Il n’y a rien de plus horrible que de finir un bon livre.
En soi, lire un bon livre est une expérience solitaire qui vous déprime autant qu’elle vous enchante : vous n’avez en effet qu’une envie (hormis le déchirant besoin de lire, lire, lire et lire jusqu’à plus soif), c’est d’en parler. Vous aimeriez débattre pendant des heures des issues possibles pour les personnages, de vos scènes préférées ; vous voudriez exprimer votre enthousiasme à voix haute, prendre vos amis par le col de leur chemise et les secouer en essayant de les convaincre qu’il faut absolument qu’ils lisent le pavé que vous êtes en train d’engloutir avec avidité.
Bien entendu, personne ne lit jamais le même livre que vous - les probabilités seront d’autant plus minces s’il s’agit d’une brique de mille pages à vingt-cinq euros. Et, si le livre en question doit être lu un jour par quelqu’un de votre entourage, ce ne sera certainement pas en même temps. Bref, vous êtes seule. Vous vivez quelque chose de fantastique, mais qui ne se partage pas.
Lire un roman génial, c’est comme partir à l’autre bout du monde en solitaire, comme s’enfiler une boite de chocolats devant un bon film quand personne n’est à la maison, comme recevoir une lettre d’amour. C’est beau parce que ça n’appartient qu’à vous, mais c’est un peu triste car ça n’a pas vocation à être partagé ; en tous cas, pas sur le moment. Ceci dit, la sensation ne serait sans doute pas la même non plus si, justement, l’instant était vécu à deux ; le délicieux petit plaisir coupable qui vous prend dans ces moments là ne saurait être échangé contre tout l’or du monde. Un peu d’égoïsme, ça fait parfois du bien.
Toujours est-il que, non contente d’être triste du fait que vous mourrez d’envie de partager votre lecture et le milliard d’impressions qui vont avec, vous êtes désormais inconsolable car ça y est – vous avez terminé le bon livre en question.
C’est affreux. Vous auriez pu continuer pendant encore des semaines ; c’est, du moins, l’impression que vous aviez. Les personnages, l’ambiance, tout va terriblement vous manquer. Vous vous sentez seule, pour ne pas dire abandonnée, et vous savez que vous aller passer la soirée à faire des recherches sur internet, vérifiant la véracité des faits, traquant la moindre piste d’adaptation cinématographique, engloutissant les critiques.
Tout cela est probablement pathétique, mais vous assumez. Vous aimez les livres au moins autant que le cinéma ; une bonne histoire, quand elle est bien racontée, est la chose la plus merveilleuse du monde – peu importe le média.
(Chose amusante, si vous repensez à tout ce que vous avez vu et lu depuis le premier janvier de l’an de grâce deux mille treize, un seul film sort du lot… contre au moins trois livres.) *
Voilà pourquoi vous avez été absolument horrifiée quand, lors de votre dernière mission en temps qu’hôtesse d’accueil, l’une de vos collègues a déboulé en clamant fièrement qu’elle n’avait jamais lu un livre. JAMAIS. LU. UN. LIVRE.
HALL D’ACCUEIL – INT/JOUR
Kimberly (appelons-la ainsi) déboule dans le hall ; elle remplace l’hôtesse du bâtiment voisin et rejoint ses collègues pour déjeuner. Non contente de pas porter le tailleur noir réglementaire, elle est vêtue d’un pantalon léopard pour le moins vulgaire, et évoque terriblement aux autres un personnage de la série « Jersey Shore »… si tant est que l’on peut appeler cette chose une série, cela va sans dire.
KIMBERLY
Salut les filles !
(ellipse – gnagnagna, dialogue inutile)
Vous devinerez jamais – je me suis acheté un livre ! Haha ouais ! Vous imaginez, j’ai jamais lu un livre, jamais, et là c’est le premier que j’achète de ma vie. Moi !
(oui, alors, comment vous dire, mademoiselle… il n’y a pas vraiment de quoi se vanter, en fait.)
