu – on dirait vous, il n’arrive pas à vous envoyer promener, il est trop gentil) … Euh oui, bon, OK, c’est un tournage.
- Merci. Et ce ne serait pas le tournage de « The Hobbit », par hasard ?
- Euuuuh… j’ai rien le droit de vous dire…
- Non mais bon, en fait on me l’a dit. Je sais que c’est « The Hobbit ».
- Je peux rien dire, je suis désolé… (mais il se passe quoi dans le ciel, à la fin ? Arrête de regarder en l’air !)
- Bon, écoutez. Je viens de France, je ne suis là qu’un mois. Je ne vous cherchais pas et je vous tombe dessus par hasard, juste parce que vous êtes sur le chemin que j’emprunte aujourd’hui. C’est pour ainsi dire le destin ! Alors euh, sachant que je viens de très, très loin, que je veux être réalisateur et que le cinéma c’est toute ma vie… Je peux passer ? S’il vous plaît… ?
- J’ai pas le droit…
- S’il vous plaît…
- Je suis désolé, je ne peux pas.
Voilà. TOUT CA POUR CA. Ô rage, ô désespoir, ô ventouseur ennemi ! Qu’étiez-vous censée faire ? Vous roulez par terre en pleurant, ou partir dignement ? La deuxième option paraissait plus raisonnable. Au moins, vous avez essayé…
Comme on dit : si proche, et pourtant si loin. Gnnnnnn, que c’est FRUSTRANT ! Foutu destin ! Pourquoi vous mettre l’eau à la bouche pour ensuite vous narguer ainsi ? Vous auriez préféré ne jamais tomber sur ce maudit tournage.
En repartant, vous essayez d’emprunter un chemin à travers champs, le long de la route – peine perdue, vous ne croisez pas Peter.
Votre voiture est arrêtée encore une fois quelques kilomètres plus loin, en direction d’Havelock, et vous comprenez enfin le manège ; les voitures sont autorisées à passer quand la caméra ne tourne pas… sinon, elles sont dans le champ.
En bonne groupie que vous êtes, vous profitez donc de cette pause pour photographier tout le paysage autour de vous – Nord, Sud, Est, Ouest. Voilà. On ne sait jamais.
Quoiqu’il en soit, la production a mis le paquet – c’est la route principale, la seule à des kilomètres à la ronde, et ils ont les moyens de la bloquer… Vous voyez mal Gaumont bloquer l’A6.
Eh bien oui, lecteur, voilà, c’est tout. On vous a envoyé bouler – votre journalisme d’investigation n’est pas encore au point. Vos techniques de persuasion non plus.
En plus, vous n’avez vu aucune baleine à Kaikoura. Bon, d’accord, vous avez nagé avec les dauphins en eaux profondes ; toutefois, cette expérience restera surtout inoubliable du fait que l’intégralité de votre bateau, vous incluse, a vomi comme Regan dans
« L’Exorciste ». Ah, la vie d’aventurier…
Deux jours intéressants, comme on dit !
Tiens, c’est étrange, ce temps sinistre vous rappelle quelque chose… Voyons voir… C’était l’été, mais il pleuvait un jour sur deux, et vous avez du apprendre à tout faire sous la pluie… Ah, oui, la Nouvelle-Zélande. What else !
Quelle meilleure occasion pour continuer les Chroniques de la Terre du Milieu ? Avec un temps pareil, l’écriture vous semble être une délicieuse tentation… même si, dans votre imaginaire, vous vous visualisez dans un bon gros fauteuil au coin du feu, un chai tea latte viennois à vos côtés et l’ordinateur sur vos genoux (vision bien éloignée de la réalité, puisque vous êtes dans un studio en banlieue parisienne et que les simples vitrages, en plus d’une horrible lumière grise et crue, laissent passer les cris des moutards de l’école d’en face. Diantre.)
La Nouvelle-Zélande, donc… Il fallait au moins ça pour vous faire acheter (et porter !) un K-way et des chaussures de marche. Mais quelle aventure ! Et quelle poisse, accessoirement. La preuve en images, et en un article.
Mardi 13 décembre 2011 (coïncidence amusante, vous n’aviez jamais remarqué que c’était un treize). Vous quittez le parc national d’Abel Tasman, au Nord de l’Ile du Sud, pour vous rendre à Kaikoura, quelques centaines de kilomètres plus bas. Vous êtes de très bonne humeur ; tout d’abord, vous êtes en voiture avec une amie et de la bonne musique (pour ne pas dire que vous chantez à tue-tête sur un vieux CD de Blondie acheté pour une bouchée de pain dans un centre commercial), et vous adorez l’idée de ce road-trip dans une contrée lointaine.
Ensuite, vous avez, la veille, réussi à parcourir treize kilomètres à pied en moins de quatre heures, dans la forêt, sous la pluie, sans rien à manger (une seule boutique à l’orée du parc national, qui avait bien sûr été mise à sac juste avant votre départ), et vous vous sentez donc invincible et particulièrement en forme – vous êtes officiellement une Indiana Jones, une Ellen Ripley, rien ne vous fait peur et vous êtes prête à en faire dix fois plus, par l’enfer ! (NB : le parc national d’Abel Tasman est censé être l’un des plus beaux endroits du monde. Des plages de sable fin, une eau claire, bref, le paradis. QUAND IL NE PLEUT PAS. Sinon, vous vous retrouvez à randonner sous la pluie, à défaut de pouvoir admirer les colonies de phoques en kayak dans des lagons comme les aimerait Jack Sparrow.) (Ceci dit, c’était très chouette. Quand même.)
Enfin, vous vous dirigez vers une bourgade réputée mondialement pour ses animaux marins, et l’idée de nager avec des dauphins et de voir des baleines vous fait sourire niaisement (OK, d’accord, ça fait moins Ellen Ripley, là).
BREF. Vous êtes particulièrement joyeuse. Même s’il pleut…
Au milieu de la route, soudain, un ralentissement : les voitures sont arrêtées et passent au compte-goutte sur un pont. Vous passez ledit pont à votre tour et ooooh ! Un tournage ! Des camions régie et des bonhommes en K-way avec des talkie-walkie !
Bah. C’est mignon, mais ça ne peut pas être le tournage du Hobbit : tout le monde sait qu’il a lieu loin des routes, dans des endroits reculés, et qu’il est au moins aussi protégé qu’un chef d’état en visite en Irak. Aucune chance. Vous continuez à rouler – accessoirement, il est midi passé, et vous mourrez de faim. Et il pleut. Pas de regrets.
Vous continuez sur quelques kilomètres, et, après une dizaine de minutes, arrivez dans une petite ville répondant au doux nom de Havelock.
Quelques maisons, un port et ouf, un restaurant – un énième restaurant avec une petite figurine de moule vous accueillant joyeusement à l’entrée. Vive la mer, vive les moules, et à table, alors !
Pour changer, votre serveur est FRANÇAIS – c’est assez incroyable, le nombre de Français qui ont eu l’idée brillante d’aller s’installer en Nouvelle-Zélande pour changer de vie. Vous n’en avez jamais croisé autant, pas même à New-York pendant les vacances scolaires… Ceci dit, les Français de Nouvelle-Zélande sont autrement plus sympathiques que les affreux bourgeois à mèche de quinze ans écumant la Grosse Pomme dans leurs gilets Abercrombie.
L’avantage d’avoir un serveur français, pour le coup, c’est que vous entamez immédiatement une petite discussion ; depuis combien de temps êtes-vous ici ? D’où vous venez, en France ? Et tiens, c’est quoi ce tournage sur la route ?
(la musique de « Psychose » commence. La scène de la douche, cela va sans dire.)
« Le tournage ? C’est la suite du Seigneur des Anneaux, bien sûr ! Ils sont là pour trois jours, et le soir ils viennent manger ici. Toute l’équipe est super sympa, on rigole bien… »
Bon, là, tout va assez vite – il y a comme un truc qui se brise à l’intérieur de vous. LA.SUITE.DU.SEIGNEUR.DES.ANNEAUX.
Peter Jackson est dans un rayon de moins de dix kilomètres. Le film le plus attendu de l’année se tourne là, tout de suite, maintenant, à côté de vous, et vous l’avez dépassé parce que VOUS AVIEZ FAIM !!! (vous êtes bien un Hobbit, tiens.)
Alors c’est peut-être le stress accumulé au cours du voyage, le fait que vous ne savez pas quoi faire, que vous vous sentez très stupide, ou encore simplement la tristesse de réaliser que vous ne pourrez probablement rien y faire mais bon, voilà, autant l’avouer : vous éclatez en sanglots.
AU REVOIR, ELLEN RIPLEY.
Vous ne pouvez pas rester pour attendre le soir, et manger avec toute l’équipe ; votre planning est très serré, et il vous reste encore plusieurs centaines de kilomètres à parcourir avant la nuit. Si vous aviez du temps et un budget illimité, bien sûr, la question ne se poserait pas, et vous regrettez plus que jamais que vos parents ne possèdent pas une chaine hôtelière de luxe, et vous vous dites que vous auriez quand même pu investir au moins une fois par semaine dans un ticket d’Euromillions. Mais les faits sont là : vous ne pouvez pas rester, point barre.
Vous ne pouvez pas non plus partir sans avoir rien fait ; vous pensez au discours du président des Etats-Unis dans « Independance Day » : « Nous ne voulons pas disparaître sans nous battre ! ». Eh bien là, euh, voilà, c’est un peu pareil.
Heureusement, vous avez une co-équipière de choc qui, bien qu’elle ne comprenne pas trop comment il est possible de pleurer pour un film de plus de trois heures avec des nains poilus qui se battent contre d’autres mecs bizarres en costumes, décide de faire demi-tour et de vous emmener jeter un œil sur ce fameux tournage. Reconnaissance éternelle – nous ne sommes pas grand-chose sans nos amis.
Vous voilà donc reparties en sens inverse. Hé ! Il ne pleut même plus. Vous avez mal au bide comme si vous alliez passez votre Bac une troisième fois (quoi ? C’est bien connu, les cinéastes sont des cancres. Ca, et le fait que les équations différentielles mériteraient d’être jetées aux oubliettes et dévorées par les Nazgûls).
Vous arrivez de nouveau au niveau du pont… Sur votre gauche, une aire routière ; sur votre droite, des toilettes. La production a réquisitionné l’aire, qui est donc fermée par des barrières et des régisseurs armés jusqu’aux dents, mais les toilettes semblent accessibles. Stratégie : vous êtes des filles. Vous allez donc faire semblant d’avoir très, très, très envie de faire pipi, et vous approchez des toilettes. Ni vu, ni connu. Action !
Devant les toilettes sont garés des camions contenant de gros tonneaux. Le genre « gros tonneaux à bière pour Hobbits ». Pas de vrais tonneaux, quoi, des accessoires de cinéma. Hmmm. Vous les fixez bien du coin de l’œil, pour pouvoir ensuite crier que vous les avez vus en vrai quand vous les apercevrez dans le film. Ha, ha ! A défaut de mieux…
Vous faites pipi à côté d’une dame à l’air sévère avec une oreillette ; vous vous dites qu’elle a CARREMENT un look de productrice, et vous commencez à fantasmer : c’est effectivement une des « executives » de Warner Bros. Elle va vous demander un mouchoir, vous allez lui en donner un et entamer la conversation ; bien sûr, vous allez sympathiser immédiatement, grâce à votre sens de l’humour surdéveloppé, et elle va vous emmener avec elle sur le tournage, où elle vous présentera à Peter Jackson, parce que bon, quand même, vous avez parcouru plus de vingt mille kilomètres, alors quel hasard extraordinaire de tomber sur eux, et…
La femme sort des toilettes sans même un regard pour vous. Bon.
Vous sortez des toilettes et, plus déterminée que jamais, vous foncez droit sur le régisseur qui monte la garde devant l’entrée de l’aire. Il est jeune, il a l’air sympa et puis zut à la fin, les Néo-Zélandais sont tous plus gentils les uns que les autres, il ne peut pas vous envoyer bouler.
- Bonjour… Il se passe quoi ici ?
- Oh, euh, rien, des travaux sur la route…
- Ah. Non parce que, en fait, je suis réalisateur (oui, bon, vous décidez d’essayer de l’impressionner un peu), et je sais reconnaître un tournage quand j’en vois un, je ne suis pas stupide. Et je sais que c’est un tournage.
- Euuuuh (le type est super, super gêné, et commence à vous parler en regardant en l’air. Mon Dieu – on dirait vous, il n’arrive pas à vous envoyer promener, il est trop gentil) … Euh oui, bon, OK, c’est un tournage.
- Merci. Et ce ne serait pas le tournage de « The Hobbit », par hasard ?
- Euuuuh… j’ai rien le droit de vous dire…
- Non mais bon, en fait on me l’a dit. Je sais que c’est « The Hobbit ».
- Je peux rien dire, je suis désolé… (mais il se passe quoi dans le ciel, à la fin ? Arrête de regarder en l’air !)
- Bon, écoutez. Je viens de France, je ne suis là qu’un mois. Je ne vous cherchais pas et je vous tombe dessus par hasard, juste parce que vous êtes sur le chemin que j’emprunte aujourd’hui. C’est pour ainsi dire le destin ! Alors euh, sachant que je viens de très, très loin, que je veux être réalisateur et que le cinéma c’est toute ma vie… Je peux passer ? S’il vous plaît… ?
- J’ai pas le droit…
- S’il vous plaît…
- Je suis désolé, je ne peux pas.
Voilà. TOUT CA POUR CA. Ô rage, ô désespoir, ô ventouseur ennemi ! Qu’étiez-vous censée faire ? Vous roulez par terre en pleurant, ou partir dignement ? La deuxième option paraissait plus raisonnable. Au moins, vous avez essayé…
Comme on dit : si proche, et pourtant si loin. Gnnnnnn, que c’est FRUSTRANT ! Foutu destin ! Pourquoi vous mettre l’eau à la bouche pour ensuite vous narguer ainsi ? Vous auriez préféré ne jamais tomber sur ce maudit tournage.
En repartant, vous essayez d’emprunter un chemin à travers champs, le long de la route – peine perdue, vous ne croisez pas Peter.
Votre voiture est arrêtée encore une fois quelques kilomètres plus loin, en direction d’Havelock, et vous comprenez enfin le manège ; les voitures sont autorisées à passer quand la caméra ne tourne pas… sinon, elles sont dans le champ.
En bonne groupie que vous êtes, vous profitez donc de cette pause pour photographier tout le paysage autour de vous – Nord, Sud, Est, Ouest. Voilà. On ne sait jamais.
Quoiqu’il en soit, la production a mis le paquet – c’est la route principale, la seule à des kilomètres à la ronde, et ils ont les moyens de la bloquer… Vous voyez mal Gaumont bloquer l’A6.
Eh bien oui, lecteur, voilà, c’est tout. On vous a envoyé bouler – votre journalisme d’investigation n’est pas encore au point. Vos techniques de persuasion non plus.
En plus, vous n’avez vu aucune baleine à Kaikoura. Bon, d’accord, vous avez nagé avec les dauphins en eaux profondes ; toutefois, cette expérience restera surtout inoubliable du fait que l’intégralité de votre bateau, vous incluse, a vomi comme Regan dans
« L’Exorciste ». Ah, la vie d’aventurier…
Deux jours intéressants, comme on dit !
lundi 14 mai 2012
SOIS BONNE ET TAIS TOI.
Vous êtes scandalisée. Outrée, révoltée, fâchée, écoeurée.
La famine en Afrique ? Les Néo-Nazis en Grèce ? Les élections françaises ? Le monde du cinéma ? Non : la MODE.
Vous êtes obligée de passer par le centre commercial pour aller au cinéma. En allant voir « Dark Shadows », vous aviez remarqué qu’une grande enseigne de mode masculine avait lancé une collection Men In Black. Soit.
Aujourd’hui, en sortant de « La cabane dans les bois », vous constatez qu’une autre enseigne a une collection de t-shirts Star Wars absolument fantastique. Or, il se trouve que cette enseigne est MIXTE…
Encore une fois, votre légendaire naïveté vous a explosé au visage – comment avez-vous pu croire une seule seconde que les filles auraient droit à un beau t-shirt Star Wars ?
Tu es une fille ? Alors sois bonne et tais toi ! Les t-shirts sympa, le fun, c’est pour les garçons. Toi, tu es priée de mettre ton corps forcément parfait en avant dans d’insipides débardeurs moulants aux tons pastel d’une banalité affligeante.
Ce n’est pas JUSTE !
