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mercredi 27 juin 2012

Chroniques de la Terre du Milieu – Un Hobbit sur la route.

Il ne fera plus jamais beau. C’est, en tous cas, l’impression que vous avez ; vous êtes en totale dépression météorologique.

Tiens, c’est étrange, ce temps sinistre vous rappelle quelque chose… Voyons voir… C’était l’été, mais il pleuvait un jour sur deux, et vous avez du apprendre à tout faire sous la pluie… Ah, oui, la Nouvelle-Zélande. What else !

Quelle meilleure occasion pour continuer les Chroniques de la Terre du Milieu ? Avec un temps pareil, l’écriture vous semble être une délicieuse tentation… même si, dans votre imaginaire, vous vous visualisez dans un bon gros fauteuil au coin du feu, un chai tea latte viennois à vos côtés et l’ordinateur sur vos genoux (vision bien éloignée de la réalité, puisque vous êtes dans un studio en banlieue parisienne et que les simples vitrages, en plus d’une horrible lumière grise et crue, laissent passer les cris des moutards de l’école d’en face. Diantre.)

La Nouvelle-Zélande, donc… Il fallait au moins ça pour vous faire acheter (et porter !) un K-way et des chaussures de marche. Mais quelle aventure ! Et quelle poisse, accessoirement. La preuve en images, et en un article.

Mardi 13 décembre 2011 (coïncidence amusante, vous n’aviez jamais remarqué que c’était un treize). Vous quittez le parc national d’Abel Tasman, au Nord de l’Ile du Sud, pour vous rendre à Kaikoura, quelques centaines de kilomètres plus bas. Vous êtes de très bonne humeur ; tout d’abord, vous êtes en voiture avec une amie et de la bonne musique (pour ne pas dire que vous chantez à tue-tête sur un vieux CD de Blondie acheté pour une bouchée de pain dans un centre commercial), et vous adorez l’idée de ce road-trip dans une contrée lointaine.
Ensuite, vous avez, la veille, réussi à parcourir treize kilomètres à pied en moins de quatre heures, dans la forêt, sous la pluie, sans rien à manger (une seule boutique à l’orée du parc national, qui avait bien sûr été mise à sac juste avant votre départ), et vous vous sentez donc invincible et particulièrement en forme – vous êtes officiellement une Indiana Jones, une Ellen Ripley, rien ne vous fait peur et vous êtes prête à en faire dix fois plus, par l’enfer ! (NB : le parc national d’Abel Tasman est censé être l’un des plus beaux endroits du monde. Des plages de sable fin, une eau claire, bref, le paradis. QUAND IL NE PLEUT PAS. Sinon, vous vous retrouvez à randonner sous la pluie, à défaut de pouvoir admirer les colonies de phoques en kayak dans des lagons comme les aimerait Jack Sparrow.) (Ceci dit, c’était très chouette. Quand même.)
Enfin, vous vous dirigez vers une bourgade réputée mondialement pour ses animaux marins, et l’idée de nager avec des dauphins et de voir des baleines vous fait sourire niaisement (OK, d’accord, ça fait moins Ellen Ripley, là).

BREF. Vous êtes particulièrement joyeuse. Même s’il pleut…

Au milieu de la route, soudain, un ralentissement : les voitures sont arrêtées et passent au compte-goutte sur un pont. Vous passez ledit pont à votre tour et ooooh ! Un tournage ! Des camions régie et des bonhommes en K-way avec des talkie-walkie !


Bah. C’est mignon, mais ça ne peut pas être le tournage du Hobbit : tout le monde sait qu’il a lieu loin des routes, dans des endroits reculés, et qu’il est au moins aussi protégé qu’un chef d’état en visite en Irak. Aucune chance. Vous continuez à rouler – accessoirement, il est midi passé, et vous mourrez de faim. Et il pleut. Pas de regrets.
Vous continuez sur quelques kilomètres, et, après une dizaine de minutes, arrivez dans une petite ville répondant au doux nom de Havelock.


Quelques maisons, un port et ouf, un restaurant – un énième restaurant avec une petite figurine de moule vous accueillant joyeusement à l’entrée. Vive la mer, vive les moules, et à table, alors !