KIMBERLY
Chuis trop déçue, parce que j’ai acheté « 50 nuances de Grey », on m’avait dit que c’était que du cul – et en fait que dalle ! C’est pas du cul, c’est des pauvres phrases pour les ménagères en manque… L’arnaque, quoi.
En plus, attendez – l’héroïne a vingt-deux ans et elle n’a JAMAIS FAIT L’AMOUR ! Elle est vierge, putain, haha, non mais vous imaginez, vierge à vint-deux ans, la honte ! Ca aurait du être fait depuis longtemps, pauvre fille quoi !
FIN DE LA SCENE – SUICIDE DES PERSONNAGES PRINCIPAUX, CONSTERNÉS.
Voilà. Ce billet est plus ou moins hors-sujet, mais il vous fallait faire part de votre abominable découverte – ce genre d’individus EXISTE !
Cela vous motive légèrement à persévérer pour sortir de là.
* Les oeuvres en question étant:
- Cloud Atlas, d’Andy & Lana Wachowski et Tom Tykwer
- « Comment je suis devenu un écrivain célèbre », de Steve Hely
- « Terreur », de Dan Simmons
- « 22/11/63 », de Stephen King
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mardi 26 mars 2013
mercredi 1 août 2012
Le petit milieu de l'audiovisuel... ou pas.
Horreur !
Vous avez été démasquée.
Vous travaillez actuellement pour une agence d’hôtesses, passage obligé pour tout individu de sexe féminin pesant moins de cent-vingt kilos et ayant un jour été en quête de travail.
Par contrat, « le port de la veste est obligatoire en toute saison ». Vous passez donc vos journées à mariner dans votre malheureux tailleur, les dessous de bras comme des piscines et le visage en feu, à l’accueil d’un restaurant d’entreprise. Toujours avec le sourire, cela va de soi. Classieuse, mais dégoulinante.
Le hic, c’est que l’une de vos « connaissances » – sur un célèbre réseau social commençant par Face et finissant par Book – vous a reconnue.
Connaissance, car vous ne vous étiez jamais rencontrés ; le jeune homme en question vous avait contactée après avoir vu, par hasard, l’un de vos courts métrages sur internet. Vous ne vous étiez jamais vraiment parlé depuis.
Vous avez donc reçu un message de sa part, message vous demandant s’il s’agissait bien de votre petite personne à l’accueil de ce grand groupe de banlieue parisienne.
Inutile de dire que vous vous êtes sentie comme Peter Parker à qui l’on viendrait de retirer son masque.
Vous vous êtes empressée de répondre par l’affirmative, mais en précisant toutefois que ce n’était que temporaire, un clip et deux courts métrages vous attendant pour la rentrée. Non mais oh.
(Fichu honneur. Ne pourriez-vous donc pas vous asseoir dessus ?)
Votre ami d’internet vous a toutefois vite rassurée… Il n’est, en effet, pas premier assistant sur le tournage du dernier long-métrage dont tout le monde parle ; il n’est pas non plus acteur à succès, producteur riche et désœuvré ou même régisseur-esclave sur une émission destinée à la TNT. Comme vous, il a un travail dit alimentaire, et comme vous, il est simplement en CDD dans l’entreprise où vous officiez.
Dans la vraie vie, il veut être réalisateur.
L’honneur est sauf !
Tout de même… Vous avez trouvé ce job grâce à une amie actrice, qui travaille pour l’agence d’hôtesses en question (oui – même là, il vous a fallu être pistonnée).
Votre formatrice sort, quant à elle, de la télévision, et travaille sur des programmes courts et autres expositions de photographies.
Quant au prestataire qui vous emploie pour cette mission, c’est un ancien acteur/animateur…
Moralité, si le verre est à moitié plein : tout cela est extrêmement rassurant. Vous n’êtes pas seule.
Moralité, si le verre est à moitié vide : ON N’EST PAS DANS LA MERDE !