En plus, il y a un marché à prendre – vous ne voyez pas pourquoi il ne pourrait pas y avoir de beaux t-shirts Star Wars pour les filles, bien coupés et légèrement décolletés. Ou même, puisque les filles sont visiblement toutes des salopes désireuses d’en montrer le plus possible, de beaux t-shirts Star Wars minuscules à souhait, exhibant fièrement nombril et nichons, ouverts dans le dos, et représentant Leïa à quatre pattes en train de miauler. Au moins ça, quoi !
Le plus triste, c’est que vous avez retourné le magasin pour essayer de trouver un t-shirt de fille sympa… et vous avez trouvé ce qui est apparemment censé être l’équivalent du t-shirt Dark Vador. Accroche-toi, lecteur, et admire la photo volée ci-jointe.
On ne le dira jamais assez : être une fille, c’est vraiment pas facile.
La famine en Afrique ? Les Néo-Nazis en Grèce ? Les élections françaises ? Le monde du cinéma ? Non : la MODE.
Vous êtes obligée de passer par le centre commercial pour aller au cinéma. En allant voir « Dark Shadows », vous aviez remarqué qu’une grande enseigne de mode masculine avait lancé une collection Men In Black. Soit.
Aujourd’hui, en sortant de « La cabane dans les bois », vous constatez qu’une autre enseigne a une collection de t-shirts Star Wars absolument fantastique. Or, il se trouve que cette enseigne est MIXTE…
Encore une fois, votre légendaire naïveté vous a explosé au visage – comment avez-vous pu croire une seule seconde que les filles auraient droit à un beau t-shirt Star Wars ?
Tu es une fille ? Alors sois bonne et tais toi ! Les t-shirts sympa, le fun, c’est pour les garçons. Toi, tu es priée de mettre ton corps forcément parfait en avant dans d’insipides débardeurs moulants aux tons pastel d’une banalité affligeante.
Ce n’est pas JUSTE !
En plus, il y a un marché à prendre – vous ne voyez pas pourquoi il ne pourrait pas y avoir de beaux t-shirts Star Wars pour les filles, bien coupés et légèrement décolletés. Ou même, puisque les filles sont visiblement toutes des salopes désireuses d’en montrer le plus possible, de beaux t-shirts Star Wars minuscules à souhait, exhibant fièrement nombril et nichons, ouverts dans le dos, et représentant Leïa à quatre pattes en train de miauler. Au moins ça, quoi !
Le plus triste, c’est que vous avez retourné le magasin pour essayer de trouver un t-shirt de fille sympa… et vous avez trouvé ce qui est apparemment censé être l’équivalent du t-shirt Dark Vador. Accroche-toi, lecteur, et admire la photo volée ci-jointe.
On ne le dira jamais assez : être une fille, c’est vraiment pas facile.
jeudi 8 mars 2012
Chroniques de la Terre du Milieu - Hairy Feet (2)

Vous voilà donc assise dans un mini-van quelque peu bordélique, en compagnie d’un Maori pour le moins imposant. Vous allez toutefois vite découvrir qu’il est tout aussi génial et gentil qu’il est énorme.
Il coche votre nom sur sa liste et vous tend un papier à lire et à signer immédiatement : la close de confidentialité.
Alors voilà : vous n’êtes donc pas censée diffuser vos photos où que ce soit, ni même les montrer. Bien que ce point vous chagrine, vous comprenez la volonté de la production, et la respectez… même si vous avez la légère impression qu’entre la bande-annonce de «Bilbo le Hobbit» et les différents making-of qui courent sur internet, vous ne dévoileriez pas grand-chose d’extraordinaire. Vos photos restent donc sagement sur votre ordinateur, attendant le jour où les deux films seront sortis et où vous pourrez enfin les exhiber fièrement. Tant pis.
Mais vous n’êtes pas non plus supposée, si l’on en croit le texte, raconter ce que vous avez vu. Hmmm. Voici un point délicat. Avez-vous le droit d’écrire cet article ? Après avoir lu et relu la clause de confidentialité, vous en êtes arrivée à la conclusion suivante : vous n’avez pas le droit de parler de ce qui sera dans le film. Vous ne déflorerez donc rien et ne mentionnerez pas ce qui a été conçu, construit, filmé pour les deux volets de « Bilbo le Hobbit ». En revanche, il vous semble bien innocent de raconter comme se passe la visite, à quoi ressemblait votre guide, et les quelques anecdotes qu’il a pu vous raconter.
Ces réflexions peuvent paraître idiotes mais vous préférez vous poser la question : il serait dommage que l’on décide de vous attaquer et de s’en prendre à votre misérable compte en banque, qui suffirait à peine à payer un repas aux pontes de la Warner. Ou, pire, que l’on vous oblige à fermer votre blog.
Bien entendu, si l’heureux lecteur qui parcourt ces lignes estime qu’il y a un danger de mort imminent, il a tout fait le droit de faire part de son avis sur la question…
Retour à nos moutons (c’est de circonstance).
Vous signez la close, non sans frémir, et vous voilà partis. Vous êtes la première à monter à bord et avez donc l’occasion de bavarder un peu avec votre chauffeur ; quelle délicieuse surprise ! Il se trouve que le monsieur a participé à l’aventure du « Seigneur des Anneaux », et regorge d’anecdotes. Les deux heures de route que vous passerez en sa compagnie (une heure aller, une heure retour, tout de même) seront donc émaillées de souvenirs ravis et d’histoires incroyables. Vous êtes sur un petit nuage. Vous êtes pratiquement sûre qu’en l’écoutant, vous avez des étoiles dans les yeux et la bouche ouverte niaisement. Peut-être même un peu de bave aux lèvres. Tant pis – vous assumez.
Vous sympathisez avec les autres occupants de la voiture ; comme vous, certains voyagent seuls – leurs compagnons de route ne sont pas non plus de grands fans de la trilogie… (votre amie ne l’a pas vue). Vous voilà donc en grande conversation avec un Maori géant, un bel Anglais et une Polonaise. Etrangement, plus vous vous éloignez de Rotorua pour vous approcher de la Comté, plus le ciel se dégage... La journée va être belle !
Ce voyage en voiture est, pour vous, le plus surréaliste des voyages en voitures. Votre nouvel ami, Super-Chauffeur, vous parle de Peter, d’Orlando et des autres avec un naturel désarmant. C’est tellement étrange – votre conversation les rend réels. Ils sont vrais, ils existent. Ils ont parlé, ils ont rit avec la personne qui vous parle.
Super-Chauffeur a joué le rôle d’un Uruk-hai ; il est mort d’une flèche tirée par Legolas. Orlando Bloom est donc son super copain – il n’arrête pas de vous parler de lui. C’est surnaturel.
Toute sa tribu Maori (à Super-Chauffeur, pas à Orlando Bloom...) a d’ailleurs participé à la trilogie ; comme tous les Maoris, ils ont joué des Uruk-hai et autres méchants belliqueux. A l’entendre, vous avez l’impression que tout le pays a participé, ce qui n’est probablement pas loin de la vérité.
Peter (personne dans la voiture ne songe à demander « Peter qui ? », c’est amusant) est visiblement la personne la plus sympathique du monde, et Super-Chauffeur est intarissable. Il aime bien Peter, c’est toujours un plaisir de lui rendre service ; à sa demande, il a officié sur plusieurs postes, notamment en tant que garde du corps.
Normal, quoi.
Bercée par les histoires merveilleuses de votre chauffeur, vous arrivez à votre destination gonflée à bloc. La voiture se gare devant le café de la Comté, une bâtisse en bois servant de point de départ à la visite. Tout, autour de vous, n’est que collines verdoyantes et moutons. Rien d’autre à perte de vue que la nature. Le soleil brille, il commence à faire chaud, et vous êtes heureuse. « Heureux, E, R, E », comme dirait Roger Rabbit.
Vous embarquez dans un bus de type « bus scolaire américain », et laissez votre chauffeur au café ; un guide prend le relais. Nom de Zeus, le guide.
Pas étonnant qu’il ait eu le job : ce type est un Hobbit. Un vrai de vrai. Il est blond et ses cheveux frisés forment une épaisse tignasse. Et surtout, surtout… il marche pieds nus. Joyeux, convivial, tout content ; un bon Hobbit joufflu comme on les aime.
Et hop, c’est parti. Les lieux de tournage se situent au sein d’un grand domaine appartenant à des fermiers du coin. Techniquement, c’est une propriété privée ; le bus passe donc une barrière et pénètre dans les champs, ou plutôt les collines, où paissent des centaines de bestioles à quatre pattes. Tout le monde est fébrile et regarde par la fenêtre avec une impatience non contenue – on se croirait à la première visite du Jurassic Park, quand les dinosaures refusent de se montrer. Après quelques minutes de slalom sur des chemins de terre, entre vaches et moutons, où le guide vous explique que tel ou tel emplacement boueux servait à garer les camions ou les loges, le bus se gare enfin.
Vous y êtes. La Comté s’étend devant vous, et c’est immense ! Ce n’est pas un faux décor de film en carton-pâte – vous êtes VRAIMENT chez les Hobbits.
Le guide est un chic type, vraiment drôle. Il demande si votre petit groupe de touristes est composé de fans « normaux », ou de fans « fanatiques » ; vos petits camarades et vous, à l’unanimité, vous autoproclamez fans normaux. Pas d’hystériques qui font peur – tout va bien.
Chouette, dit le guide. Il va pouvoir en profiter pour vous raconter plein d’histoires sur les fans légèrement frappadingues qui ont visité les lieux. C’est comme au collège : se moquer des autres, ça créé des liens. Il est doué, ce guide. Voici donc les trois meilleures anecdotes.
3) Commençons avec la charmante histoire d’un charmant petit couple ; le guide n’a pas réussi à identifier leur langue, mais ce n’était certainement pas de l’anglais. La femme, en l’occurrence, ne le parlait pas du tout ; son mari lui traduisit donc intégralement la visite, au fur et à mesure. Mais pas dans leur langue, non. En elfique.
2) Un homme seul vint un jour visiter Hobbitebourg. Au lieu de suivre le guide et d’écouter ses explications, il alla s’asseoir sous l’arbre sous lequel lisait Frodon, et refusa catégoriquement de suivre le groupe. Le guide le laissa donc tranquille pendant qu’il emmenait les autres. Mais que faisait cet homme ? Eh bien il lisait, comme Frodon. Grand fan de Tolkien, il n’avait jamais vu la trilogie, et avait décrété qu’il irait lire « Le Seigneur des Anneaux » sous le fameux arbre, au cœur de la Comté ; s’il estimait qu’il était bien dans l’ambiance décrite par le livre, qu’il retrouvait les lieux tels qu’ils étaient censés être, alors il accepterait de voir les films.
Il a finalement été satisfait.
1) La meilleure anecdote est une anecdote luxueuse… Un fan est venu à la Comté et en a profité pour acheter une réplique de l’anneau à la boutique du café (pour ceux qui se posent la question, la bague en question valait huit-cents dollars néo-zélandais, soit environ cinq-cents euros). Il est ensuite allé s’offrir un vol en hélicoptère au dessus du Parc National du Tongariro, dont les célèbres volcans ont servi de décor au royaume de Sauron. La suite se devine aisément…
Il a jeté l’anneau dans le volcan.
La visite est un pur bonheur, comme chacun se doute. Le soleil cogne et, tartinée de crème solaire, vous suivez le groupe en mitraillant les lieux de vos deux appareils photos, tout en répondant aux petites devinettes que le guide vous pose sur les films. Vous êtes officiellement une touriste, une méga-touriste même, mais vous êtes à vingt mille kilomètres de chez vous, et il n’y a pas de témoins. Et puis, vous ne pouvez pas TOUJOURS jouer les blasées – vous êtes un être humain, tout de même.
De retour au café, on vous offre une collation (les Hobbits ont le sens de l’hospitalité), et vous en profitez pour acheter quelques souvenirs. C’est là que vous découvrez la Sobering – de sober + ring : la bière conçue spécialement pour le tournage.
Peter Jackson étant connu pour faire des dizaines de prises, la chose s’est avérée quelque peu problématique quand il s’agissait des scènes où les Hobbits boivent de la bière. Une brasserie locale a donc conçu une bière à un pour cent d’alcool, afin que les comédiens puissent éviter le coma éthylique au bout de dix prises.
Pour l’anecdote, c’est la bière la plus insipide que vous ayez jamais bue – mais c’est sans doute celle que vous avez bue le plus religieusement !
Au retour, dans la voiture, tout le monde n’a qu’un mot à la bouche : Bilbo. Le tournage est en cours, et tout le monde s’échange fébrilement des informations, chacun espérant croiser l’équipe du film dans son périple néo-zélandais.
La Polonaise vous explique qu’un ami à elle a bu un verre avec Ian McKellen dans un bar. L’Anglais connaît plusieurs personnes qui sont tombées sur Orlando Bloom. Tout le monde, en tous cas, s’accorde à dire que le tournage se fait sur l’île du Sud.
Super-Chauffeur vous dit de ne pas vous faire trop d’illusions : l’équipe s’éloigne toujours des routes principales, et le tournage n’est pas facile à trouver. C’est mal vous connaître, vous et votre légendaire chance malchanceuse.
Mais ceci est une autre histoire…
lundi 5 mars 2012
Chroniques de la Terre du Milieu - Hairy Feet (1)

6 décembre 2011, bien trop tôt le matin…
Vous sortez de votre motel sous une pluie fine et allez attendre sur le trottoir. Vous ressemblez à une touriste, ce qui vous déplaît fortement – chaussures de marche, appareil photo en bandoulière et, abomination suprême, k-way. De la fumée s’échappe d’une bouche d’égout et parfume toute la rue d’une bonne odeur d’œuf pourri ; c’est le quai de la station Châtelet-Les-Halles puissance mille. Cet endroit pue, c’est une abomination.
Mais qu’est-ce que vous foutez là ?
Flashback numéro un.
Un mois auparavant, vous avez arpenté le Net dans ses moindres recoins pour être sûre de ne pas rater Hobbitebourg / Hobbiton, le village des Hobbits, lors de votre voyage en Nouvelle-Zélande. Aucun risque : l’endroit est plus que célèbre et possède un site internet très détaillé. Vous y avez donc appris que le seul moyen d’aller vénérer les lieux est de prendre part à une visite guidée – moyennant quelques dizaines de dollars, cela va sans dire. Boarf – quitte à payer un billet d’avion et à subir vingt-quatre heures de vol, autant ne pas rater ça : c’est une formalité !
Vous avez un peu faim mais il est hors de question d’avaler quoi que ce soit tant que vous marinerez dans cette odeur. Vous surveillez l’heure sur votre téléphone portable : votre rendez-vous ne devrait plus tarder.
Flashback numéro deux.
Une semaine auparavant, vous avez écrit aux responsables du site pour les avertir de votre visite prochaine, et vérifier ainsi qu’il n’y aurait aucun problème. La réponse fut rapide, fort sympathique, et plutôt rassurante. Oui, le site serait ouvert lors de votre passage dans la région. Oui, vous pouviez venir sans réserver. Et tenez, nous vous envoyons même les horaires de départ de toutes les visites.
Vous commencez à stresser, parce que l’horaire de votre rendez-vous a été dépassé d’environ deux minutes et que si vous échouez sur ce coup là, vous n’aurez pas d’autre chance avant un bon bout de temps. Vous n’êtes même pas sûre de ce que vous attendez, mais vous guettez désespérément le coin de la rue.
Grrrrrrrooooou, fait votre ventre.
Flashback numéro trois.
Première semaine de votre périple néo-zélandais, quatrième jour d’aventure… soit la veille de votre interminable attente sur le trottoir. Vous vous rendez de Coromandel à Rotorua – en français dans le texte, vous descendez vers le Sud après avoir atterri à Auckland. Votre fenêtre pour visiter Hobbitebourg se situe donc ici, entre deux étapes. Il se trouve que, par miracle, la ville des semi-hommes est en plein milieu de votre parcours (merci, dieu du cinéma ! Merci, dieu des voyageurs !). Elle répond au doux nom de Matamata…
Bien entendu, votre GPS a décidé de mourir juste à la sortie d’Auckland, et vous devez donc trouver tout cela par vous-même. Mais c’est toujours un plaisir que de s’arrêter dans une station-service ressemblant en tous points à un décor de film américain, et de demander au pompiste s’il n’aurait pas, par hasard, entendu parler des Hobbits (vous ne voulez pas avoir l’air trop bête, aussi commencez-vous systématiquement vos phrases par « I have a silly question… »).