Pour changer, votre serveur est FRANÇAIS – c’est assez incroyable, le nombre de Français qui ont eu l’idée brillante d’aller s’installer en Nouvelle-Zélande pour changer de vie. Vous n’en avez jamais croisé autant, pas même à New-York pendant les vacances scolaires… Ceci dit, les Français de Nouvelle-Zélande sont autrement plus sympathiques que les affreux bourgeois à mèche de quinze ans écumant la Grosse Pomme dans leurs gilets Abercrombie.
L’avantage d’avoir un serveur français, pour le coup, c’est que vous entamez immédiatement une petite discussion ; depuis combien de temps êtes-vous ici ? D’où vous venez, en France ? Et tiens, c’est quoi ce tournage sur la route ?

(la musique de « Psychose » commence. La scène de la douche, cela va sans dire.)

« Le tournage ? C’est la suite du Seigneur des Anneaux, bien sûr ! Ils sont là pour trois jours, et le soir ils viennent manger ici. Toute l’équipe est super sympa, on rigole bien… »

Bon, là, tout va assez vite – il y a comme un truc qui se brise à l’intérieur de vous. LA.SUITE.DU.SEIGNEUR.DES.ANNEAUX.
Peter Jackson est dans un rayon de moins de dix kilomètres. Le film le plus attendu de l’année se tourne là, tout de suite, maintenant, à côté de vous, et vous l’avez dépassé parce que VOUS AVIEZ FAIM !!! (vous êtes bien un Hobbit, tiens.)

Alors c’est peut-être le stress accumulé au cours du voyage, le fait que vous ne savez pas quoi faire, que vous vous sentez très stupide, ou encore simplement la tristesse de réaliser que vous ne pourrez probablement rien y faire mais bon, voilà, autant l’avouer : vous éclatez en sanglots.

AU REVOIR, ELLEN RIPLEY.

Vous ne pouvez pas rester pour attendre le soir, et manger avec toute l’équipe ; votre planning est très serré, et il vous reste encore plusieurs centaines de kilomètres à parcourir avant la nuit. Si vous aviez du temps et un budget illimité, bien sûr, la question ne se poserait pas, et vous regrettez plus que jamais que vos parents ne possèdent pas une chaine hôtelière de luxe, et vous vous dites que vous auriez quand même pu investir au moins une fois par semaine dans un ticket d’Euromillions. Mais les faits sont là : vous ne pouvez pas rester, point barre.
Vous ne pouvez pas non plus partir sans avoir rien fait ; vous pensez au discours du président des Etats-Unis dans « Independance Day » : « Nous ne voulons pas disparaître sans nous battre ! ». Eh bien là, euh, voilà, c’est un peu pareil.

Heureusement, vous avez une co-équipière de choc qui, bien qu’elle ne comprenne pas trop comment il est possible de pleurer pour un film de plus de trois heures avec des nains poilus qui se battent contre d’autres mecs bizarres en costumes, décide de faire demi-tour et de vous emmener jeter un œil sur ce fameux tournage. Reconnaissance éternelle – nous ne sommes pas grand-chose sans nos amis.

Vous voilà donc reparties en sens inverse. Hé ! Il ne pleut même plus. Vous avez mal au bide comme si vous alliez passez votre Bac une troisième fois (quoi ? C’est bien connu, les cinéastes sont des cancres. Ca, et le fait que les équations différentielles mériteraient d’être jetées aux oubliettes et dévorées par les Nazgûls).


Vous arrivez de nouveau au niveau du pont… Sur votre gauche, une aire routière ; sur votre droite, des toilettes. La production a réquisitionné l’aire, qui est donc fermée par des barrières et des régisseurs armés jusqu’aux dents, mais les toilettes semblent accessibles. Stratégie : vous êtes des filles. Vous allez donc faire semblant d’avoir très, très, très envie de faire pipi, et vous approchez des toilettes. Ni vu, ni connu. Action !

Devant les toilettes sont garés des camions contenant de gros tonneaux. Le genre « gros tonneaux à bière pour Hobbits ». Pas de vrais tonneaux, quoi, des accessoires de cinéma. Hmmm. Vous les fixez bien du coin de l’œil, pour pouvoir ensuite crier que vous les avez vus en vrai quand vous les apercevrez dans le film. Ha, ha ! A défaut de mieux…
Vous faites pipi à côté d’une dame à l’air sévère avec une oreillette ; vous vous dites qu’elle a CARREMENT un look de productrice, et vous commencez à fantasmer : c’est effectivement une des « executives » de Warner Bros. Elle va vous demander un mouchoir, vous allez lui en donner un et entamer la conversation ; bien sûr, vous allez sympathiser immédiatement, grâce à votre sens de l’humour surdéveloppé, et elle va vous emmener avec elle sur le tournage, où elle vous présentera à Peter Jackson, parce que bon, quand même, vous avez parcouru plus de vingt mille kilomètres, alors quel hasard extraordinaire de tomber sur eux, et…
La femme sort des toilettes sans même un regard pour vous. Bon.