(Sur ce, il est l’heure d’aller rejoindre un ami réalisateur. Dans son restaurant de hamburgers, bien sûr !)
Vous avez été démasquée.
Vous travaillez actuellement pour une agence d’hôtesses, passage obligé pour tout individu de sexe féminin pesant moins de cent-vingt kilos et ayant un jour été en quête de travail.
Par contrat, « le port de la veste est obligatoire en toute saison ». Vous passez donc vos journées à mariner dans votre malheureux tailleur, les dessous de bras comme des piscines et le visage en feu, à l’accueil d’un restaurant d’entreprise. Toujours avec le sourire, cela va de soi. Classieuse, mais dégoulinante.
Le hic, c’est que l’une de vos « connaissances » – sur un célèbre réseau social commençant par Face et finissant par Book – vous a reconnue.
Connaissance, car vous ne vous étiez jamais rencontrés ; le jeune homme en question vous avait contactée après avoir vu, par hasard, l’un de vos courts métrages sur internet. Vous ne vous étiez jamais vraiment parlé depuis.
Vous avez donc reçu un message de sa part, message vous demandant s’il s’agissait bien de votre petite personne à l’accueil de ce grand groupe de banlieue parisienne.
Inutile de dire que vous vous êtes sentie comme Peter Parker à qui l’on viendrait de retirer son masque.
Vous vous êtes empressée de répondre par l’affirmative, mais en précisant toutefois que ce n’était que temporaire, un clip et deux courts métrages vous attendant pour la rentrée. Non mais oh.
(Fichu honneur. Ne pourriez-vous donc pas vous asseoir dessus ?)
Votre ami d’internet vous a toutefois vite rassurée… Il n’est, en effet, pas premier assistant sur le tournage du dernier long-métrage dont tout le monde parle ; il n’est pas non plus acteur à succès, producteur riche et désœuvré ou même régisseur-esclave sur une émission destinée à la TNT. Comme vous, il a un travail dit alimentaire, et comme vous, il est simplement en CDD dans l’entreprise où vous officiez.
Dans la vraie vie, il veut être réalisateur.
L’honneur est sauf !
Tout de même… Vous avez trouvé ce job grâce à une amie actrice, qui travaille pour l’agence d’hôtesses en question (oui – même là, il vous a fallu être pistonnée).
Votre formatrice sort, quant à elle, de la télévision, et travaille sur des programmes courts et autres expositions de photographies.
Quant au prestataire qui vous emploie pour cette mission, c’est un ancien acteur/animateur…
Moralité, si le verre est à moitié plein : tout cela est extrêmement rassurant. Vous n’êtes pas seule.
Moralité, si le verre est à moitié vide : ON N’EST PAS DANS LA MERDE !
(Sur ce, il est l’heure d’aller rejoindre un ami réalisateur. Dans son restaurant de hamburgers, bien sûr !)
vendredi 17 février 2012
Shoshanna, Grande Maîtresse Lesbienne.
Il y a peu, vous avez entrepris d’expliquer l’importance des réseaux à un ami. Vous n’avez pas pu vous empêcher de lui dire que le fait d’appartenir à une communauté peut également aider à trouver du travail dans le merveilleux monde de l’audiovisuel – en d’autres termes, certains milieux vous pistonnent mieux que d’autres.
Vous allez probablement être taxée de raciste, d’homophobe, d’imbécile, de menteuse ou de tout autre terme on ne peut plus éloigné de votre personne ; on va peut-être vous dire que vous êtes pleine de préjugés. Mais en toute objectivité…
Vous avez trouvé votre premier stage grâce à la communauté Juive.
Votre meilleure amie a trouvé son premier stage grâce aux Francs-Maçons.
Votre petit-ami a trouvé son premier stage grâce à un homo.
Question : si vous vous convertissez au Judaïsme, que vous adhérez à la Franc-maçonnerie et que vous virez votre cuti, est-ce que vous trouverez un travail d’ici la fin de l’année ?