On vous envoie au « Visitor Centre », au centre-ville ; pas spécialement difficile à trouver, étant donné la taille de la bourgade.
Vous voici donc devant l’office de tourisme en question. On peut difficilement le rater, puisqu’une grosse sculpture herbue représentant un trou de Hobbit est implantée sur le trottoir. En face, sur le terre-plein central, au centre de l’avenue, un gros panneau proclame « Welcome to Hobbiton », un Gollum en pierre à ses côtés. Pas de doute, vous êtes arrivée. Enfin, presque…
Vous entrez dans le « Visitor Centre » et vous dirigez vers le comptoir (oui, oui, nous sommes toujours dans le flashback numéro trois), afin de faire part à l’autochtone en fonction de votre désir d’embarquer pour la dernière visite de la journée, à dix-sept heures et des poussières. BAM ! Raté. Selon la demoiselle à l’accent improbable qui vous fait face, cette dernière visite n’existe pas. Du moins, pas encore – cet horaire ne s’appliquera qu’à partir de Noël. Bien entendu, vous avez raté la dernière visite, la vraie, partie une petite heure plus tôt.
Un courant glacé s’insinue dans vos entrailles… Vous n’allez quand même pas rater CA ? Eh bien non ! L’ami néo-zélandais a tout prévu. Des navettes sillonnent la région et peuvent passer prendre les joyeux touristes à leur hôtel, dans les grandes villes environnantes. En l’occurrence, on pourra venir vous chercher le lendemain matin, à la première heure, à Rotorua, et vous pourrez passer la matinée à folâtrer dans les vertes collines. C’est plus cher, et vous devrez écraser une demi-journée dans votre programme du lendemain. Mais la question se pose-t-elle ? Non.
Vous vous dirigez donc vers Rotorua, un peu déçue mais soulagée. En chemin, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander où se cache, exactement, le village des Hobbits. Vous savez que le décor se trouve dans une ferme, hors de la ville. Mais où ? On est souvent déçu lorsque l’on met les pieds sur un décor de cinéma : on réalise que les cadrages trichent énormément et que tout est en réalité minuscule. Pas ici : la région entière, sur des dizaines de kilomètres, n’est composée que de collines verdoyantes. A perte de vue, de l’herbe verte sur un paysage vallonné. Vous avez l’impression de reconnaître les lieux à chaque virage, c’est un supplice. Mais vous savez que dans un peu plus de douze heures, vous y serez…
Un peu plus de douze heures après, justement, vous revoilà sur votre trottoir, toujours à faire le pied de grue dans les odeurs de soufre. Rotorua est une ville réputée pour ses phénomènes géothermiques. Alors oui, c’est incroyable, c’est impressionnant, aaaah, ooooh, des flaques d’eau bouillantes, des lacs multicolores, des geysers, des enfants Maori qui meurent ébouillantés en jouant entre les maisons (euh… véridique). Mais ça pue. CA PUE !
Et puis ça y est, il arrive. Un mini-van estampillé « Hobbiton » tourne au coin de la rue et se dirige vers vous.
AAAAAAAAAAAAH !!!
La suite demain.
Eh ouais, je fais du teasing. Je suis comme ça, moi.
mercredi 15 février 2012
Frankie!
Il vous est arrivé un truc terrible !
Vous avez passé plus de deux heures à rire, à frémir, à vibrer devant une histoire géniale desservie par des acteurs incroyables… et ce n’était même pas un film. Non, vous avez vu une comédie musicale, et quelle comédie musicale !
Un spectacle digne de Broadway ou du West End londonien, un grand moment de musique et de danse, une merveille de mise en scène et d’interprétation. Une pièce qui ne se prend pas au sérieux, et dont le second, voire le millième degré vous a enchantée.
Mais nous sommes en France, nom de Zeus ! Cela est-il encore possible dans la patrie des Kamel Ouali et autre Pascaux Obispo ? *
Eh bien oui. Bien entendu, ce n’est pas surmédiatisé, pour ne pas dire qu’il n’y a pratiquement aucune publicité – vous en avez entendu parler par un ami. Et, bien entendu, cela ne se passe pas au Palais des Congrès ou autre salle familiale géante. Et c’est tant mieux.
Vous souhaitez beaucoup, beaucoup de succès à la troupe, parce qu’ils le méritent. Mais vous êtes, quelque part, heureuse que les murs du métro ne soient pas couverts d’affiches promotionnelles, et que les comédiens ne passent pas chaque soir sur un plateau télé différent – c’est un peu comme si vous aviez découvert un merveilleux petit restaurant et que vous ne vouliez pas qu’on l’envahisse et qu’il soit dénaturé. Vous voulez y envoyer vos amis, votre famille, vous souhaitez à tout le monde la fantastique sensation de bonheur que vous avez ressentie et, paradoxalement, vous n’aimeriez pas que toute la capitale s’approprie ce spectacle. C’est bête, hein ? Vous avez la délicieuse sensation de faire partie du petit cercle de privilégiés ayant eu la chance de découvrir cette perle avant la fin des représentations, dans l’intimité d’un petit théâtre parisien, et cela ajoute encore à votre enthousiasme.
Mais assez d’égoïsme – passons aux choses sérieuses.
Le spectacle en question s’appelle « Frankenstein Junior », et c’est une adaptation du Musical américain qui se joue à Broadway depuis quelques années, lui-même adapté du film de Mel Brooks. Ca se joue au théâtre Dejazet, pas loin du McDonald’s République où vous avez poussé la chansonnette en sortant (que voulez-vous, c’est VRAIMENT entraînant).
De Mel Brooks, vous ne connaissiez que « Les Producteurs » - vous chantonnez d’ailleurs souvent le très drôle « Springtiiiiime for Hitler and Germaaaaany », ce qui est par ailleurs assez inconvenant, hors contexte, si vous n’êtes pas chez vous. Bref.
Vous n’en attendiez pas grand-chose, pour être honnête – un bon moment, sans plus. Après tout, on est en France, vous avez appris à vous méfier. Comme quoi c’est mal, d’être pleine de préjugés. Vilaine fille que vous êtes.
Dès la première chanson, vous avez compris que ça allait être bien. Le parolier a fait un travail d’enfer, parce que le français ne vous a pas dérangée le moins du monde ; c’est bourré de jeux de mots très drôles, d’allusions rigolotes, et rien n’est niais. La musique d’origine étant déjà géniale, ce fut un régal. On ne perd jamais le rythme, c’est une merveille de timing, un vrai cartoon animé ; les gestes, les regards, tout est pensé en fonction de la musique, et ça ne s’arrête jamais.
Les acteurs sont exceptionnels – vous allez encore être mauvaise langue mais vous ne pensiez vraiment pas que l’on pouvait trouver de tels talents à Paris. De vrais performers à l’américaine, polyvalents, qui dansent, chantent et joue à la perfection. Et ils ne se contentent pas de chanter juste, ils ont des VOIX ! Vous avez envie d’engager illico tous les acteurs pour votre prochain court-métrage.
Le héros, descendant de la lignée des Frankenstein, est entouré de trois rôles comiques absolument hilarants (une assistante blonde énamourée, un valet bossu et une gouvernante austère) ; pour vous, une bonne histoire repose sur les seconds rôles, et ceux là ont justement tout compris. Mais la véritable réussite est d’avoir également réussi le rôle principal ! C’est bien connu, trois fois sur quatre, les héros sont gonflants. Déjà toute petite, vous détestiez Docteur Quinn. Et maintenant, vous préférez Simon Pegg à Tom Cruise dans Mission Impossible – bon, d’accord, l’exemple est nul, tout le monde déteste Tom Cruise. Peu importe ; ce que vous essayez de dire, c’est que le Docteur Frankenstein est dé-li-cieux. Il ressemble à Victor dans « Les noces funèbres », et il est juste parfait – encore une fois, un vrai cartoon vivant. Les mimiques, le jeu chronométré, nom de Zeus, ce type était fait pour la comédie. Il faut dire que le personnage est une merveille d’écriture, mais quand même… une réussite, vous ne voyez pas d’autres mots.
Ce spectacle vous a embarquée comme un bon film ne l’avait pas fait depuis longtemps, et vous a collé la patate pour au moins une semaine. Vous aimeriez savoir chanter et faire des claquettes. Vous aimeriez que la vie soit une comédie musicale.
Une, deux !
Je n’ai pas de travail, le cinéma ne m’aime plus,
Mais ce n’est pas grave, car on chante dans la ruuuue !
Bon, OK, faut encore bosser dessus. Mais vous pétez le feu !
Ce blog n’a pas été créé dans le but d’y faire des critiques ou d’y promouvoir des choses, mais vous teniez à parler de Frankenstein pour une raison toute simple : ce spectacle vous a offert ce que vous ne trouviez plus au cinéma. Ou, du moins, trop rarement.
Un public respectueux, attentif, réactif (dans le bon sens du terme). Pas de téléphone portable allumé et d’insupportable lumière qui attire l’œil. Pas d’abrutis dégénérés qui parlent pendant la séance. Pas de pop-corn. Juste des gens qui savourent.
Des comédiens d’une gentillesse et d’une humilité rares, sincèrement touchés de recevoir des compliments. Quelque chose qui se perd, même dans le court-métrage…
Un spectacle de qualité, créatif, où l’on sent que tout le monde aime ce qu’il fait et prend son pied. Vous aviez oublié ce que c’était, à force de côtoyer des vautours.
Vous aimeriez les remercier, en fait. Tout d’abord parce qu’ils vous ont prouvé que les Français ne sont pas tous nuls, arrogants et ennuyeux, et qu’on peut faire aussi bien, voire mieux, que les anglo-saxons. Il suffit d’essayer… et d’aimer ce que l’on fait !
Ensuite, parce que vous êtes gonflée à bloc – vous avez des envies de mise en scène comme jamais, et vous voulez définitivement vous frotter à la comédie musicale un jour.
Et enfin, parce qu’ils vous ont tout simplement remonté le moral. Parce que vous souriez bêtement en repensant au spectacle, et que vous êtes de bonne humeur pour des jours et des jours.
Et ça devrait arriver plus souvent !
* Un Pascal, des Pascaux. Non ?
Vous avez passé plus de deux heures à rire, à frémir, à vibrer devant une histoire géniale desservie par des acteurs incroyables… et ce n’était même pas un film. Non, vous avez vu une comédie musicale, et quelle comédie musicale !
Un spectacle digne de Broadway ou du West End londonien, un grand moment de musique et de danse, une merveille de mise en scène et d’interprétation. Une pièce qui ne se prend pas au sérieux, et dont le second, voire le millième degré vous a enchantée.
Mais nous sommes en France, nom de Zeus ! Cela est-il encore possible dans la patrie des Kamel Ouali et autre Pascaux Obispo ? *
Eh bien oui. Bien entendu, ce n’est pas surmédiatisé, pour ne pas dire qu’il n’y a pratiquement aucune publicité – vous en avez entendu parler par un ami. Et, bien entendu, cela ne se passe pas au Palais des Congrès ou autre salle familiale géante. Et c’est tant mieux.
Vous souhaitez beaucoup, beaucoup de succès à la troupe, parce qu’ils le méritent. Mais vous êtes, quelque part, heureuse que les murs du métro ne soient pas couverts d’affiches promotionnelles, et que les comédiens ne passent pas chaque soir sur un plateau télé différent – c’est un peu comme si vous aviez découvert un merveilleux petit restaurant et que vous ne vouliez pas qu’on l’envahisse et qu’il soit dénaturé. Vous voulez y envoyer vos amis, votre famille, vous souhaitez à tout le monde la fantastique sensation de bonheur que vous avez ressentie et, paradoxalement, vous n’aimeriez pas que toute la capitale s’approprie ce spectacle. C’est bête, hein ? Vous avez la délicieuse sensation de faire partie du petit cercle de privilégiés ayant eu la chance de découvrir cette perle avant la fin des représentations, dans l’intimité d’un petit théâtre parisien, et cela ajoute encore à votre enthousiasme.
Mais assez d’égoïsme – passons aux choses sérieuses.
Le spectacle en question s’appelle « Frankenstein Junior », et c’est une adaptation du Musical américain qui se joue à Broadway depuis quelques années, lui-même adapté du film de Mel Brooks. Ca se joue au théâtre Dejazet, pas loin du McDonald’s République où vous avez poussé la chansonnette en sortant (que voulez-vous, c’est VRAIMENT entraînant).
De Mel Brooks, vous ne connaissiez que « Les Producteurs » - vous chantonnez d’ailleurs souvent le très drôle « Springtiiiiime for Hitler and Germaaaaany », ce qui est par ailleurs assez inconvenant, hors contexte, si vous n’êtes pas chez vous. Bref.
Vous n’en attendiez pas grand-chose, pour être honnête – un bon moment, sans plus. Après tout, on est en France, vous avez appris à vous méfier. Comme quoi c’est mal, d’être pleine de préjugés. Vilaine fille que vous êtes.
Dès la première chanson, vous avez compris que ça allait être bien. Le parolier a fait un travail d’enfer, parce que le français ne vous a pas dérangée le moins du monde ; c’est bourré de jeux de mots très drôles, d’allusions rigolotes, et rien n’est niais. La musique d’origine étant déjà géniale, ce fut un régal. On ne perd jamais le rythme, c’est une merveille de timing, un vrai cartoon animé ; les gestes, les regards, tout est pensé en fonction de la musique, et ça ne s’arrête jamais.
Les acteurs sont exceptionnels – vous allez encore être mauvaise langue mais vous ne pensiez vraiment pas que l’on pouvait trouver de tels talents à Paris. De vrais performers à l’américaine, polyvalents, qui dansent, chantent et joue à la perfection. Et ils ne se contentent pas de chanter juste, ils ont des VOIX ! Vous avez envie d’engager illico tous les acteurs pour votre prochain court-métrage.
Le héros, descendant de la lignée des Frankenstein, est entouré de trois rôles comiques absolument hilarants (une assistante blonde énamourée, un valet bossu et une gouvernante austère) ; pour vous, une bonne histoire repose sur les seconds rôles, et ceux là ont justement tout compris. Mais la véritable réussite est d’avoir également réussi le rôle principal ! C’est bien connu, trois fois sur quatre, les héros sont gonflants. Déjà toute petite, vous détestiez Docteur Quinn. Et maintenant, vous préférez Simon Pegg à Tom Cruise dans Mission Impossible – bon, d’accord, l’exemple est nul, tout le monde déteste Tom Cruise. Peu importe ; ce que vous essayez de dire, c’est que le Docteur Frankenstein est dé-li-cieux. Il ressemble à Victor dans « Les noces funèbres », et il est juste parfait – encore une fois, un vrai cartoon vivant. Les mimiques, le jeu chronométré, nom de Zeus, ce type était fait pour la comédie. Il faut dire que le personnage est une merveille d’écriture, mais quand même… une réussite, vous ne voyez pas d’autres mots.
Ce spectacle vous a embarquée comme un bon film ne l’avait pas fait depuis longtemps, et vous a collé la patate pour au moins une semaine. Vous aimeriez savoir chanter et faire des claquettes. Vous aimeriez que la vie soit une comédie musicale.
Une, deux !
Je n’ai pas de travail, le cinéma ne m’aime plus,
Mais ce n’est pas grave, car on chante dans la ruuuue !
Bon, OK, faut encore bosser dessus. Mais vous pétez le feu !
Ce blog n’a pas été créé dans le but d’y faire des critiques ou d’y promouvoir des choses, mais vous teniez à parler de Frankenstein pour une raison toute simple : ce spectacle vous a offert ce que vous ne trouviez plus au cinéma. Ou, du moins, trop rarement.
Un public respectueux, attentif, réactif (dans le bon sens du terme). Pas de téléphone portable allumé et d’insupportable lumière qui attire l’œil. Pas d’abrutis dégénérés qui parlent pendant la séance. Pas de pop-corn. Juste des gens qui savourent.
Des comédiens d’une gentillesse et d’une humilité rares, sincèrement touchés de recevoir des compliments. Quelque chose qui se perd, même dans le court-métrage…
Un spectacle de qualité, créatif, où l’on sent que tout le monde aime ce qu’il fait et prend son pied. Vous aviez oublié ce que c’était, à force de côtoyer des vautours.
Vous aimeriez les remercier, en fait. Tout d’abord parce qu’ils vous ont prouvé que les Français ne sont pas tous nuls, arrogants et ennuyeux, et qu’on peut faire aussi bien, voire mieux, que les anglo-saxons. Il suffit d’essayer… et d’aimer ce que l’on fait !