Vous sortez des toilettes et, plus déterminée que jamais, vous foncez droit sur le régisseur qui monte la garde devant l’entrée de l’aire. Il est jeune, il a l’air sympa et puis zut à la fin, les Néo-Zélandais sont tous plus gentils les uns que les autres, il ne peut pas vous envoyer bouler.

- Bonjour… Il se passe quoi ici ?
- Oh, euh, rien, des travaux sur la route…
- Ah. Non parce que, en fait, je suis réalisateur (oui, bon, vous décidez d’essayer de l’impressionner un peu), et je sais reconnaître un tournage quand j’en vois un, je ne suis pas stupide. Et je sais que c’est un tournage.
- Euuuuh (le type est super, super gêné, et commence à vous parler en regardant en l’air. Mon Dieu – on dirait vous, il n’arrive pas à vous envoyer promener, il est trop gentil) … Euh oui, bon, OK, c’est un tournage.
- Merci. Et ce ne serait pas le tournage de « The Hobbit », par hasard ?
- Euuuuh… j’ai rien le droit de vous dire…
- Non mais bon, en fait on me l’a dit. Je sais que c’est « The Hobbit ».
- Je peux rien dire, je suis désolé… (mais il se passe quoi dans le ciel, à la fin ? Arrête de regarder en l’air !)
- Bon, écoutez. Je viens de France, je ne suis là qu’un mois. Je ne vous cherchais pas et je vous tombe dessus par hasard, juste parce que vous êtes sur le chemin que j’emprunte aujourd’hui. C’est pour ainsi dire le destin ! Alors euh, sachant que je viens de très, très loin, que je veux être réalisateur et que le cinéma c’est toute ma vie… Je peux passer ? S’il vous plaît… ?
- J’ai pas le droit…
- S’il vous plaît…
- Je suis désolé, je ne peux pas.

Voilà. TOUT CA POUR CA. Ô rage, ô désespoir, ô ventouseur ennemi ! Qu’étiez-vous censée faire ? Vous roulez par terre en pleurant, ou partir dignement ? La deuxième option paraissait plus raisonnable. Au moins, vous avez essayé…

Comme on dit : si proche, et pourtant si loin. Gnnnnnn, que c’est FRUSTRANT ! Foutu destin ! Pourquoi vous mettre l’eau à la bouche pour ensuite vous narguer ainsi ? Vous auriez préféré ne jamais tomber sur ce maudit tournage.

En repartant, vous essayez d’emprunter un chemin à travers champs, le long de la route – peine perdue, vous ne croisez pas Peter.
Votre voiture est arrêtée encore une fois quelques kilomètres plus loin, en direction d’Havelock, et vous comprenez enfin le manège ; les voitures sont autorisées à passer quand la caméra ne tourne pas… sinon, elles sont dans le champ.


En bonne groupie que vous êtes, vous profitez donc de cette pause pour photographier tout le paysage autour de vous – Nord, Sud, Est, Ouest. Voilà. On ne sait jamais.




Quoiqu’il en soit, la production a mis le paquet – c’est la route principale, la seule à des kilomètres à la ronde, et ils ont les moyens de la bloquer… Vous voyez mal Gaumont bloquer l’A6.

Eh bien oui, lecteur, voilà, c’est tout. On vous a envoyé bouler – votre journalisme d’investigation n’est pas encore au point. Vos techniques de persuasion non plus.
En plus, vous n’avez vu aucune baleine à Kaikoura. Bon, d’accord, vous avez nagé avec les dauphins en eaux profondes ; toutefois, cette expérience restera surtout inoubliable du fait que l’intégralité de votre bateau, vous incluse, a vomi comme Regan dans
« L’Exorciste ». Ah, la vie d’aventurier…

Deux jours intéressants, comme on dit !

jeudi 8 mars 2012

Chroniques de la Terre du Milieu - Hairy Feet (2)


Vous voilà donc assise dans un mini-van quelque peu bordélique, en compagnie d’un Maori pour le moins imposant. Vous allez toutefois vite découvrir qu’il est tout aussi génial et gentil qu’il est énorme.
Il coche votre nom sur sa liste et vous tend un papier à lire et à signer immédiatement : la close de confidentialité.