Vous allez probablement être taxée de raciste, d’homophobe, d’imbécile, de menteuse ou de tout autre terme on ne peut plus éloigné de votre personne ; on va peut-être vous dire que vous êtes pleine de préjugés. Mais en toute objectivité…
Vous avez trouvé votre premier stage grâce à la communauté Juive.
Votre meilleure amie a trouvé son premier stage grâce aux Francs-Maçons.
Votre petit-ami a trouvé son premier stage grâce à un homo.
Question : si vous vous convertissez au Judaïsme, que vous adhérez à la Franc-maçonnerie et que vous virez votre cuti, est-ce que vous trouverez un travail d’ici la fin de l’année ?
vendredi 19 août 2011
Return of the blog.
Non, non et non – ce blog n’est point mort. Si tel était le cas, vous l’eussiez annoncé, et la chose aurait été enterrée avec les honneurs qui lui reviennent (disons, une bouteille de moelleux et un brownie Monoprix. Minimum).
Oui, il est assez étonnant qu’une chômeuse de votre acabit ne trouve pas le temps de venir poster, pour ne pas dire geindre et vomir sur le petit monde du cinéma français.
Les voies de la motivation sont impénétrables… Accessoirement, il faut bien avouer que vous êtes parfois trop écœurée, remontée ou simplement triste pour avoir envie de relater vos aventures cinématographiques.
Toutefois, vous êtes actuellement en vacances, et le chant des cigales semble avoir une influence bénéfique sur votre désir d’écrire.
Oui, en vacances. C’est à dire qu’il y a, voyez-vous, une grande différence entre les vacances et le chômage – différence que les mauvaises langues s’empressent de faire disparaître dans le néant le plus abyssal. Le chômage consiste en un enchaînement de journées vaines et vides dans une ville où il ne fait généralement pas beau. Vous mourez d’envie de travailler (si, c’est possible) et le fait de ne rien faire vous culpabilise et vous déprime. Vous angoissez chaque jour en pensant au lendemain, vous postulez à divers postes tout en envoyant vos scénarii à droite à gauche, et vous n’avez jamais l’esprit tranquille. Les restaurants que vous vous offrez se limitent aux fast-foods et aux Japonais, Chinois et autres menus alphabétiques à moins de huit euros. Tandis que les vacances, c’est être dans un endroit situé au moins sous Lyon, où les gens ont un minimum d’accent, et où les kilomètres vous éloignant de votre domicile vous garantissent un certain repos spirituel – c’est encore mieux si les collines arides empêchent votre téléphone portable de capter toute forme de réseau.
Donc, après avoir répondu avec enthousiasme à un concours de scénario et disserté avec bonheur sur des suites improbables (explications en bas de cet article), vous avez eu comme une envie de blogger, là, tout de suite, maintenant.
C’est l’été, et la terre entière tourne – sans vous. Toutefois, vous êtes encore passée à CA de votre destin, ces derniers temps… et vos déplorables pérégrinations méritent indubitablement de figurer sur ce site. Vous êtes fâchée et frustrée, frustrée, FRUSTREE ! Vous avez envie de faire du cinéma, nom de Zeus de nom de Zeus. Ca vous chatouille, ça vous démange, c’en est insupportable – comment peut-on vouloir à ce point quelque chose qui semble constamment repousser vos avances ? Vous vous êtes gavée de bons films, « Super 8 » en tête, et tout ce à quoi vous pensiez, alors que vos poils de bras se hérissaient et que les papillons envahissaient votre ventre, c’est que vous vouliez en être. C’est toute votre vie !