Ensuite, parce que vous êtes gonflée à bloc – vous avez des envies de mise en scène comme jamais, et vous voulez définitivement vous frotter à la comédie musicale un jour.
Et enfin, parce qu’ils vous ont tout simplement remonté le moral. Parce que vous souriez bêtement en repensant au spectacle, et que vous êtes de bonne humeur pour des jours et des jours.
Et ça devrait arriver plus souvent !
* Un Pascal, des Pascaux. Non ?
mardi 14 février 2012
Boulette Girl.
C’est le cœur léger que vous écrivez ce message… Enfin, léger mais pas trop.
Léger parce qu’il s’avère que vous avez réussi à approcher le Maître après la master-class, et que vous avez même obtenu un autographe – qui est déjà sous verre dans un cadre en forme de clap, cela va de soi.
Mais pas trop parce que, fidèle à vous-même, vous avez trouvé le moyen de gaffer…
Cela méritait bien un billet !
Lundi neuf janvier de l’an de grâce deux mille douze, donc. Vous descendez du métro à la station Bercy et approchez lentement de la Cinémathèque. Bon, à vrai dire, vous étiez dans un état de stress et de désespoir total, et vous marchiez très vite – la scène se passe simplement au ralenti quand vous y repensez.
Bref. Vous apercevez un tapis rouge, une voiture de la télé, et quelques dizaines de personnes qui attendent déjà. Ouf – au moins, vous ne serez pas coincée au vingtième rang derrière cinq cent personnes… Vous approchez, l’air de rien, et allez vous accouder nonchalamment derrière la barrière, le long du tapis.
Catastrophe – il semble que vous soyez la plus vieille… Vous avez même plutôt l’impression d’attendre un boys band, c’est à n’y rien comprendre ! Vos voisines de barrière (seize et vingt ans… magnifique) entament la discussion avec vous.
Voisine numéro un : jolie petite demoiselle de seize ans serrant fébrilement dans ses bras un DVD de « E.T. ». Elle parle effectivement de Steven Spielberg comme s’il s’agissait d’un boys band, mais c’est assez mignon, au final. Elle est en section audiovisuelle mais ne sait pas si elle veut entamer une carrière dans le cinéma ; pour être honnête, vous avez un peu peur parce qu’elle fait plus «fan hystérique» que «admiratrice qui veut parler posément comme une professionnelle». Mais ne critiquons point, elle a été très gentille avec la vieille personne que vous êtes.
Voisine numéro deux : adorable petite étudiante de vingt ans, qui passait par là par hasard et a décidé de rester quand elle a vu l’invité du jour. Dieu merci, elle vous parle des fans qui font peur et fait front avec vous contre les hystériques bizarres et autres adolescents déguisés en Indiana Jones. Tout de même, vous n’êtes pas rassurée.
Vous décidez de vous lancer dans une étude sociologique et demandez donc à vos voisines comment elles ont connu le Maître – elles sont quand même nées après «Jurassic Park»… Réponse unanime : tout a commencé à force de voir «E.T.» à la télé quand elles étaient petites. C’est mignon, ça vous touche – on est tous un peu pareils, finalement. Même si vous vous imaginiez qu’elles avaient du découvrir Spielberg avec des films plus récents – mais en y réfléchissant, ça impliquait qu’elles aient vu « Il faut sauver le soldat Ryan » en étant toutes petites, et elles n’avaient pas l’air d’avoir des problèmes psychologiques majeurs.
Après une attente interminable et la quasi perte de vos doigts de pied, ça y est – il se passe quelque chose. Kathleen Kennedy arrive, signe des autographes. Puis Costa-Gavras, Niels Arestrup (tout le monde s’en contrefiche, c’en est presque gênant)… Puis Il arrive.
Alors là, tous vos rêves s’effondrent, parce que vous vouliez lui serrer la main en lui disant quelques mots, et c’est râpé ; tout le monde crie et se monte dessus, et tout ce qu’il peut faire, c’est signer des autographes à la chaîne.
Votre côté sadique jubile, parce que des types qui ont assisté à la master-class sont en train de vous escalader (littéralement) pour tendre un malheureux t-shirt à signer. Rien de sexuel – vous êtes contente parce que ceux qui ont assisté à l’interview n’ont rien pu obtenir et sont désormais obligés de s’aligner derrière vous, HA !
Il approche… Votre voisine de seize ans tend son DVD, il le signe ; elle lui demande si elle peut prendre une photo avec lui, et il lui répond que non, trop compliqué, pas possible, désolé… Il arrive vers vous. Puisque ni poignée de main ni discussion ne sont possibles, vous tendez votre carnet de notes ; tant qu’à faire, autant avoir un autographe en souvenir… Il signe, et là… là…
Là, c’est là où vous avez merdé. Vous n’arrêtez pas d’y repenser. Ca fait un mois que vous en êtes malade. Depuis, vous rêvez que vous rencontrez Spielberg pratiquement toutes les nuits, et que vous rattrapez le coup (véridique… je sais, c’est grave). Et le pire, c’est que votre petit-ami a filmé la scène. Super. Vous pourrez vous repasser ça en rigolant quand vous fêterez votre Oscar avec Tonton Steven, en deux mille quelque chose. Ha, ha, ha.
Vous lui dites « Merci Monsieur. J’espère qu’un jour, je ferai un film avec vous ». Enfin, ça, c’est que vous vouliez dire. Parce que sous le coup de l’émotion, vous ne savez pas pourquoi, vous lui dites « Thank you Sir. I hope I’ll make a PICTURE with you someday ».
A picture. UNE PHOTO. Non mais quelle idiote, quelle teubée, quelle abrutie, quelle dégénérée du bulbe. Une photo. Comme une petite fan hystérique. Une photo. Vous êtes vraiment une quiche, vous coiffez toutes les Bridget Jones du monde au poteau. Une photo. Photo, photo, photo.
Le pire, c’est qu’il sourit et vous répond « Maybe, someday ! ». Gnnnnnn. Depuis, ça cogite sec, là dedans. Vous avez retourné le problème dans tous les sens. Sachant que l’on dit « take a picture » et non pas « make a picture », a-t-il compris ? L’a-t-il pris comme un film, un motion-picture ? Ou vous a-t-il vraiment prise pour une pauvre fan hystérique qui veut juste sa photo avec un monsieur connu ?
Il y a plus d’un an, sur ce même blog, après avoir rencontré M. Night Shyamalan, vous terminiez un article en précisant l’importance de savoir parler anglais, afin d’être en mesure de dire des conneries aux gens que l’on admire. CQFD.
Très maigre consolation : la master-class était nulle.
Picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture!
Léger parce qu’il s’avère que vous avez réussi à approcher le Maître après la master-class, et que vous avez même obtenu un autographe – qui est déjà sous verre dans un cadre en forme de clap, cela va de soi.
Mais pas trop parce que, fidèle à vous-même, vous avez trouvé le moyen de gaffer…
Cela méritait bien un billet !
Lundi neuf janvier de l’an de grâce deux mille douze, donc. Vous descendez du métro à la station Bercy et approchez lentement de la Cinémathèque. Bon, à vrai dire, vous étiez dans un état de stress et de désespoir total, et vous marchiez très vite – la scène se passe simplement au ralenti quand vous y repensez.
Bref. Vous apercevez un tapis rouge, une voiture de la télé, et quelques dizaines de personnes qui attendent déjà. Ouf – au moins, vous ne serez pas coincée au vingtième rang derrière cinq cent personnes… Vous approchez, l’air de rien, et allez vous accouder nonchalamment derrière la barrière, le long du tapis.
Catastrophe – il semble que vous soyez la plus vieille… Vous avez même plutôt l’impression d’attendre un boys band, c’est à n’y rien comprendre ! Vos voisines de barrière (seize et vingt ans… magnifique) entament la discussion avec vous.
Voisine numéro un : jolie petite demoiselle de seize ans serrant fébrilement dans ses bras un DVD de « E.T. ». Elle parle effectivement de Steven Spielberg comme s’il s’agissait d’un boys band, mais c’est assez mignon, au final. Elle est en section audiovisuelle mais ne sait pas si elle veut entamer une carrière dans le cinéma ; pour être honnête, vous avez un peu peur parce qu’elle fait plus «fan hystérique» que «admiratrice qui veut parler posément comme une professionnelle». Mais ne critiquons point, elle a été très gentille avec la vieille personne que vous êtes.
Voisine numéro deux : adorable petite étudiante de vingt ans, qui passait par là par hasard et a décidé de rester quand elle a vu l’invité du jour. Dieu merci, elle vous parle des fans qui font peur et fait front avec vous contre les hystériques bizarres et autres adolescents déguisés en Indiana Jones. Tout de même, vous n’êtes pas rassurée.
Vous décidez de vous lancer dans une étude sociologique et demandez donc à vos voisines comment elles ont connu le Maître – elles sont quand même nées après «Jurassic Park»… Réponse unanime : tout a commencé à force de voir «E.T.» à la télé quand elles étaient petites. C’est mignon, ça vous touche – on est tous un peu pareils, finalement. Même si vous vous imaginiez qu’elles avaient du découvrir Spielberg avec des films plus récents – mais en y réfléchissant, ça impliquait qu’elles aient vu « Il faut sauver le soldat Ryan » en étant toutes petites, et elles n’avaient pas l’air d’avoir des problèmes psychologiques majeurs.
Après une attente interminable et la quasi perte de vos doigts de pied, ça y est – il se passe quelque chose. Kathleen Kennedy arrive, signe des autographes. Puis Costa-Gavras, Niels Arestrup (tout le monde s’en contrefiche, c’en est presque gênant)… Puis Il arrive.
Alors là, tous vos rêves s’effondrent, parce que vous vouliez lui serrer la main en lui disant quelques mots, et c’est râpé ; tout le monde crie et se monte dessus, et tout ce qu’il peut faire, c’est signer des autographes à la chaîne.
Votre côté sadique jubile, parce que des types qui ont assisté à la master-class sont en train de vous escalader (littéralement) pour tendre un malheureux t-shirt à signer. Rien de sexuel – vous êtes contente parce que ceux qui ont assisté à l’interview n’ont rien pu obtenir et sont désormais obligés de s’aligner derrière vous, HA !
Il approche… Votre voisine de seize ans tend son DVD, il le signe ; elle lui demande si elle peut prendre une photo avec lui, et il lui répond que non, trop compliqué, pas possible, désolé… Il arrive vers vous. Puisque ni poignée de main ni discussion ne sont possibles, vous tendez votre carnet de notes ; tant qu’à faire, autant avoir un autographe en souvenir… Il signe, et là… là…
Là, c’est là où vous avez merdé. Vous n’arrêtez pas d’y repenser. Ca fait un mois que vous en êtes malade. Depuis, vous rêvez que vous rencontrez Spielberg pratiquement toutes les nuits, et que vous rattrapez le coup (véridique… je sais, c’est grave). Et le pire, c’est que votre petit-ami a filmé la scène. Super. Vous pourrez vous repasser ça en rigolant quand vous fêterez votre Oscar avec Tonton Steven, en deux mille quelque chose. Ha, ha, ha.
Vous lui dites « Merci Monsieur. J’espère qu’un jour, je ferai un film avec vous ». Enfin, ça, c’est que vous vouliez dire. Parce que sous le coup de l’émotion, vous ne savez pas pourquoi, vous lui dites « Thank you Sir. I hope I’ll make a PICTURE with you someday ».
A picture. UNE PHOTO. Non mais quelle idiote, quelle teubée, quelle abrutie, quelle dégénérée du bulbe. Une photo. Comme une petite fan hystérique. Une photo. Vous êtes vraiment une quiche, vous coiffez toutes les Bridget Jones du monde au poteau. Une photo. Photo, photo, photo.
Le pire, c’est qu’il sourit et vous répond « Maybe, someday ! ». Gnnnnnn. Depuis, ça cogite sec, là dedans. Vous avez retourné le problème dans tous les sens. Sachant que l’on dit « take a picture » et non pas « make a picture », a-t-il compris ? L’a-t-il pris comme un film, un motion-picture ? Ou vous a-t-il vraiment prise pour une pauvre fan hystérique qui veut juste sa photo avec un monsieur connu ?
Il y a plus d’un an, sur ce même blog, après avoir rencontré M. Night Shyamalan, vous terminiez un article en précisant l’importance de savoir parler anglais, afin d’être en mesure de dire des conneries aux gens que l’on admire. CQFD.
Très maigre consolation : la master-class était nulle.
Picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture!
mardi 3 janvier 2012
De l’existence de Dieu…
Dieu existe. Comme l’imaginent la plupart des gens, Il est barbu, et a souvent un sourire bienveillant. Dieu aime bien porter une casquette et des chemises un peu moches, aussi. Il dirige le monde depuis une chaise à son nom et a rendu beaucoup, beaucoup de terriens heureux. Parfois, Il fait un peu n’importe quoi ; certains lui en veulent, d’autres lui pardonnent, mais il semble impossible de perdre foi en Lui.
Dieu, c’est Steven Spielberg. En tous cas pour vous, pauvre petite créature du commun des mortels.
(Quelle surprise, n’est-ce pas !)
Quelle ne fut donc pas votre joie (pour ne pas dire votre hystérie, mais vous êtes quand même une adulte responsable) quand vous avez appris, il y a quelques mois, que Steven, le seul, l’unique, allait donner une master-class à la Cinémathèque.
Steven Spielberg. A Paris. En chair et en os. Et prêt à répondre à vos questions.
Vous avez passé des heures, des jours à chercher ce que vous pourriez bien lui dire. «Vous m’avez donné envie de faire du cinéma » - ça c’est vrai, mais tout le monde lui a déjà dit mille fois, on peut faire plus original. « Parfois, je vous déteste » - entrée en matière intrigante mais pas forcément sympathique, destinée à lui faire comprendre que vous voulez être réalisateur grâce à lui, mais que ça n’est pas toujours facile. Hmmm, non. Trop dur.
Vous pourriez aussi simplement essayer de vous accrocher à sa jambe et de ne pas lâcher, quoiqu’il arrive, mais c’est risqué.
« Monsieur, adoptez-moi ! » ; « Tenez, voici ma carte ! » ; « Mais prenez ma carte, putain!» ; « Bonjour, vous cherchez pas une stagiaire ? » … Vous avez cherché, cherché. Mais vous n’avez pas pensé une seconde que vous n’auriez pas de place pour la master-class en question…
Vous étiez en voyage lors de la mise en vente, mais votre équipe d’agents secrets au grand complet était plus que prête et opérationnelle : votre informaticienne de mère, secondée par plusieurs geeks de collègues, se tenait prête sur internet. Quant à l’enseigne vendant les places, elle ne fut pas oubliée : avant l’ouverture, votre petit-ami se tenait prêt devant la boutique de La Défense, et votre grand-père (si, si) devant celle de votre ville natale, en province.
De toutes façons, vous aviez assisté à la master-class de Roland Emmerich en novembre, et étant donné le peu de personnes présentes, vous pensiez que celle de Steven se ferait les doigts dans le nez (en plus, il fallait PAYER, là où celle de ce bon vieux Roland était gratuite).
Or, dès l’ouverture… plus de places. Tadaaaaaa ! Surprise. Et joyeux Noël, hein.
Comment est-ce possible ? Vous n’en savez rien – personne n’a rien compris. Mais les faits sont là : vous n’avez pas de place.
Vous essayez de relativiser : vous n’avez pas encore trente ans, et vous aurez peut-être d’autres occasions. Vous avez fait un très beau voyage en Terre du Milieu (euh… oui. Mais ceci est une autre histoire, qui sera racontée très vite, entre deux repas constitués de pâtes à rien). Vous allez réaliser deux courts métrages (produits !) en 2012. Vous avez sans doute épuisé votre quota de chance – le Yin et le Yang, tout ça. Vos amis cinéphiles et stevenophiles n’ont pas eu de places non plus. Vous êtes en bonne santé, vous avez une famille et des amis fantastiques, et vous…
STOP !! C’est Steven, mille sabords de couilles de putes !
Il va être là, dans un périmètre de moins de dix kilomètres, et vous n’y serez pas. VOUS. N’Y. SEREZ. PAS.
Vous avez envie de mourir.
Steven.
QUI a eu ces places ? Quels pistonnés, quels tricheurs ont pu obtenir le précieux sésame? Comment l’infâme sac à vomi mal gerbé (tentative de politesse – retrouvez la référence, tiens) qui a vendu huit places sur eBay (HUIT !) s’est-il débrouillé ?