Alors voilà : vous n’êtes donc pas censée diffuser vos photos où que ce soit, ni même les montrer. Bien que ce point vous chagrine, vous comprenez la volonté de la production, et la respectez… même si vous avez la légère impression qu’entre la bande-annonce de «Bilbo le Hobbit» et les différents making-of qui courent sur internet, vous ne dévoileriez pas grand-chose d’extraordinaire. Vos photos restent donc sagement sur votre ordinateur, attendant le jour où les deux films seront sortis et où vous pourrez enfin les exhiber fièrement. Tant pis.
Mais vous n’êtes pas non plus supposée, si l’on en croit le texte, raconter ce que vous avez vu. Hmmm. Voici un point délicat. Avez-vous le droit d’écrire cet article ? Après avoir lu et relu la clause de confidentialité, vous en êtes arrivée à la conclusion suivante : vous n’avez pas le droit de parler de ce qui sera dans le film. Vous ne déflorerez donc rien et ne mentionnerez pas ce qui a été conçu, construit, filmé pour les deux volets de « Bilbo le Hobbit ». En revanche, il vous semble bien innocent de raconter comme se passe la visite, à quoi ressemblait votre guide, et les quelques anecdotes qu’il a pu vous raconter.
Ces réflexions peuvent paraître idiotes mais vous préférez vous poser la question : il serait dommage que l’on décide de vous attaquer et de s’en prendre à votre misérable compte en banque, qui suffirait à peine à payer un repas aux pontes de la Warner. Ou, pire, que l’on vous oblige à fermer votre blog.
Bien entendu, si l’heureux lecteur qui parcourt ces lignes estime qu’il y a un danger de mort imminent, il a tout fait le droit de faire part de son avis sur la question…

Retour à nos moutons (c’est de circonstance).
Vous signez la close, non sans frémir, et vous voilà partis. Vous êtes la première à monter à bord et avez donc l’occasion de bavarder un peu avec votre chauffeur ; quelle délicieuse surprise ! Il se trouve que le monsieur a participé à l’aventure du « Seigneur des Anneaux », et regorge d’anecdotes. Les deux heures de route que vous passerez en sa compagnie (une heure aller, une heure retour, tout de même) seront donc émaillées de souvenirs ravis et d’histoires incroyables. Vous êtes sur un petit nuage. Vous êtes pratiquement sûre qu’en l’écoutant, vous avez des étoiles dans les yeux et la bouche ouverte niaisement. Peut-être même un peu de bave aux lèvres. Tant pis – vous assumez.
Vous sympathisez avec les autres occupants de la voiture ; comme vous, certains voyagent seuls – leurs compagnons de route ne sont pas non plus de grands fans de la trilogie… (votre amie ne l’a pas vue). Vous voilà donc en grande conversation avec un Maori géant, un bel Anglais et une Polonaise. Etrangement, plus vous vous éloignez de Rotorua pour vous approcher de la Comté, plus le ciel se dégage... La journée va être belle !

Ce voyage en voiture est, pour vous, le plus surréaliste des voyages en voitures. Votre nouvel ami, Super-Chauffeur, vous parle de Peter, d’Orlando et des autres avec un naturel désarmant. C’est tellement étrange – votre conversation les rend réels. Ils sont vrais, ils existent. Ils ont parlé, ils ont rit avec la personne qui vous parle.
Super-Chauffeur a joué le rôle d’un Uruk-hai ; il est mort d’une flèche tirée par Legolas. Orlando Bloom est donc son super copain – il n’arrête pas de vous parler de lui. C’est surnaturel.
Toute sa tribu Maori (à Super-Chauffeur, pas à Orlando Bloom...) a d’ailleurs participé à la trilogie ; comme tous les Maoris, ils ont joué des Uruk-hai et autres méchants belliqueux. A l’entendre, vous avez l’impression que tout le pays a participé, ce qui n’est probablement pas loin de la vérité.
Peter (personne dans la voiture ne songe à demander « Peter qui ? », c’est amusant) est visiblement la personne la plus sympathique du monde, et Super-Chauffeur est intarissable. Il aime bien Peter, c’est toujours un plaisir de lui rendre service ; à sa demande, il a officié sur plusieurs postes, notamment en tant que garde du corps.
Normal, quoi.