Votre meilleure amie travaille sur un (bon) gros film français, et Joseph Mazzello s’affiche dans le nouveau « Band of Brothers », sur une chaîne nationale, au lieu de venir tourner dans votre premier long. C’est inadmissible. Et vous vous retrouvez, une fois encore, pleine de rage contenue et de passion inachevée, exorcisant vos idées noires et vos envies en public sur internet. Mais que le joyeux lecteur ne se méprenne pas : vous n’aspirez qu’à le faire sourire (et, accessoirement, à le mettre en garde, s’il décidait par malh… par bravoure et courage de choisir une vie d’artiste). Et le charmant conte de Noël que représente votre dernier entretien s’y prête très probablement…
Stay tuned, comme disent donc nos amis américains ! (Musique et grosse voix de bande-annonce) Bientôt sur vos écrans*, de l’action, du suspense, de la haine ! Une histoire d’amour déchirante, des zombies et des tripes ! L’histoire d’une apprentie réalisatrice essayant de montrer son cerveau à Cannes, ce qui n’est pas chose aisée quand vous êtes une créature en robe au bras d’un jeune réalisateur ! Avec, en bonus, l’histoire merveilleuse de la fille qui aurait pu être stagiaire mise en scène sur un gros film anglais ! En costume ! Avec des acteurs de renommée internationale ! Woohoo !
En même temps, quelle serait la raison d’être de ce blog si vous réussissiez… ?
* vos écrans d’ordinateurs, cela va sans dire. Ou de Smartphones, d’accord. Bande de nantis !
Cadeau bonus : l’explication sur les suites improbables.
Il se trouve tout simplement que, à l’occasion du lancement de « Platane », la nouvelle série d’Eric Judor, une certaine chaine cryptée organise un concours. Les prix ne sont pas extraordinairement extraordinaires (un coffret DVD, ce genre de choses – pas la production de votre trilogie d’héroïc-fantasy en 3D), mais le thème vous fait rire. Il s’agit donc plus ou moins de pitcher une suite improbable à un grand film culte, la suite créée par Eric dans la série étant en l’occurrence « La Môme 2.0 : Next Generation ». Or, il faut bien avouer que lorsqu’il s’agit d’écrire des conneries, vous êtes étrangement très en forme (vous en êtes à une dizaine de titres…)
Vous vous ferez d’ailleurs un plaisir de poster quelques unes de vos magnifiques idées dès la fin du concours, gagnante ou non. Ce serait dommage de gâcher cela !
(Vous aurez peut-être uniquement des retours négatifs, le monde entier trouvera vos pitchs consternants et pas drôles du tout, on vous jettera des pierres et vous vous suiciderez probablement en vous jetant du haut de l’UGC Ciné-Cité Bercy. Mais c’est un risque à prendre.)
Oui, il est assez étonnant qu’une chômeuse de votre acabit ne trouve pas le temps de venir poster, pour ne pas dire geindre et vomir sur le petit monde du cinéma français.
Les voies de la motivation sont impénétrables… Accessoirement, il faut bien avouer que vous êtes parfois trop écœurée, remontée ou simplement triste pour avoir envie de relater vos aventures cinématographiques.
Toutefois, vous êtes actuellement en vacances, et le chant des cigales semble avoir une influence bénéfique sur votre désir d’écrire.
Oui, en vacances. C’est à dire qu’il y a, voyez-vous, une grande différence entre les vacances et le chômage – différence que les mauvaises langues s’empressent de faire disparaître dans le néant le plus abyssal. Le chômage consiste en un enchaînement de journées vaines et vides dans une ville où il ne fait généralement pas beau. Vous mourez d’envie de travailler (si, c’est possible) et le fait de ne rien faire vous culpabilise et vous déprime. Vous angoissez chaque jour en pensant au lendemain, vous postulez à divers postes tout en envoyant vos scénarii à droite à gauche, et vous n’avez jamais l’esprit tranquille. Les restaurants que vous vous offrez se limitent aux fast-foods et aux Japonais, Chinois et autres menus alphabétiques à moins de huit euros. Tandis que les vacances, c’est être dans un endroit situé au moins sous Lyon, où les gens ont un minimum d’accent, et où les kilomètres vous éloignant de votre domicile vous garantissent un certain repos spirituel – c’est encore mieux si les collines arides empêchent votre téléphone portable de capter toute forme de réseau.