D’ailleurs, à plus de cent-vingt euros le pack de deux, il a du passer un meilleur Noël que vous…
Sérieusement : vous ne pouvez arrêter d’y penser. C’est trop injuste. Les heureux élus qui assisteront à la conférence en seront-ils seulement dignes ? Ou ont-ils juste eu une immense opportunité ? Et s’il y en a qui partent avant la fin ? Pourquoi faire miroiter des places aux cinéphiles, pourquoi laisser croire au public que cette master-class est ouverte à tous, alors qu’il semblerait bien qu’il ne s’agisse que d’une grosse farce ? Vous avez l’horrible impression que vous n’avez jamais eu aucune chance – parce que vous n’êtes personne.
C’est un cauchemar.
Vous avez envie d’écrire à la Cinémathèque, à la Mairie de Paris, à Nicolas Sarkozy, à Steven lui-même. Pour un peu, vous leur enverriez votre article sur « Jurassic Park ».
Encore aujourd’hui, vous avez repéré une place à cent euros sur eBay. Cent euros ! Vous êtes loin de les avoir, et serez-vous seulement sûre d’être dans la même pièce que lui ? Pour un peu, vous achèteriez la place juste pour le plaisir d’insulter copieusement le vendeur lors de la remise en mains propres… C’est ça, le problème avec Dieu : les gens s’en servent toujours comme prétexte pour les guerres ou le fric.
Quiconque a quelque peu suivi ce blog comprendra que rater cet évènement semblait tout simplement impossible. Et pourtant…
Alors voilà : le neuf janvier, vous serez devant la porte, la sortie des artistes, l’issue de secours, bref, vous ferez le pied de grue en espérant qu’Il prenne quelques minutes pour dire bonjour. Ou au revoir. N’importe quoi, pourvu que vous puissiez lui dire LA phrase que vous aurez trouvée d’ici là.
Steven Spielberg…
Dieu, c’est Steven Spielberg. En tous cas pour vous, pauvre petite créature du commun des mortels.
(Quelle surprise, n’est-ce pas !)
Quelle ne fut donc pas votre joie (pour ne pas dire votre hystérie, mais vous êtes quand même une adulte responsable) quand vous avez appris, il y a quelques mois, que Steven, le seul, l’unique, allait donner une master-class à la Cinémathèque.
Steven Spielberg. A Paris. En chair et en os. Et prêt à répondre à vos questions.
Vous avez passé des heures, des jours à chercher ce que vous pourriez bien lui dire. «Vous m’avez donné envie de faire du cinéma » - ça c’est vrai, mais tout le monde lui a déjà dit mille fois, on peut faire plus original. « Parfois, je vous déteste » - entrée en matière intrigante mais pas forcément sympathique, destinée à lui faire comprendre que vous voulez être réalisateur grâce à lui, mais que ça n’est pas toujours facile. Hmmm, non. Trop dur.
Vous pourriez aussi simplement essayer de vous accrocher à sa jambe et de ne pas lâcher, quoiqu’il arrive, mais c’est risqué.
« Monsieur, adoptez-moi ! » ; « Tenez, voici ma carte ! » ; « Mais prenez ma carte, putain!» ; « Bonjour, vous cherchez pas une stagiaire ? » … Vous avez cherché, cherché. Mais vous n’avez pas pensé une seconde que vous n’auriez pas de place pour la master-class en question…
Vous étiez en voyage lors de la mise en vente, mais votre équipe d’agents secrets au grand complet était plus que prête et opérationnelle : votre informaticienne de mère, secondée par plusieurs geeks de collègues, se tenait prête sur internet. Quant à l’enseigne vendant les places, elle ne fut pas oubliée : avant l’ouverture, votre petit-ami se tenait prêt devant la boutique de La Défense, et votre grand-père (si, si) devant celle de votre ville natale, en province.
De toutes façons, vous aviez assisté à la master-class de Roland Emmerich en novembre, et étant donné le peu de personnes présentes, vous pensiez que celle de Steven se ferait les doigts dans le nez (en plus, il fallait PAYER, là où celle de ce bon vieux Roland était gratuite).
Or, dès l’ouverture… plus de places. Tadaaaaaa ! Surprise. Et joyeux Noël, hein.
Comment est-ce possible ? Vous n’en savez rien – personne n’a rien compris. Mais les faits sont là : vous n’avez pas de place.
Vous essayez de relativiser : vous n’avez pas encore trente ans, et vous aurez peut-être d’autres occasions. Vous avez fait un très beau voyage en Terre du Milieu (euh… oui. Mais ceci est une autre histoire, qui sera racontée très vite, entre deux repas constitués de pâtes à rien). Vous allez réaliser deux courts métrages (produits !) en 2012. Vous avez sans doute épuisé votre quota de chance – le Yin et le Yang, tout ça. Vos amis cinéphiles et stevenophiles n’ont pas eu de places non plus. Vous êtes en bonne santé, vous avez une famille et des amis fantastiques, et vous…
STOP !! C’est Steven, mille sabords de couilles de putes !
Il va être là, dans un périmètre de moins de dix kilomètres, et vous n’y serez pas. VOUS. N’Y. SEREZ. PAS.
Vous avez envie de mourir.
Steven.
QUI a eu ces places ? Quels pistonnés, quels tricheurs ont pu obtenir le précieux sésame? Comment l’infâme sac à vomi mal gerbé (tentative de politesse – retrouvez la référence, tiens) qui a vendu huit places sur eBay (HUIT !) s’est-il débrouillé ?
D’ailleurs, à plus de cent-vingt euros le pack de deux, il a du passer un meilleur Noël que vous…
Sérieusement : vous ne pouvez arrêter d’y penser. C’est trop injuste. Les heureux élus qui assisteront à la conférence en seront-ils seulement dignes ? Ou ont-ils juste eu une immense opportunité ? Et s’il y en a qui partent avant la fin ? Pourquoi faire miroiter des places aux cinéphiles, pourquoi laisser croire au public que cette master-class est ouverte à tous, alors qu’il semblerait bien qu’il ne s’agisse que d’une grosse farce ? Vous avez l’horrible impression que vous n’avez jamais eu aucune chance – parce que vous n’êtes personne.
C’est un cauchemar.
Vous avez envie d’écrire à la Cinémathèque, à la Mairie de Paris, à Nicolas Sarkozy, à Steven lui-même. Pour un peu, vous leur enverriez votre article sur « Jurassic Park ».
Encore aujourd’hui, vous avez repéré une place à cent euros sur eBay. Cent euros ! Vous êtes loin de les avoir, et serez-vous seulement sûre d’être dans la même pièce que lui ? Pour un peu, vous achèteriez la place juste pour le plaisir d’insulter copieusement le vendeur lors de la remise en mains propres… C’est ça, le problème avec Dieu : les gens s’en servent toujours comme prétexte pour les guerres ou le fric.
Quiconque a quelque peu suivi ce blog comprendra que rater cet évènement semblait tout simplement impossible. Et pourtant…
Alors voilà : le neuf janvier, vous serez devant la porte, la sortie des artistes, l’issue de secours, bref, vous ferez le pied de grue en espérant qu’Il prenne quelques minutes pour dire bonjour. Ou au revoir. N’importe quoi, pourvu que vous puissiez lui dire LA phrase que vous aurez trouvée d’ici là.
Steven Spielberg…
samedi 14 mai 2011
Cannes, première (le samedi 14 mai).
Avertissement : ce message ne contenant pas de critiques de films, soit averti, ô lecteur, de son aspect futile et potentiellement inutile. De même, si vous êtes un incorrigible blasé, passez votre chemin : cet article est joyeusement naïf.
Vous vous réveillez avec des fourmis dans le bout de doigts, comme à l’époque de vos études. C’est un signe qui ne trompe pas : cela n’arrive que lorsque vous vous couchez à l’aube, et que vous n’avez pas assez dormi. Trois jours à Cannes et vous êtes déjà un zombie, c’est désolant… Même pas trente ans et déjà un métabolisme de mamie !
Mais qu’avez-vous donc fabriqué ? Qu’est-ce qui vous vaut ces jolies cernes violacées, cette chevelure hirsute et, ouh, tiens, ce teint hâlé ? Que faites vous de vos journées, finalement ? Petit compte-rendu Cannois…
Etape 1 : RENTABILISER.
Votre compte en banque ayant subi une liposuccion très sévère, vous mettez un point d’honneur à rentabiliser votre séjour au maximum. En d’autres termes, vous cherchez à mettre la main sur tout ce qui est gratuit, cadeau, offert, à volonté. La quinzaine a bien commencé, puisque vous avez découvert, en récupérant votre badge, qu’un sympathique sac aux couleurs du Festival vous était offert – sac contenant tous les catalogues et autres livres en papier glacé que le commun des mortels se verra obligé d’acheter une fortune à la boutique officielle. C’est toujours ça de pris, vous dites-vous en sirotant votre bouteille d’eau gazeuse (gracieusement offerte, cela va sans dire). Les grandes marques ayant décidé de mettre le paquet, vous avez également décidé de goûter tous les parfums d’une nouvelle boisson fruitée. Cela vous vaut une magnifique nausée et une envie de vomir persistante pendant des heures. Tant pis… C’était gratuit.
Vous vous servez allègrement dans la presse qui vous est offerte, du magazine gratuit au magazine professionnel de pointe, en passant par la presse people. Vous rentrez chaque soir avec le dos en compote, harassée par le poids de votre sac qui s’alourdit tous les dix mètres, mais au moins, vous avez de quoi lire aux toilettes. Vous récupérez tout aussi joyeusement tous les badges publicitaires ou promotionnels que l’on vous offre – tant pis si vous ressemblez à une femme-sandwich, vous aimez vous sentir gâtée !
Et puis il y a, bien sûr, la plus merveilleuse des inventions : l’open bar. Vous avez la chance de ne pas être seule sur la Croisette, et certains amis ont la gentillesse de vous faire bénéficier des avantages de leur statut (dis comme ça… Non, vous ne connaissez personne de haut placé, cela va sans dire. Mais chacun a ses petites entrées. Merci à eux). Vous avez donc un joli petit carton rose autour du cou vous permettant d’accéder à la plage du Majestic. Plage où, bien entendu, vous ne faites rien d’autres que boire. Des boissons non alcoolisées, bande de mauvaises langues – il fait bien trop chaud dans ce pays, et vous cherchez surtout à récupérer l’eau qui a disparu dans les piscines que sont devenues vos aisselles (qui a dit que ce blog était glamour ?).
Bon, d’accord. Vous avez aussi profité d’un open bar alcoolisé. Hier soir, vous êtes entrée pour la première fois dans une soirée sur une plage privée. On vous a fait PASSER. Vous. La misérable petite chose ne portant même pas de talons ! Alors oui, la soirée était nulle, l’ambiance inexistante, et la moyenne d’âge avoisinait les 70 ans. Mais vous étiez assise sur un canapé au bord de l’eau, avec vue sur le vieux Cannes tout illuminé, et le vigneron derrière le comptoir était fort sympathique. Vous avez donc pu, dans une optique de rentabilisation, profiter de plusieurs coupes à l’œil. Prochaine étape : obtenir gratuitement des choses plus concrètes et durables : stylos ? Porte-clés ? T-shirts ?
Etape 2 : S’ENTRAINER.
Avoir un Oscar ne signifie pas seulement être reconnue mondialement pour un travail de qualité. Cela signifie aussi être capable de traverser un tapis rouge sans trébucher et surtout, sans se jeter comme une hystérique sur la première célébrité venue. Vous pratiquez donc le bain de stars.
Vous avez, pour l’instant, eu la chance de monter deux fois les marches. Le premier soir tout d’abord, pour la deuxième séance nocturne du Woody Allen. Puis deux jours après, pour la présentation du film « Polisse », de Maïwenn. Pour le tapis rouge, c’est raté, cela vous terrifie toujours. Vous êtes ravie et gloussez intérieurement lorsque vous passez les barrières et autres gardes féroces, et que vous remontez la rue jusqu’au Palais sous le regard envieux des passants. Mais une fois arrivée sur cette maudite moquette, vous êtes mal à l’aise. Les objectifs vous ont toujours pétrifiée – le fait que vous vouliez être derrière la caméra n’est pas anodin… Et, même si vous n’êtes personne, vos mains sont moites et vous vous sentez inappropriée en ce lieu saint. Pour cette partie là, il vous faudra pratiquer encore…
En revanche, surprise ! Vous êtes placée dans l’orchestre, au premier rang devant la scène, et non pas au balcon. Et on vous laisse entrer, contrairement à la fois précédente où, malgré votre billet, on vous avait envoyée sans ménagement dans les hauteurs, votre look n’étant visiblement pas encore au point. Surprise encore, un gros producteur français s’installe derrière vous. La salle se remplit, et les sièges voisins se parent d’une multitude d’êtres humains ayant tous l’air de gagner mille fois votre salaire annuel. Vous vous retournez et constatez que, cinq mètres derrières vous, les fauteuils portent les noms de l’équipe du film à venir, ainsi que de bons nombres de célébrités nationales. Nom de Zeus. Si vous sortez vous soulager pendant le film, vous ne passerez pas inaperçue. Vous n’osez donc plus bouger. Vous n’aviez pas compris que vous assistiez à une première. Vous pensiez être la deuxième projection de la soirée.
Tout le monde se met en place et vous sentez presque intégrée… Du moins, vous ne faites pas de gaffe, ce qui est bien votre genre. Un jour, ce sera votre tour, songez-vous en essuyant vos mains pour la vingt-cinquième fois sur votre robe. Vos entrailles émettent d’étranges gargouillis (merci, boisson fruitée immonde et gratuite) qui sont, fort heureusement, noyés dans le son du film. Vous regrettez tout de même votre consommation abusive de jus de fruits – avoir peur d’être prise d’une gastro-entérite fulgurante gâche quelque peu votre bonheur (fort heureusement, il n’en sera rien, et l’honneur de cet article sera sauf).
Le film terminé, vous regagnez doucement la sortie, coincée entre deux célèbres décolletés. Vous restez le plus longtemps possible dans le couloir, laissant les stars défiler à vos côtés, pas impressionnée pour un sou*. La vérité, c’est que vous adorez comparer votre taille à celle des professionnels qui vous frôlent. Vous êtes plus grande que tout le monde, ce qui représente finalement votre plus grand moment de satisfaction. Oui, c’est puéril mais c’est comme ça. Que celui qui n’y a jamais pensé me jette la première bière (gratuuuuuite !).
Vous pénétrez également dans les grands hôtels. Vous ne pensiez pas en avoir le droit – vous imaginiez même plutôt qu’on vous jetterait violemment dehors – mais vous suivez, l’air de rien, votre ami journaliste à travers le dédale de couloirs du Carlton et du Martinez (dont le hall exhale une puissante odeur, étrange mélange entre le désodorisant vanille pour les toilettes et l’eau de parfum pour veille dames. Bizarre). Vous n’avez pas pensé à utiliser l’ascenseur mais, espérant y croiser du beau monde, vous avez inscrit cette activité on ne peut plus ludique à votre programme. Si toutefois vous osez… Mais soyons optimistes, il reste plus d’une semaine.
Vous misez également sur le fait que vous avez donné votre carte de visite à un attaché de presse chargé de vous appeler si soirée il y a. Bon, vous ne misez que moyennement, le dos de votre carte portant en effet la mention «Imprimé gratuitement»… C’est tout vous, ça. Mais au moins, vous n’aurez pas de regrets.
Etape 3 : SHORT FILM CORNER.
Et votre film, dans tout ça ? Il a, pour l’instant, été visionné cinq fois – on ne rigole pas, cela fait plus d’une fois par jour, ce qui est plus qu’honorable… selon vous.
En revanche, difficile de se promouvoir, la guerre des flyers faisant rage dans les couloirs du Short Film Corner. Chaque jour, les murs entiers sont couverts et recouverts, les flyers les moins frais noyés sous la masse. Certaines personnes, peu fair-play, n’hésitent pas à recouvrir tout ce qui bouge, et vous cherchez donc un moyen plus efficace de diffuser vos magnifiques petits papiers glacés. Mais encore une fois, en une semaine, tout reste possible : vous êtes donc priés de croiser vos doigts, vos cheveux et vos poils de barbe pour moi. Merci !
* Le lecteur intelligent aura compris qu’il s’agissait uniquement de stars françaises, et qu’il n’y avait donc pas de quoi être hystérique. Même si vous regrettez un peu de ne pas avoir sauté sur Gilles Lellouche.
Vous vous réveillez avec des fourmis dans le bout de doigts, comme à l’époque de vos études. C’est un signe qui ne trompe pas : cela n’arrive que lorsque vous vous couchez à l’aube, et que vous n’avez pas assez dormi. Trois jours à Cannes et vous êtes déjà un zombie, c’est désolant… Même pas trente ans et déjà un métabolisme de mamie !