Bercée par les histoires merveilleuses de votre chauffeur, vous arrivez à votre destination gonflée à bloc. La voiture se gare devant le café de la Comté, une bâtisse en bois servant de point de départ à la visite. Tout, autour de vous, n’est que collines verdoyantes et moutons. Rien d’autre à perte de vue que la nature. Le soleil brille, il commence à faire chaud, et vous êtes heureuse. « Heureux, E, R, E », comme dirait Roger Rabbit.

Vous embarquez dans un bus de type « bus scolaire américain », et laissez votre chauffeur au café ; un guide prend le relais. Nom de Zeus, le guide.
Pas étonnant qu’il ait eu le job : ce type est un Hobbit. Un vrai de vrai. Il est blond et ses cheveux frisés forment une épaisse tignasse. Et surtout, surtout… il marche pieds nus. Joyeux, convivial, tout content ; un bon Hobbit joufflu comme on les aime.
Et hop, c’est parti. Les lieux de tournage se situent au sein d’un grand domaine appartenant à des fermiers du coin. Techniquement, c’est une propriété privée ; le bus passe donc une barrière et pénètre dans les champs, ou plutôt les collines, où paissent des centaines de bestioles à quatre pattes. Tout le monde est fébrile et regarde par la fenêtre avec une impatience non contenue – on se croirait à la première visite du Jurassic Park, quand les dinosaures refusent de se montrer. Après quelques minutes de slalom sur des chemins de terre, entre vaches et moutons, où le guide vous explique que tel ou tel emplacement boueux servait à garer les camions ou les loges, le bus se gare enfin.

Vous y êtes. La Comté s’étend devant vous, et c’est immense ! Ce n’est pas un faux décor de film en carton-pâte – vous êtes VRAIMENT chez les Hobbits.
Le guide est un chic type, vraiment drôle. Il demande si votre petit groupe de touristes est composé de fans « normaux », ou de fans « fanatiques » ; vos petits camarades et vous, à l’unanimité, vous autoproclamez fans normaux. Pas d’hystériques qui font peur – tout va bien.
Chouette, dit le guide. Il va pouvoir en profiter pour vous raconter plein d’histoires sur les fans légèrement frappadingues qui ont visité les lieux. C’est comme au collège : se moquer des autres, ça créé des liens. Il est doué, ce guide. Voici donc les trois meilleures anecdotes.

3) Commençons avec la charmante histoire d’un charmant petit couple ; le guide n’a pas réussi à identifier leur langue, mais ce n’était certainement pas de l’anglais. La femme, en l’occurrence, ne le parlait pas du tout ; son mari lui traduisit donc intégralement la visite, au fur et à mesure. Mais pas dans leur langue, non. En elfique.

2) Un homme seul vint un jour visiter Hobbitebourg. Au lieu de suivre le guide et d’écouter ses explications, il alla s’asseoir sous l’arbre sous lequel lisait Frodon, et refusa catégoriquement de suivre le groupe. Le guide le laissa donc tranquille pendant qu’il emmenait les autres. Mais que faisait cet homme ? Eh bien il lisait, comme Frodon. Grand fan de Tolkien, il n’avait jamais vu la trilogie, et avait décrété qu’il irait lire « Le Seigneur des Anneaux » sous le fameux arbre, au cœur de la Comté ; s’il estimait qu’il était bien dans l’ambiance décrite par le livre, qu’il retrouvait les lieux tels qu’ils étaient censés être, alors il accepterait de voir les films.
Il a finalement été satisfait.

1) La meilleure anecdote est une anecdote luxueuse… Un fan est venu à la Comté et en a profité pour acheter une réplique de l’anneau à la boutique du café (pour ceux qui se posent la question, la bague en question valait huit-cents dollars néo-zélandais, soit environ cinq-cents euros). Il est ensuite allé s’offrir un vol en hélicoptère au dessus du Parc National du Tongariro, dont les célèbres volcans ont servi de décor au royaume de Sauron. La suite se devine aisément…
Il a jeté l’anneau dans le volcan.