Donc, après avoir répondu avec enthousiasme à un concours de scénario et disserté avec bonheur sur des suites improbables (explications en bas de cet article), vous avez eu comme une envie de blogger, là, tout de suite, maintenant.
C’est l’été, et la terre entière tourne – sans vous. Toutefois, vous êtes encore passée à CA de votre destin, ces derniers temps… et vos déplorables pérégrinations méritent indubitablement de figurer sur ce site. Vous êtes fâchée et frustrée, frustrée, FRUSTREE ! Vous avez envie de faire du cinéma, nom de Zeus de nom de Zeus. Ca vous chatouille, ça vous démange, c’en est insupportable – comment peut-on vouloir à ce point quelque chose qui semble constamment repousser vos avances ? Vous vous êtes gavée de bons films, « Super 8 » en tête, et tout ce à quoi vous pensiez, alors que vos poils de bras se hérissaient et que les papillons envahissaient votre ventre, c’est que vous vouliez en être. C’est toute votre vie !
Votre meilleure amie travaille sur un (bon) gros film français, et Joseph Mazzello s’affiche dans le nouveau « Band of Brothers », sur une chaîne nationale, au lieu de venir tourner dans votre premier long. C’est inadmissible. Et vous vous retrouvez, une fois encore, pleine de rage contenue et de passion inachevée, exorcisant vos idées noires et vos envies en public sur internet. Mais que le joyeux lecteur ne se méprenne pas : vous n’aspirez qu’à le faire sourire (et, accessoirement, à le mettre en garde, s’il décidait par malh… par bravoure et courage de choisir une vie d’artiste). Et le charmant conte de Noël que représente votre dernier entretien s’y prête très probablement…
Stay tuned, comme disent donc nos amis américains ! (Musique et grosse voix de bande-annonce) Bientôt sur vos écrans*, de l’action, du suspense, de la haine ! Une histoire d’amour déchirante, des zombies et des tripes ! L’histoire d’une apprentie réalisatrice essayant de montrer son cerveau à Cannes, ce qui n’est pas chose aisée quand vous êtes une créature en robe au bras d’un jeune réalisateur ! Avec, en bonus, l’histoire merveilleuse de la fille qui aurait pu être stagiaire mise en scène sur un gros film anglais ! En costume ! Avec des acteurs de renommée internationale ! Woohoo !
En même temps, quelle serait la raison d’être de ce blog si vous réussissiez… ?
* vos écrans d’ordinateurs, cela va sans dire. Ou de Smartphones, d’accord. Bande de nantis !
Cadeau bonus : l’explication sur les suites improbables.
Il se trouve tout simplement que, à l’occasion du lancement de « Platane », la nouvelle série d’Eric Judor, une certaine chaine cryptée organise un concours. Les prix ne sont pas extraordinairement extraordinaires (un coffret DVD, ce genre de choses – pas la production de votre trilogie d’héroïc-fantasy en 3D), mais le thème vous fait rire. Il s’agit donc plus ou moins de pitcher une suite improbable à un grand film culte, la suite créée par Eric dans la série étant en l’occurrence « La Môme 2.0 : Next Generation ». Or, il faut bien avouer que lorsqu’il s’agit d’écrire des conneries, vous êtes étrangement très en forme (vous en êtes à une dizaine de titres…)
Vous vous ferez d’ailleurs un plaisir de poster quelques unes de vos magnifiques idées dès la fin du concours, gagnante ou non. Ce serait dommage de gâcher cela !
(Vous aurez peut-être uniquement des retours négatifs, le monde entier trouvera vos pitchs consternants et pas drôles du tout, on vous jettera des pierres et vous vous suiciderez probablement en vous jetant du haut de l’UGC Ciné-Cité Bercy. Mais c’est un risque à prendre.)
jeudi 31 mars 2011
Api Birzdè.