Mais qu’avez-vous donc fabriqué ? Qu’est-ce qui vous vaut ces jolies cernes violacées, cette chevelure hirsute et, ouh, tiens, ce teint hâlé ? Que faites vous de vos journées, finalement ? Petit compte-rendu Cannois…
Etape 1 : RENTABILISER.
Votre compte en banque ayant subi une liposuccion très sévère, vous mettez un point d’honneur à rentabiliser votre séjour au maximum. En d’autres termes, vous cherchez à mettre la main sur tout ce qui est gratuit, cadeau, offert, à volonté. La quinzaine a bien commencé, puisque vous avez découvert, en récupérant votre badge, qu’un sympathique sac aux couleurs du Festival vous était offert – sac contenant tous les catalogues et autres livres en papier glacé que le commun des mortels se verra obligé d’acheter une fortune à la boutique officielle. C’est toujours ça de pris, vous dites-vous en sirotant votre bouteille d’eau gazeuse (gracieusement offerte, cela va sans dire). Les grandes marques ayant décidé de mettre le paquet, vous avez également décidé de goûter tous les parfums d’une nouvelle boisson fruitée. Cela vous vaut une magnifique nausée et une envie de vomir persistante pendant des heures. Tant pis… C’était gratuit.
Vous vous servez allègrement dans la presse qui vous est offerte, du magazine gratuit au magazine professionnel de pointe, en passant par la presse people. Vous rentrez chaque soir avec le dos en compote, harassée par le poids de votre sac qui s’alourdit tous les dix mètres, mais au moins, vous avez de quoi lire aux toilettes. Vous récupérez tout aussi joyeusement tous les badges publicitaires ou promotionnels que l’on vous offre – tant pis si vous ressemblez à une femme-sandwich, vous aimez vous sentir gâtée !
Et puis il y a, bien sûr, la plus merveilleuse des inventions : l’open bar. Vous avez la chance de ne pas être seule sur la Croisette, et certains amis ont la gentillesse de vous faire bénéficier des avantages de leur statut (dis comme ça… Non, vous ne connaissez personne de haut placé, cela va sans dire. Mais chacun a ses petites entrées. Merci à eux). Vous avez donc un joli petit carton rose autour du cou vous permettant d’accéder à la plage du Majestic. Plage où, bien entendu, vous ne faites rien d’autres que boire. Des boissons non alcoolisées, bande de mauvaises langues – il fait bien trop chaud dans ce pays, et vous cherchez surtout à récupérer l’eau qui a disparu dans les piscines que sont devenues vos aisselles (qui a dit que ce blog était glamour ?).
Bon, d’accord. Vous avez aussi profité d’un open bar alcoolisé. Hier soir, vous êtes entrée pour la première fois dans une soirée sur une plage privée. On vous a fait PASSER. Vous. La misérable petite chose ne portant même pas de talons ! Alors oui, la soirée était nulle, l’ambiance inexistante, et la moyenne d’âge avoisinait les 70 ans. Mais vous étiez assise sur un canapé au bord de l’eau, avec vue sur le vieux Cannes tout illuminé, et le vigneron derrière le comptoir était fort sympathique. Vous avez donc pu, dans une optique de rentabilisation, profiter de plusieurs coupes à l’œil. Prochaine étape : obtenir gratuitement des choses plus concrètes et durables : stylos ? Porte-clés ? T-shirts ?
Etape 2 : S’ENTRAINER.
Avoir un Oscar ne signifie pas seulement être reconnue mondialement pour un travail de qualité. Cela signifie aussi être capable de traverser un tapis rouge sans trébucher et surtout, sans se jeter comme une hystérique sur la première célébrité venue. Vous pratiquez donc le bain de stars.
Vous avez, pour l’instant, eu la chance de monter deux fois les marches. Le premier soir tout d’abord, pour la deuxième séance nocturne du Woody Allen. Puis deux jours après, pour la présentation du film « Polisse », de Maïwenn. Pour le tapis rouge, c’est raté, cela vous terrifie toujours. Vous êtes ravie et gloussez intérieurement lorsque vous passez les barrières et autres gardes féroces, et que vous remontez la rue jusqu’au Palais sous le regard envieux des passants. Mais une fois arrivée sur cette maudite moquette, vous êtes mal à l’aise. Les objectifs vous ont toujours pétrifiée – le fait que vous vouliez être derrière la caméra n’est pas anodin… Et, même si vous n’êtes personne, vos mains sont moites et vous vous sentez inappropriée en ce lieu saint. Pour cette partie là, il vous faudra pratiquer encore…
En revanche, surprise ! Vous êtes placée dans l’orchestre, au premier rang devant la scène, et non pas au balcon. Et on vous laisse entrer, contrairement à la fois précédente où, malgré votre billet, on vous avait envoyée sans ménagement dans les hauteurs, votre look n’étant visiblement pas encore au point. Surprise encore, un gros producteur français s’installe derrière vous. La salle se remplit, et les sièges voisins se parent d’une multitude d’êtres humains ayant tous l’air de gagner mille fois votre salaire annuel. Vous vous retournez et constatez que, cinq mètres derrières vous, les fauteuils portent les noms de l’équipe du film à venir, ainsi que de bons nombres de célébrités nationales. Nom de Zeus. Si vous sortez vous soulager pendant le film, vous ne passerez pas inaperçue. Vous n’osez donc plus bouger. Vous n’aviez pas compris que vous assistiez à une première. Vous pensiez être la deuxième projection de la soirée.
Tout le monde se met en place et vous sentez presque intégrée… Du moins, vous ne faites pas de gaffe, ce qui est bien votre genre. Un jour, ce sera votre tour, songez-vous en essuyant vos mains pour la vingt-cinquième fois sur votre robe. Vos entrailles émettent d’étranges gargouillis (merci, boisson fruitée immonde et gratuite) qui sont, fort heureusement, noyés dans le son du film. Vous regrettez tout de même votre consommation abusive de jus de fruits – avoir peur d’être prise d’une gastro-entérite fulgurante gâche quelque peu votre bonheur (fort heureusement, il n’en sera rien, et l’honneur de cet article sera sauf).
Le film terminé, vous regagnez doucement la sortie, coincée entre deux célèbres décolletés. Vous restez le plus longtemps possible dans le couloir, laissant les stars défiler à vos côtés, pas impressionnée pour un sou*. La vérité, c’est que vous adorez comparer votre taille à celle des professionnels qui vous frôlent. Vous êtes plus grande que tout le monde, ce qui représente finalement votre plus grand moment de satisfaction. Oui, c’est puéril mais c’est comme ça. Que celui qui n’y a jamais pensé me jette la première bière (gratuuuuuite !).
Vous pénétrez également dans les grands hôtels. Vous ne pensiez pas en avoir le droit – vous imaginiez même plutôt qu’on vous jetterait violemment dehors – mais vous suivez, l’air de rien, votre ami journaliste à travers le dédale de couloirs du Carlton et du Martinez (dont le hall exhale une puissante odeur, étrange mélange entre le désodorisant vanille pour les toilettes et l’eau de parfum pour veille dames. Bizarre). Vous n’avez pas pensé à utiliser l’ascenseur mais, espérant y croiser du beau monde, vous avez inscrit cette activité on ne peut plus ludique à votre programme. Si toutefois vous osez… Mais soyons optimistes, il reste plus d’une semaine.
Vous misez également sur le fait que vous avez donné votre carte de visite à un attaché de presse chargé de vous appeler si soirée il y a. Bon, vous ne misez que moyennement, le dos de votre carte portant en effet la mention «Imprimé gratuitement»… C’est tout vous, ça. Mais au moins, vous n’aurez pas de regrets.
Etape 3 : SHORT FILM CORNER.
Et votre film, dans tout ça ? Il a, pour l’instant, été visionné cinq fois – on ne rigole pas, cela fait plus d’une fois par jour, ce qui est plus qu’honorable… selon vous.
En revanche, difficile de se promouvoir, la guerre des flyers faisant rage dans les couloirs du Short Film Corner. Chaque jour, les murs entiers sont couverts et recouverts, les flyers les moins frais noyés sous la masse. Certaines personnes, peu fair-play, n’hésitent pas à recouvrir tout ce qui bouge, et vous cherchez donc un moyen plus efficace de diffuser vos magnifiques petits papiers glacés. Mais encore une fois, en une semaine, tout reste possible : vous êtes donc priés de croiser vos doigts, vos cheveux et vos poils de barbe pour moi. Merci !
* Le lecteur intelligent aura compris qu’il s’agissait uniquement de stars françaises, et qu’il n’y avait donc pas de quoi être hystérique. Même si vous regrettez un peu de ne pas avoir sauté sur Gilles Lellouche.
mercredi 6 avril 2011
Top modèles et quête d’identité.
Samedi soir. Vous sortez du cinéma avec une certitude : vous voulez être Simon Pegg et Nick Frost. Est-ce normal, pour un individu femelle de vingt-sept ans, de vouloir ressembler à un gros nerd au physique de, euh, de gros nerd?
Le fait est que vous accepteriez volontiers de ressembler à Nick Frost si l’on vous garantissait une carrière comme la sienne. Et encore plus à Simon Pegg – oh, oui. Vous accepteriez même une bonne bedaine de buveur de bière si vous pouviez être à l’origine d’un film de zombies absolument culte, ou jouer dans un bon film de science-fiction. Si ça, ce n’est pas se sacrifier pour son art…
Toujours est-il que ceci vous renvoie à votre éternel problème : vous êtes une fille. Et le hic, c’est qu’il semblerait que la réussite cinématographique passe par le fait d’être un gros barbu. Ou, du moins, un barbu.
Le cas Simon Pegg mis à part, vous avez en effet passé votre courte vie à constater que la barbe fait partie intégrante du rêve américain. Steven Spielberg. Georges Lucas. Peter Jackson. Guillermo Del Toro. Francis Ford Coppola. David Fincher. Les frères Coen. Et on ne peut pas dire que Tim Burton soit rasé de frais. Même Quentin Tarantino a une petite barbichette. Riquiqui, certes, mais une barbichette quand même. James Cameron compte également comme un barbu, d’autant qu’il ne ressemble vraiment plus à rien depuis qu’il a changé de tête.
D’accord, il reste des Martin Scorcese, des J.J. Abrams, des Woody Allen. Mais le pourcentage est minime, vous devez bien l’admettre.
Alors oui, Kathryn Bigelow a obtenu l’Oscar de la meilleure réalisatrice. Vous pouvez donc, visiblement, recevoir un Oscar si vous n’êtes pas barbue, ce qui est plus ou moins rassurant. Mais vous ne voulez pas être Kathryn Bigelow ! Vous voulez être Steven Spielberg ! C’est comme ça : vos plus grandes idoles sont BARBUES. Point barre.
A défaut, vous allez acheter une casquette. Ca aussi, ça marche bien, la casquette – il suffit de regarder n’importe quel making-of pour comprendre qu’il s’agit de l’accessoire indispensable du réalisateur, loin devant le mégaphone ou la chaise en toile.
Quelle tragique condition que la vôtre – tant d’ambition et la certitude de n’être jamais un réalisateur respecté comme il se doit. Parce que, tout de même, vous savez que vous n’aurez aucune crédibilité, sans votre barbe.
Quand on vous dit que c’est dur, d’être une fille…
Le fait est que vous accepteriez volontiers de ressembler à Nick Frost si l’on vous garantissait une carrière comme la sienne. Et encore plus à Simon Pegg – oh, oui. Vous accepteriez même une bonne bedaine de buveur de bière si vous pouviez être à l’origine d’un film de zombies absolument culte, ou jouer dans un bon film de science-fiction. Si ça, ce n’est pas se sacrifier pour son art…
Toujours est-il que ceci vous renvoie à votre éternel problème : vous êtes une fille. Et le hic, c’est qu’il semblerait que la réussite cinématographique passe par le fait d’être un gros barbu. Ou, du moins, un barbu.
Le cas Simon Pegg mis à part, vous avez en effet passé votre courte vie à constater que la barbe fait partie intégrante du rêve américain. Steven Spielberg. Georges Lucas. Peter Jackson. Guillermo Del Toro. Francis Ford Coppola. David Fincher. Les frères Coen. Et on ne peut pas dire que Tim Burton soit rasé de frais. Même Quentin Tarantino a une petite barbichette. Riquiqui, certes, mais une barbichette quand même. James Cameron compte également comme un barbu, d’autant qu’il ne ressemble vraiment plus à rien depuis qu’il a changé de tête.
D’accord, il reste des Martin Scorcese, des J.J. Abrams, des Woody Allen. Mais le pourcentage est minime, vous devez bien l’admettre.
Alors oui, Kathryn Bigelow a obtenu l’Oscar de la meilleure réalisatrice. Vous pouvez donc, visiblement, recevoir un Oscar si vous n’êtes pas barbue, ce qui est plus ou moins rassurant. Mais vous ne voulez pas être Kathryn Bigelow ! Vous voulez être Steven Spielberg ! C’est comme ça : vos plus grandes idoles sont BARBUES. Point barre.
A défaut, vous allez acheter une casquette. Ca aussi, ça marche bien, la casquette – il suffit de regarder n’importe quel making-of pour comprendre qu’il s’agit de l’accessoire indispensable du réalisateur, loin devant le mégaphone ou la chaise en toile.
Quelle tragique condition que la vôtre – tant d’ambition et la certitude de n’être jamais un réalisateur respecté comme il se doit. Parce que, tout de même, vous savez que vous n’aurez aucune crédibilité, sans votre barbe.
Quand on vous dit que c’est dur, d’être une fille…
jeudi 31 mars 2011
Api Birzdè.
Nom de Zeus ! Ce blog a déjà un an. Un an, pas assez d’articles, mais encore mille emmerdes à raconter. Et quelques bons moments aussi, d’accord.
Outre le fait qu’un anniversaire reste une bonne excuse pour se goinfrer de génoise et faire péter le Champomy, profitons de l’occasion pour établir un joyeux bilan de l’année qui vient de s’écouler (oui, il s’agit là de masochisme).
Mars 2010 à mars 2011 représente donc, pour vous, dans le désordre :
Un court-métrage.
Mais seulement deux jours de tournage.
Neuf mois de saisie de données.
Neuf cent vingt tournages sur lesquels vous n’avez pas travaillé.
Huit mille quatre cent quatre vingt quinze chèques endossés (approximativement).
Deux jours « surprise » au festival de Deauville.
Une journée de figuration très drôle sur le court-métrage d’un ami, où vous avez eu droit à votre première expérience de la prothèse au cinéma – en l’occurrence, de magnifiques dents de vampires moulées sur vos canines. La grande classe !
La honte de votre vie avec M. Night Shyamalan.
Six semaines d’écriture et de travail pour un producteur anglais qui, en fait, n’existait pas. *
Un après-midi sur le tournage d’un film avec Ethan Hawke, sans Ethan Hawke.
Quelques heures passées aux Auditoriums de Boulogne pour y préparer une projection de votre film – expérience plutôt intéressante, puisqu’on vous y a considérée comme réalisatrice, au même titre que Daniel Auteuil par exemple, qui passait par là. D’abord.
Zéro heure sur cinq cent sept.
Une nuit de mixage dans le studio où l’on double «Les Frères Scott» (vous n’avez jamais regardé et c’est sûrement nul, mais ça le fait, non ?)
Une master-class de Terry Gilliam aux côtés de Liev Schreiber, humble petit fan comme vous.
Un coucou d’Al Pacino, entouré d’une nuée de fans en délire sur Broadway.
Pas beaucoup d’euros, pas encore la gloire, mais beaucoup de bonheur, somme toute. Comme qui dirait, en fait, ça pourrait être pire…
Accessoirement, c’est aussi plein de belles rencontres, notamment grâce à ce bl… site. Rencontres qui vous ont redonné foi en votre pays : non, tous les Français ne consacrent pas tout leur temps libre à l’allumage de cierges en l’honneur de Saint Chiant du Film d’Auteur. Il existe des insurgés qui luttent dans l’ombre, des irréductibles qui croient encore au cinéma et qui, à défaut de le révolutionner avec vous (pour l’instant !), vous redonnent constamment espoir – vous n’êtes pas seeeeeeule !
* La réalité est toujours pire que la fiction, et cette vile anecdote justifiera un article à elle seule… quand vous aurez digéré l’affront qui vous a été fait, et que vous serez capable de la raconter sans proférer insultes et envies pressantes d’éviscérations et autres dépeçages en règle.