La visite est un pur bonheur, comme chacun se doute. Le soleil cogne et, tartinée de crème solaire, vous suivez le groupe en mitraillant les lieux de vos deux appareils photos, tout en répondant aux petites devinettes que le guide vous pose sur les films. Vous êtes officiellement une touriste, une méga-touriste même, mais vous êtes à vingt mille kilomètres de chez vous, et il n’y a pas de témoins. Et puis, vous ne pouvez pas TOUJOURS jouer les blasées – vous êtes un être humain, tout de même.

De retour au café, on vous offre une collation (les Hobbits ont le sens de l’hospitalité), et vous en profitez pour acheter quelques souvenirs. C’est là que vous découvrez la Sobering – de sober + ring : la bière conçue spécialement pour le tournage.
Peter Jackson étant connu pour faire des dizaines de prises, la chose s’est avérée quelque peu problématique quand il s’agissait des scènes où les Hobbits boivent de la bière. Une brasserie locale a donc conçu une bière à un pour cent d’alcool, afin que les comédiens puissent éviter le coma éthylique au bout de dix prises.
Pour l’anecdote, c’est la bière la plus insipide que vous ayez jamais bue – mais c’est sans doute celle que vous avez bue le plus religieusement !


Au retour, dans la voiture, tout le monde n’a qu’un mot à la bouche : Bilbo. Le tournage est en cours, et tout le monde s’échange fébrilement des informations, chacun espérant croiser l’équipe du film dans son périple néo-zélandais.
La Polonaise vous explique qu’un ami à elle a bu un verre avec Ian McKellen dans un bar. L’Anglais connaît plusieurs personnes qui sont tombées sur Orlando Bloom. Tout le monde, en tous cas, s’accorde à dire que le tournage se fait sur l’île du Sud.
Super-Chauffeur vous dit de ne pas vous faire trop d’illusions : l’équipe s’éloigne toujours des routes principales, et le tournage n’est pas facile à trouver. C’est mal vous connaître, vous et votre légendaire chance malchanceuse.
Mais ceci est une autre histoire…

lundi 5 mars 2012

Chroniques de la Terre du Milieu - Hairy Feet (1)


6 décembre 2011, bien trop tôt le matin…


Vous sortez de votre motel sous une pluie fine et allez attendre sur le trottoir. Vous ressemblez à une touriste, ce qui vous déplaît fortement – chaussures de marche, appareil photo en bandoulière et, abomination suprême, k-way. De la fumée s’échappe d’une bouche d’égout et parfume toute la rue d’une bonne odeur d’œuf pourri ; c’est le quai de la station Châtelet-Les-Halles puissance mille. Cet endroit pue, c’est une abomination.
Mais qu’est-ce que vous foutez là ?

Flashback numéro un.
Un mois auparavant, vous avez arpenté le Net dans ses moindres recoins pour être sûre de ne pas rater Hobbitebourg / Hobbiton, le village des Hobbits, lors de votre voyage en Nouvelle-Zélande. Aucun risque : l’endroit est plus que célèbre et possède un site internet très détaillé. Vous y avez donc appris que le seul moyen d’aller vénérer les lieux est de prendre part à une visite guidée – moyennant quelques dizaines de dollars, cela va sans dire. Boarf – quitte à payer un billet d’avion et à subir vingt-quatre heures de vol, autant ne pas rater ça : c’est une formalité !

Vous avez un peu faim mais il est hors de question d’avaler quoi que ce soit tant que vous marinerez dans cette odeur. Vous surveillez l’heure sur votre téléphone portable : votre rendez-vous ne devrait plus tarder.

Flashback numéro deux.
Une semaine auparavant, vous avez écrit aux responsables du site pour les avertir de votre visite prochaine, et vérifier ainsi qu’il n’y aurait aucun problème. La réponse fut rapide, fort sympathique, et plutôt rassurante. Oui, le site serait ouvert lors de votre passage dans la région. Oui, vous pouviez venir sans réserver. Et tenez, nous vous envoyons même les horaires de départ de toutes les visites.

Vous commencez à stresser, parce que l’horaire de votre rendez-vous a été dépassé d’environ deux minutes et que si vous échouez sur ce coup là, vous n’aurez pas d’autre chance avant un bon bout de temps. Vous n’êtes même pas sûre de ce que vous attendez, mais vous guettez désespérément le coin de la rue.
Grrrrrrrooooou, fait votre ventre.

Flashback numéro trois.
Première semaine de votre périple néo-zélandais, quatrième jour d’aventure… soit la veille de votre interminable attente sur le trottoir. Vous vous rendez de Coromandel à Rotorua – en français dans le texte, vous descendez vers le Sud après avoir atterri à Auckland. Votre fenêtre pour visiter Hobbitebourg se situe donc ici, entre deux étapes. Il se trouve que, par miracle, la ville des semi-hommes est en plein milieu de votre parcours (merci, dieu du cinéma ! Merci, dieu des voyageurs !). Elle répond au doux nom de Matamata…
Bien entendu, votre GPS a décidé de mourir juste à la sortie d’Auckland, et vous devez donc trouver tout cela par vous-même. Mais c’est toujours un plaisir que de s’arrêter dans une station-service ressemblant en tous points à un décor de film américain, et de demander au pompiste s’il n’aurait pas, par hasard, entendu parler des Hobbits (vous ne voulez pas avoir l’air trop bête, aussi commencez-vous systématiquement vos phrases par « I have a silly question… »).

On vous envoie au « Visitor Centre », au centre-ville ; pas spécialement difficile à trouver, étant donné la taille de la bourgade.
Vous voici donc devant l’office de tourisme en question. On peut difficilement le rater, puisqu’une grosse sculpture herbue représentant un trou de Hobbit est implantée sur le trottoir. En face, sur le terre-plein central, au centre de l’avenue, un gros panneau proclame « Welcome to Hobbiton », un Gollum en pierre à ses côtés. Pas de doute, vous êtes arrivée. Enfin, presque…
Vous entrez dans le « Visitor Centre » et vous dirigez vers le comptoir (oui, oui, nous sommes toujours dans le flashback numéro trois), afin de faire part à l’autochtone en fonction de votre désir d’embarquer pour la dernière visite de la journée, à dix-sept heures et des poussières. BAM ! Raté. Selon la demoiselle à l’accent improbable qui vous fait face, cette dernière visite n’existe pas. Du moins, pas encore – cet horaire ne s’appliquera qu’à partir de Noël. Bien entendu, vous avez raté la dernière visite, la vraie, partie une petite heure plus tôt.
Un courant glacé s’insinue dans vos entrailles… Vous n’allez quand même pas rater CA ? Eh bien non ! L’ami néo-zélandais a tout prévu. Des navettes sillonnent la région et peuvent passer prendre les joyeux touristes à leur hôtel, dans les grandes villes environnantes. En l’occurrence, on pourra venir vous chercher le lendemain matin, à la première heure, à Rotorua, et vous pourrez passer la matinée à folâtrer dans les vertes collines. C’est plus cher, et vous devrez écraser une demi-journée dans votre programme du lendemain. Mais la question se pose-t-elle ? Non.
Vous vous dirigez donc vers Rotorua, un peu déçue mais soulagée. En chemin, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander où se cache, exactement, le village des Hobbits. Vous savez que le décor se trouve dans une ferme, hors de la ville. Mais où ? On est souvent déçu lorsque l’on met les pieds sur un décor de cinéma : on réalise que les cadrages trichent énormément et que tout est en réalité minuscule. Pas ici : la région entière, sur des dizaines de kilomètres, n’est composée que de collines verdoyantes. A perte de vue, de l’herbe verte sur un paysage vallonné. Vous avez l’impression de reconnaître les lieux à chaque virage, c’est un supplice. Mais vous savez que dans un peu plus de douze heures, vous y serez…


Un peu plus de douze heures après, justement, vous revoilà sur votre trottoir, toujours à faire le pied de grue dans les odeurs de soufre. Rotorua est une ville réputée pour ses phénomènes géothermiques. Alors oui, c’est incroyable, c’est impressionnant, aaaah, ooooh, des flaques d’eau bouillantes, des lacs multicolores, des geysers, des enfants Maori qui meurent ébouillantés en jouant entre les maisons (euh… véridique). Mais ça pue. CA PUE !
Et puis ça y est, il arrive. Un mini-van estampillé « Hobbiton » tourne au coin de la rue et se dirige vers vous.
AAAAAAAAAAAAH !!!


La suite demain.
Eh ouais, je fais du teasing. Je suis comme ça, moi.