Outre le fait qu’un anniversaire reste une bonne excuse pour se goinfrer de génoise et faire péter le Champomy, profitons de l’occasion pour établir un joyeux bilan de l’année qui vient de s’écouler (oui, il s’agit là de masochisme).
Mars 2010 à mars 2011 représente donc, pour vous, dans le désordre :
Un court-métrage.
Mais seulement deux jours de tournage.
Neuf mois de saisie de données.
Neuf cent vingt tournages sur lesquels vous n’avez pas travaillé.
Huit mille quatre cent quatre vingt quinze chèques endossés (approximativement).
Deux jours « surprise » au festival de Deauville.
Une journée de figuration très drôle sur le court-métrage d’un ami, où vous avez eu droit à votre première expérience de la prothèse au cinéma – en l’occurrence, de magnifiques dents de vampires moulées sur vos canines. La grande classe !
La honte de votre vie avec M. Night Shyamalan.
Six semaines d’écriture et de travail pour un producteur anglais qui, en fait, n’existait pas. *
Un après-midi sur le tournage d’un film avec Ethan Hawke, sans Ethan Hawke.
Quelques heures passées aux Auditoriums de Boulogne pour y préparer une projection de votre film – expérience plutôt intéressante, puisqu’on vous y a considérée comme réalisatrice, au même titre que Daniel Auteuil par exemple, qui passait par là. D’abord.
Zéro heure sur cinq cent sept.
Une nuit de mixage dans le studio où l’on double «Les Frères Scott» (vous n’avez jamais regardé et c’est sûrement nul, mais ça le fait, non ?)
Une master-class de Terry Gilliam aux côtés de Liev Schreiber, humble petit fan comme vous.
Un coucou d’Al Pacino, entouré d’une nuée de fans en délire sur Broadway.
Pas beaucoup d’euros, pas encore la gloire, mais beaucoup de bonheur, somme toute. Comme qui dirait, en fait, ça pourrait être pire…
Accessoirement, c’est aussi plein de belles rencontres, notamment grâce à ce bl… site. Rencontres qui vous ont redonné foi en votre pays : non, tous les Français ne consacrent pas tout leur temps libre à l’allumage de cierges en l’honneur de Saint Chiant du Film d’Auteur. Il existe des insurgés qui luttent dans l’ombre, des irréductibles qui croient encore au cinéma et qui, à défaut de le révolutionner avec vous (pour l’instant !), vous redonnent constamment espoir – vous n’êtes pas seeeeeeule !
* La réalité est toujours pire que la fiction, et cette vile anecdote justifiera un article à elle seule… quand vous aurez digéré l’affront qui vous a été fait, et que vous serez capable de la raconter sans proférer insultes et envies pressantes d’éviscérations et autres dépeçages en règle.
mercredi 3 novembre 2010
La vie, la mort, et Jurassic Park.
J’adore le Japon. Non, pire que ça – je rêve désespérément d’aller au Japon. Le pays du Soleil-Levant se situe dans le Top Ten de mes fantasmes exotiques, aux côtés de « aller à Los Angeles pour un rendez-vous professionnel » et « aller à l’aéroport de Wellington pour y voir Gollum ». Vous imaginez ? Ce n’est même pas pour une raison cinématographique, c’est dire. Il va de soi que non, je n’ai pas de mèches roses assorties à mes chaussures compensées d’inspiration érotico-mangaïesque. Oh, je ne renie pas un bon manga de temps à autres, et je pourrais mourir pour un bon restaurant (je suis un être humain, tout de même), mais je ne suis pas du genre à attendre trois heures sous la pluie pour entrer à Japan Expo en écoutant de la pop japonaise (même si, avouons-le, Berryz Kôbô, c’est cooooool). C’était une précision nécessaire…
Quoiqu’il en soit, j’aime le Japon. Aussi avais-je été interpellée par la façon dithyrambique dont mon professeur d’Histoire de l’Art nous parlait de « Hiroshima, mon amour », d’Alain Resnais. Il en parlait… amoureusement, justement. Alléchée par l’histoire (et par les propos de l’être diabolique, donc), je me rendis, sans préjugés, au cours durant lequel nous devions assister à la projection du film. En fait, j’étais même persuadée d’adorer…
Alors pardon, Monsieur Resnais, pardon. Mais ce fut long, interminable et douloureusement, abominablement soporifique. Je ne crois pas avoir ressenti autre chose que de la peur. Oui, de la peur : mon Dieu, que m’arrive-t-il ? Suis-je si différente des autres êtres de mon espèce ? Pourquoi n’ai-je pas les mêmes… préférences ?
Je n’étais pas seule, comme je le découvris dans le regard effaré de quelques uns de mes condisciples (très peu – nous sommes en France, ne l’oubliez pas). Or, je me souviens tout de même (ha, ha, ha) que l’une de mes petites camarades avait pour habitude de clamer haut et fort sa vénération pour cette œuvre. Cette jeune demoiselle, vêtue comme une « artiste », était fière de dire que ce film avait changé sa vie. Hmmmmm (bruit dubitatif). Ayant pris connaissance de la chose (disons, du long-métrage), je commençais à douter quelque peu de la sincérité de ses propos…
Que voulez-vous ? Les étudiants en cinéma se croient obligés de citer des classiques – souvent les pires – lorsqu’il leur est demandé de citer leur film préféré. Ce n’est pas forcément méchant ou prétentieux… Il nous est simplement physiquement impossible de dire « Bonjour, je suis là parce que j’ai vu « Terminator 2 » quarante-trois fois en quinze ans et que j’aimerais en réaliser une énième séquelle ». Comme nous l’avons déjà vu, nous ne somme pas formatés en ce sens…
J’ai récemment eu droit, pour la trois-cent-quarantième fois, à la grande question.
Jeune étudiant
Et alors, ton film préféré ?
Vieille créature aigrie
« Jurassic Park » – et toi ?
Jeune étudiant
Moi ? En ce moment, je dirais « Ascenseur pour l’Echafaud », de Louis Malle…
Vieille créature aigrie (qui passe, alors, pour une débile mentale)
Hmmmmmmm.
« En ce moment » ? Comment ça, « en ce moment » ? On a un film préféré ou on ne l’a pas ! Et au diable les préjugés. Quand on vieillit, on apprend à assumer… Bon, surtout quand on quitte l’école, en fait, et que l’on n’a plus peur que la STASI nous dénonce au professeur d’Histoire de l’Art.
« Jurassic Park » a été diffusé une énième fois cette semaine, et, comme à chaque fois, vous avez un petit pincement au cœur. Pas un petit pincement de regret, non, un petit pincement d’affection. JP, c’est un membre de votre famille, quelque chose de plus familier que votre grand-tante ou que vos cousins. Vous avez grandi avec JP, et il vous a accompagnée tout au long des grands moments de votre vie. La veille de votre entrée à l’Ecole (hasard extraordinaire, tout de même !), il a été diffusé – vous aviez pris ça comme un signe divin. C’est à lui que vous devez le début de votre grande histoire amoureuse (oui, on peut « pécho » avec JP). Vous le connaissez par cœur, vous l’avez parodié, vous l’avez vu mille fois et pourriez le revoir mille autres. JP vous consolera toujours quand vous allez mal, et JP vous donnera toujours l’impression d’être à la maison si vous êtes loin. Et puis, il faut bien l’avouer : on ne s’ennuie jamais avec JP.
Vous avez toujours peur quand le sol tremble à nouveau et que Ian Malcolm rappelle ses camarades à la Jeep. Vous stressez toujours quand la Petite Futée rend difficile l’accès à la remise. Vous avez toujours un frisson d’angoisse quand vous voyez de la gelée verte. Et vous rêvez toujours au moins une fois par mois que vous êtes poursuivie par des Raptors / un T-Rex / les deux (bon, d’accord, là, c’est peut-être pathologique).
That’s entertainment !
Le prénom du héros de votre premier film d’école n’était autre que Ian.
Vous citez au moins une fois par jour, la plupart du temps de façon inconsciente, une réplique de « Jurassic Park » (ou hum, parfois, aussi, de « Independance Day ». Mais vous n’y pouvez rien si Jeff Goldblum a eu tant de bons rôles, et joue tellement bien le joyeux cynique blasé. Gloire à Jeff Goldblum).
Tout ce que vous avez retenu de « The Social Network », c’est que Joseph Mazzello était le troisième colocataire au fond à droite. Joseph qui ? Ben, Tim. Le petit garçon qui a vomi dans la voiture.
Voiture que vous vous êtes d’ailleurs jurée de posséder un jour, même si rouler dedans impliquera probablement de vous faire jeter des cailloux (certaines mauvaises langues s’appliquent depuis des années à vous faire comprendre que vous auriez l’air ridicule, pour ne pas dire franchement con).
S’il vous arrivait de vous marier (une aberration hautement improbable, mais on ne sait jamais), vous souhaiteriez remplacer la marche nuptiale par le célèbre thème de John Williams. Une affirmation véridique, même s’il est vrai que vous hésitez un peu depuis qu’un ami l’a dénommée « la marche des dinosaures »…
Toute votre vie, je vous dis.
Alors qu’une petite péronnelle ose prétendre qu’elle est là parce qu’elle a vu « Hiroshima mon Amour » étant petite… cela vous fait bien rire, et vous ne pouvez vous résoudre à y croire. Ou alors elle n’a vraiment, vraiment pas eu une enfance normale.
Ou, pire encore, VOUS n’êtes pas normale. Mais ceci reste encore à déterminer.
(Pour en revenir à ma digression originelle… Puisque vous ne l’avez pas demandé – mon fantasme exotique très précis impliquant le Japon est le suivant : « Lire un roman de Haruki Murakami au Japon ». Gloire à Haruki Murakami).
Quoiqu’il en soit, j’aime le Japon. Aussi avais-je été interpellée par la façon dithyrambique dont mon professeur d’Histoire de l’Art nous parlait de « Hiroshima, mon amour », d’Alain Resnais. Il en parlait… amoureusement, justement. Alléchée par l’histoire (et par les propos de l’être diabolique, donc), je me rendis, sans préjugés, au cours durant lequel nous devions assister à la projection du film. En fait, j’étais même persuadée d’adorer…
Alors pardon, Monsieur Resnais, pardon. Mais ce fut long, interminable et douloureusement, abominablement soporifique. Je ne crois pas avoir ressenti autre chose que de la peur. Oui, de la peur : mon Dieu, que m’arrive-t-il ? Suis-je si différente des autres êtres de mon espèce ? Pourquoi n’ai-je pas les mêmes… préférences ?
Je n’étais pas seule, comme je le découvris dans le regard effaré de quelques uns de mes condisciples (très peu – nous sommes en France, ne l’oubliez pas). Or, je me souviens tout de même (ha, ha, ha) que l’une de mes petites camarades avait pour habitude de clamer haut et fort sa vénération pour cette œuvre. Cette jeune demoiselle, vêtue comme une « artiste », était fière de dire que ce film avait changé sa vie. Hmmmmm (bruit dubitatif). Ayant pris connaissance de la chose (disons, du long-métrage), je commençais à douter quelque peu de la sincérité de ses propos…
Que voulez-vous ? Les étudiants en cinéma se croient obligés de citer des classiques – souvent les pires – lorsqu’il leur est demandé de citer leur film préféré. Ce n’est pas forcément méchant ou prétentieux… Il nous est simplement physiquement impossible de dire « Bonjour, je suis là parce que j’ai vu « Terminator 2 » quarante-trois fois en quinze ans et que j’aimerais en réaliser une énième séquelle ». Comme nous l’avons déjà vu, nous ne somme pas formatés en ce sens…
J’ai récemment eu droit, pour la trois-cent-quarantième fois, à la grande question.
Jeune étudiant
Et alors, ton film préféré ?
Vieille créature aigrie
« Jurassic Park » – et toi ?
Jeune étudiant
Moi ? En ce moment, je dirais « Ascenseur pour l’Echafaud », de Louis Malle…
Vieille créature aigrie (qui passe, alors, pour une débile mentale)
Hmmmmmmm.
« En ce moment » ? Comment ça, « en ce moment » ? On a un film préféré ou on ne l’a pas ! Et au diable les préjugés. Quand on vieillit, on apprend à assumer… Bon, surtout quand on quitte l’école, en fait, et que l’on n’a plus peur que la STASI nous dénonce au professeur d’Histoire de l’Art.
« Jurassic Park » a été diffusé une énième fois cette semaine, et, comme à chaque fois, vous avez un petit pincement au cœur. Pas un petit pincement de regret, non, un petit pincement d’affection. JP, c’est un membre de votre famille, quelque chose de plus familier que votre grand-tante ou que vos cousins. Vous avez grandi avec JP, et il vous a accompagnée tout au long des grands moments de votre vie. La veille de votre entrée à l’Ecole (hasard extraordinaire, tout de même !), il a été diffusé – vous aviez pris ça comme un signe divin. C’est à lui que vous devez le début de votre grande histoire amoureuse (oui, on peut « pécho » avec JP). Vous le connaissez par cœur, vous l’avez parodié, vous l’avez vu mille fois et pourriez le revoir mille autres. JP vous consolera toujours quand vous allez mal, et JP vous donnera toujours l’impression d’être à la maison si vous êtes loin. Et puis, il faut bien l’avouer : on ne s’ennuie jamais avec JP.
Vous avez toujours peur quand le sol tremble à nouveau et que Ian Malcolm rappelle ses camarades à la Jeep. Vous stressez toujours quand la Petite Futée rend difficile l’accès à la remise. Vous avez toujours un frisson d’angoisse quand vous voyez de la gelée verte. Et vous rêvez toujours au moins une fois par mois que vous êtes poursuivie par des Raptors / un T-Rex / les deux (bon, d’accord, là, c’est peut-être pathologique).
That’s entertainment !
Le prénom du héros de votre premier film d’école n’était autre que Ian.
Vous citez au moins une fois par jour, la plupart du temps de façon inconsciente, une réplique de « Jurassic Park » (ou hum, parfois, aussi, de « Independance Day ». Mais vous n’y pouvez rien si Jeff Goldblum a eu tant de bons rôles, et joue tellement bien le joyeux cynique blasé. Gloire à Jeff Goldblum).
Tout ce que vous avez retenu de « The Social Network », c’est que Joseph Mazzello était le troisième colocataire au fond à droite. Joseph qui ? Ben, Tim. Le petit garçon qui a vomi dans la voiture.
Voiture que vous vous êtes d’ailleurs jurée de posséder un jour, même si rouler dedans impliquera probablement de vous faire jeter des cailloux (certaines mauvaises langues s’appliquent depuis des années à vous faire comprendre que vous auriez l’air ridicule, pour ne pas dire franchement con).
S’il vous arrivait de vous marier (une aberration hautement improbable, mais on ne sait jamais), vous souhaiteriez remplacer la marche nuptiale par le célèbre thème de John Williams. Une affirmation véridique, même s’il est vrai que vous hésitez un peu depuis qu’un ami l’a dénommée « la marche des dinosaures »…
Toute votre vie, je vous dis.
Alors qu’une petite péronnelle ose prétendre qu’elle est là parce qu’elle a vu « Hiroshima mon Amour » étant petite… cela vous fait bien rire, et vous ne pouvez vous résoudre à y croire. Ou alors elle n’a vraiment, vraiment pas eu une enfance normale.
Ou, pire encore, VOUS n’êtes pas normale. Mais ceci reste encore à déterminer.
(Pour en revenir à ma digression originelle… Puisque vous ne l’avez pas demandé – mon fantasme exotique très précis impliquant le Japon est le suivant : « Lire un roman de Haruki Murakami au Japon ». Gloire à Haruki Murakami).
mercredi 14 juillet 2010
Youkaïdi, youkaïda
Je n’ai jamais pris de drogue, et je ne compte pas essayer – je laisse cet acte pathétique aux faibles, si vous me pardonnez de l’exprimer en ces mots.
En revanche, je pense pouvoir dire que l’état euphorique dans lequel je me trouvais vendredi soir était relativement similaire à celui que l’on éprouve après s’être enfilé un bon gramme de coke. Et encore… !
Vendredi neuf juillet de l’an de grâce deux mille dix. Il est environ vingt-deux heures et je cours au ralenti dans de vertes prairies, chantant, dansant et virevoltant, le cœur empli de joie et d’allégresse. Je suis Maria Von Trapp dans la « Mélodie du Bonheur ». Pire encore, je suis Shahrukh Khan dans « Veer-Zaara ».
Bon, en fait, je suis sur un trottoir parisien, et il fait bien trop chaud pour sauter en l’air.
Pourtant, non, non, pas de coke, même pas un petit champignon.
Je viens de rencontrer M. Night Shyamalan !
Commençons par le commencement. M. Night Shyamalan a réalisé certains de mes « films préférés de tous les temps ». Mais, comme si cela ne suffisait pas, il sait faire ce truc bizarre, vous savez… Il met un bout de vous dans ce qu’il fait. C’est viscéral, cela ne s’explique pas. Vous voyez un film et ce film, c’est vous. C’est presque de l’ordre de l’intime, en fait – vous êtes touché parce que ce qui se passe à l’écran, c’est ce qu’il y a au plus profond de vous.
Bon, si je veux faire péter l’audimat, je peux dire que oui ! J’ai été violée par M. Night Shyamalan. Et pas qu’une fois.
Bref. M. Night Shyamalan était donc en master class à Paris, à la suite de l’avant-première de son nouveau film, « Le dernier maître de l’air » (on ne rigole pas). Même après avoir vu « Phénomènes », comment rater ça ? Ni une ni deux, hop ! J’avais acheté mon billet. A un prix astronomique, il faut bien le dire – putain de 3D.
Ayant décidé de m’abstenir d’écrire des critiques de films sur ce site (on n’est pas couchés, sinon. Et puis, accessoirement, j’ai une vie sociale), je passerai donc directement à la rencontre.
TADADAAAAA !
Il arrive. Vous ne trouvez pas qu’il ressemble à Michael Jackson jeune, vous ?
Bon sang. Ce qu’il a l’air jeune, d’ailleurs. Vous avez vraiment intérêt à vous magner le cul pour faire du cinéma.
Vous manquez de défaillir quand, à peine assis, le monsieur vous annonce que ses producteurs, Kathleen Kennedy et Frank Marshall, sont assis là, au premier rang. Ainsi que l’un de ses acteurs principaux. Quel acteur, déjà ? On s’en fout – KATHLEEN KENNEDY ET FRANK MARSHALL. Mille sabords de couille de pute !
Ce sont simplement des amis de Die… euh, de Spielberg. Et puis, ce n’est pas comme s’ils avaient produit une bonne partie des films cultes de votre enfance. Tout va bien, donc. On reste zen.
Et c’est parti pour le fantasme numéro 553 642. Le film se termine, tout le monde se jette sur Shyamalan, ignorant ses producteurs. Vous y allez, désireuse de leur serrer la main, de les remercier, de leur dire ce qu’ils représentent ! Vous engagez la conversation et, bien entendu, le courant passe à merveille. Ils prennent votre carte et… non, mieux – ils vous proposent directement un job de porteur de café.
Retour à la réalité.
Les minutes qui suivent se déroulent comme dans un rêve. Enfin, les minutes… une heure ? Deux heures ? C’est comme faire l’amour, finalement – tellement bon que vous n’avez aucune idée du temps que ça dure.
NB : bien entendu, je ne suis pas COMPLETEMENT irrécupérable, et le lecteur intelligent aura compris que je m’exprime rarement au premier degré (mais c’était vraiment bien, quand même… bon, d’accord, je me tais).
Indubitablement, le meilleur moment arrive lorsque c’est au public de poser des questions. Parce que parler placement de caméra, direction d’acteur et écriture, c’est délicieux, mais rien ne vaut une authentique question de geek. Vous savez, un bon gros fan, le genre à se pointer à une convention « Star Strek » avec son t-shirt de la série, et qui va tenir à prendre le micro pour signaler que dans l’épisode quarante-deux de la saison huit, lors de la scène quinze à la trente et unième minute, le troisième figurant sur la droite a chié sa réplique – de toute façon, peut importe qu’il l’aie chiée, puisqu’il était techniquement impossible que le générateur de propulsion spatio-temporelle permette au héros d’échapper aux Klingons avec seulement dix méga-watts d’énergie en stock pour une vitesse inférieure de 0,234km/h² à celle de la lumière. Gnnnn.
« Oui alors euh, tous vos scénarios sont parfaits, mais il y en a un qui n’est pas parfait, un seul, où il y a une grosse erreur – en fait, dans « La jeune fille de l’eau », l’écrivain demande à Story pourquoi le petit garçon qui doit sauver le monde n’est pas venu le voir, mais il ne peut pas venir le voir parce que son livre n’a pas encore été publié, et donc ça ne marche pas ».
Non, ce n’était pas moi – hors de question de poser une question si ce n’est pas LA meilleure question du monde. Donc, je me tais. Mais, en l’occurrence, j’ai bien rigolé – comme le reste de la salle. Il fallait voir la tête de la traductrice, qui essayait vainement de retranscrire les propos du dévoué fidèle. Shyamalan, quant à lui, n’a pu s’empêcher de demander, pour la question suivante, si l’on allait lui dire qu’il y avait un problème à la troisième ligne du scénario de tel film. Mais c’est qu’il a de l’humour, en plus ! Quel homme.
Mais vous connaissez les dures lois de ce monde – tout ce qui est bon ne saurait durer éternellement. Aussi les attachés de presse et autres illustres inconnus, se sentant investis d’une mission divine (en même temps, ils sont visiblement bien plus que riches que le public de pauvres fans que nous sommes, donc ils font la loi – logique) s’empressent-ils de pousser le Prophète vers la sortie. L’intéressé semble pourtant chaud-bouillant, parti pour des heures, mais que voulez-vous…
Shyamalan va partir.
En règle générale, vous jouez les blasées. Courir après un autographe : quel intérêt ? Prendre une photo ? A la limite... vous essayez toujours de rester digne et de ranger vos pulsions de cinéphiles au placard.
Mais là, vos pieds refusent de se diriger vers la sortie. Vous êtes totalement bloquée. Vous ne pouvez pas le laisser partir comme ça. C’est Shyamalan, merde ! Vous vous approchez doucement de la mêlée, que dis-je, du cocon humain qui entoure le réalisateur. Difficile de trouver une ouverture pour lui parler… Il est en train de signer une avalanche d’autographes, tout en répondant à de très sérieuses questions. Niveau intimité, on repassera. Mais c’est Shyamalan, et vos pieds sont très, très têtus. Vous approchez encore et vous vous retrouvez prise dans la vague humaine, poussée vers lui – pourquoi lutter ? C’est votre destin !
Il vous regarde pendant une fraction de seconde, alors votre bouche se met aussi à fonctionner indépendamment de votre cerveau, et vous le saluez. Votre main, qui a décidé d’entrer en rébellion à son tour, plonge dans votre sac pour y trouver votre fidèle carnet à tout faire, qu’elle ouvre en plein milieu, sur la première page blanche qui passe. Puisque que votre idole semble être en phase de signature, autant en profiter – vous lui tendez votre carnet. Enfin, c’est un coup de votre main, encore, parce que votre cerveau a plus ou moins abandonné la partie. Il le prend, vous sourit, et vous lui dites avec entrain… « Bon, vous m’embauchez ? »
Si vous commencez à avoir pitié, je vous préviens, arrêtez de lire tout de suite.
Vous êtes bien contente, parce que vous l’avez fait rire. Il vous dit que oui, dès qu’il vient tourner à Paris, il vous embauche. Et votre bouche, qui est décidément trop conne, lui répond : « Mais carrément ! Parce que je veux être réalisateur et… » … Et jusque là, tout va bien. Mais là, vous dites… vous dites… « Je vous vénère ».
Oui, j’ai dit ça. Mais comme je l’avais dit, tout cela a eu sur moi un effet pire que la drogue.
Et puis, second degré, toujours... Ne reste plus qu’à espérer qu’il a compris et n’est pas barricadé dans sa chambre, terrifié par cette fanatique terrifiante qui va peut-être venir le harceler et lui jouer un remake parisien de « Misery ».
S’il y a bien une leçon à tirer de cette histoire, en tous cas, c’est que si vous n’arrivez pas à vous motiver pour apprendre à parler anglais, voyez comme c’est utile, surtout pour sortir d’ineffables conneries aux gens que vous admirez.
En revanche, je pense pouvoir dire que l’état euphorique dans lequel je me trouvais vendredi soir était relativement similaire à celui que l’on éprouve après s’être enfilé un bon gramme de coke. Et encore… !
Vendredi neuf juillet de l’an de grâce deux mille dix. Il est environ vingt-deux heures et je cours au ralenti dans de vertes prairies, chantant, dansant et virevoltant, le cœur empli de joie et d’allégresse. Je suis Maria Von Trapp dans la « Mélodie du Bonheur ». Pire encore, je suis Shahrukh Khan dans « Veer-Zaara ».
Bon, en fait, je suis sur un trottoir parisien, et il fait bien trop chaud pour sauter en l’air.
Pourtant, non, non, pas de coke, même pas un petit champignon.
Je viens de rencontrer M. Night Shyamalan !
Commençons par le commencement. M. Night Shyamalan a réalisé certains de mes « films préférés de tous les temps ». Mais, comme si cela ne suffisait pas, il sait faire ce truc bizarre, vous savez… Il met un bout de vous dans ce qu’il fait. C’est viscéral, cela ne s’explique pas. Vous voyez un film et ce film, c’est vous. C’est presque de l’ordre de l’intime, en fait – vous êtes touché parce que ce qui se passe à l’écran, c’est ce qu’il y a au plus profond de vous.
Bon, si je veux faire péter l’audimat, je peux dire que oui ! J’ai été violée par M. Night Shyamalan. Et pas qu’une fois.
Bref. M. Night Shyamalan était donc en master class à Paris, à la suite de l’avant-première de son nouveau film, « Le dernier maître de l’air » (on ne rigole pas). Même après avoir vu « Phénomènes », comment rater ça ? Ni une ni deux, hop ! J’avais acheté mon billet. A un prix astronomique, il faut bien le dire – putain de 3D.
Ayant décidé de m’abstenir d’écrire des critiques de films sur ce site (on n’est pas couchés, sinon. Et puis, accessoirement, j’ai une vie sociale), je passerai donc directement à la rencontre.
TADADAAAAA !
Il arrive. Vous ne trouvez pas qu’il ressemble à Michael Jackson jeune, vous ?
Bon sang. Ce qu’il a l’air jeune, d’ailleurs. Vous avez vraiment intérêt à vous magner le cul pour faire du cinéma.
Vous manquez de défaillir quand, à peine assis, le monsieur vous annonce que ses producteurs, Kathleen Kennedy et Frank Marshall, sont assis là, au premier rang. Ainsi que l’un de ses acteurs principaux. Quel acteur, déjà ? On s’en fout – KATHLEEN KENNEDY ET FRANK MARSHALL. Mille sabords de couille de pute !
Ce sont simplement des amis de Die… euh, de Spielberg. Et puis, ce n’est pas comme s’ils avaient produit une bonne partie des films cultes de votre enfance. Tout va bien, donc. On reste zen.
Et c’est parti pour le fantasme numéro 553 642. Le film se termine, tout le monde se jette sur Shyamalan, ignorant ses producteurs. Vous y allez, désireuse de leur serrer la main, de les remercier, de leur dire ce qu’ils représentent ! Vous engagez la conversation et, bien entendu, le courant passe à merveille. Ils prennent votre carte et… non, mieux – ils vous proposent directement un job de porteur de café.
Retour à la réalité.
Les minutes qui suivent se déroulent comme dans un rêve. Enfin, les minutes… une heure ? Deux heures ? C’est comme faire l’amour, finalement – tellement bon que vous n’avez aucune idée du temps que ça dure.
NB : bien entendu, je ne suis pas COMPLETEMENT irrécupérable, et le lecteur intelligent aura compris que je m’exprime rarement au premier degré (mais c’était vraiment bien, quand même… bon, d’accord, je me tais).
Indubitablement, le meilleur moment arrive lorsque c’est au public de poser des questions. Parce que parler placement de caméra, direction d’acteur et écriture, c’est délicieux, mais rien ne vaut une authentique question de geek. Vous savez, un bon gros fan, le genre à se pointer à une convention « Star Strek » avec son t-shirt de la série, et qui va tenir à prendre le micro pour signaler que dans l’épisode quarante-deux de la saison huit, lors de la scène quinze à la trente et unième minute, le troisième figurant sur la droite a chié sa réplique – de toute façon, peut importe qu’il l’aie chiée, puisqu’il était techniquement impossible que le générateur de propulsion spatio-temporelle permette au héros d’échapper aux Klingons avec seulement dix méga-watts d’énergie en stock pour une vitesse inférieure de 0,234km/h² à celle de la lumière. Gnnnn.
« Oui alors euh, tous vos scénarios sont parfaits, mais il y en a un qui n’est pas parfait, un seul, où il y a une grosse erreur – en fait, dans « La jeune fille de l’eau », l’écrivain demande à Story pourquoi le petit garçon qui doit sauver le monde n’est pas venu le voir, mais il ne peut pas venir le voir parce que son livre n’a pas encore été publié, et donc ça ne marche pas ».
Non, ce n’était pas moi – hors de question de poser une question si ce n’est pas LA meilleure question du monde. Donc, je me tais. Mais, en l’occurrence, j’ai bien rigolé – comme le reste de la salle. Il fallait voir la tête de la traductrice, qui essayait vainement de retranscrire les propos du dévoué fidèle. Shyamalan, quant à lui, n’a pu s’empêcher de demander, pour la question suivante, si l’on allait lui dire qu’il y avait un problème à la troisième ligne du scénario de tel film. Mais c’est qu’il a de l’humour, en plus ! Quel homme.
Mais vous connaissez les dures lois de ce monde – tout ce qui est bon ne saurait durer éternellement. Aussi les attachés de presse et autres illustres inconnus, se sentant investis d’une mission divine (en même temps, ils sont visiblement bien plus que riches que le public de pauvres fans que nous sommes, donc ils font la loi – logique) s’empressent-ils de pousser le Prophète vers la sortie. L’intéressé semble pourtant chaud-bouillant, parti pour des heures, mais que voulez-vous…
Shyamalan va partir.
En règle générale, vous jouez les blasées. Courir après un autographe : quel intérêt ? Prendre une photo ? A la limite... vous essayez toujours de rester digne et de ranger vos pulsions de cinéphiles au placard.
Mais là, vos pieds refusent de se diriger vers la sortie. Vous êtes totalement bloquée. Vous ne pouvez pas le laisser partir comme ça. C’est Shyamalan, merde ! Vous vous approchez doucement de la mêlée, que dis-je, du cocon humain qui entoure le réalisateur. Difficile de trouver une ouverture pour lui parler… Il est en train de signer une avalanche d’autographes, tout en répondant à de très sérieuses questions. Niveau intimité, on repassera. Mais c’est Shyamalan, et vos pieds sont très, très têtus. Vous approchez encore et vous vous retrouvez prise dans la vague humaine, poussée vers lui – pourquoi lutter ? C’est votre destin !
Il vous regarde pendant une fraction de seconde, alors votre bouche se met aussi à fonctionner indépendamment de votre cerveau, et vous le saluez. Votre main, qui a décidé d’entrer en rébellion à son tour, plonge dans votre sac pour y trouver votre fidèle carnet à tout faire, qu’elle ouvre en plein milieu, sur la première page blanche qui passe. Puisque que votre idole semble être en phase de signature, autant en profiter – vous lui tendez votre carnet. Enfin, c’est un coup de votre main, encore, parce que votre cerveau a plus ou moins abandonné la partie. Il le prend, vous sourit, et vous lui dites avec entrain… « Bon, vous m’embauchez ? »
Si vous commencez à avoir pitié, je vous préviens, arrêtez de lire tout de suite.
Vous êtes bien contente, parce que vous l’avez fait rire. Il vous dit que oui, dès qu’il vient tourner à Paris, il vous embauche. Et votre bouche, qui est décidément trop conne, lui répond : « Mais carrément ! Parce que je veux être réalisateur et… » … Et jusque là, tout va bien. Mais là, vous dites… vous dites… « Je vous vénère ».
Oui, j’ai dit ça. Mais comme je l’avais dit, tout cela a eu sur moi un effet pire que la drogue.
Et puis, second degré, toujours... Ne reste plus qu’à espérer qu’il a compris et n’est pas barricadé dans sa chambre, terrifié par cette fanatique terrifiante qui va peut-être venir le harceler et lui jouer un remake parisien de « Misery ».
S’il y a bien une leçon à tirer de cette histoire, en tous cas, c’est que si vous n’arrivez pas à vous motiver pour apprendre à parler anglais, voyez comme c’est utile, surtout pour sortir d’ineffables conneries aux gens que vous admirez.
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