Nom de Zeus ! Ce blog a déjà un an. Un an, pas assez d’articles, mais encore mille emmerdes à raconter. Et quelques bons moments aussi, d’accord.
Outre le fait qu’un anniversaire reste une bonne excuse pour se goinfrer de génoise et faire péter le Champomy, profitons de l’occasion pour établir un joyeux bilan de l’année qui vient de s’écouler (oui, il s’agit là de masochisme).
Mars 2010 à mars 2011 représente donc, pour vous, dans le désordre :
Un court-métrage.
Mais seulement deux jours de tournage.
Neuf mois de saisie de données.
Neuf cent vingt tournages sur lesquels vous n’avez pas travaillé.
Huit mille quatre cent quatre vingt quinze chèques endossés (approximativement).
Deux jours « surprise » au festival de Deauville.
Une journée de figuration très drôle sur le court-métrage d’un ami, où vous avez eu droit à votre première expérience de la prothèse au cinéma – en l’occurrence, de magnifiques dents de vampires moulées sur vos canines. La grande classe !
La honte de votre vie avec M. Night Shyamalan.
Six semaines d’écriture et de travail pour un producteur anglais qui, en fait, n’existait pas. *
Un après-midi sur le tournage d’un film avec Ethan Hawke, sans Ethan Hawke.
Quelques heures passées aux Auditoriums de Boulogne pour y préparer une projection de votre film – expérience plutôt intéressante, puisqu’on vous y a considérée comme réalisatrice, au même titre que Daniel Auteuil par exemple, qui passait par là. D’abord.
Zéro heure sur cinq cent sept.
Une nuit de mixage dans le studio où l’on double «Les Frères Scott» (vous n’avez jamais regardé et c’est sûrement nul, mais ça le fait, non ?)
Une master-class de Terry Gilliam aux côtés de Liev Schreiber, humble petit fan comme vous.
Un coucou d’Al Pacino, entouré d’une nuée de fans en délire sur Broadway.
Pas beaucoup d’euros, pas encore la gloire, mais beaucoup de bonheur, somme toute. Comme qui dirait, en fait, ça pourrait être pire…
Accessoirement, c’est aussi plein de belles rencontres, notamment grâce à ce bl… site. Rencontres qui vous ont redonné foi en votre pays : non, tous les Français ne consacrent pas tout leur temps libre à l’allumage de cierges en l’honneur de Saint Chiant du Film d’Auteur. Il existe des insurgés qui luttent dans l’ombre, des irréductibles qui croient encore au cinéma et qui, à défaut de le révolutionner avec vous (pour l’instant !), vous redonnent constamment espoir – vous n’êtes pas seeeeeeule !
* La réalité est toujours pire que la fiction, et cette vile anecdote justifiera un article à elle seule… quand vous aurez digéré l’affront qui vous a été fait, et que vous serez capable de la raconter sans proférer insultes et envies pressantes d’éviscérations et autres dépeçages en règle.
Outre le fait qu’un anniversaire reste une bonne excuse pour se goinfrer de génoise et faire péter le Champomy, profitons de l’occasion pour établir un joyeux bilan de l’année qui vient de s’écouler (oui, il s’agit là de masochisme).
Mars 2010 à mars 2011 représente donc, pour vous, dans le désordre :
Un court-métrage.
Mais seulement deux jours de tournage.
Neuf mois de saisie de données.
Neuf cent vingt tournages sur lesquels vous n’avez pas travaillé.
Huit mille quatre cent quatre vingt quinze chèques endossés (approximativement).
Deux jours « surprise » au festival de Deauville.
Une journée de figuration très drôle sur le court-métrage d’un ami, où vous avez eu droit à votre première expérience de la prothèse au cinéma – en l’occurrence, de magnifiques dents de vampires moulées sur vos canines. La grande classe !
La honte de votre vie avec M. Night Shyamalan.
Six semaines d’écriture et de travail pour un producteur anglais qui, en fait, n’existait pas. *
Un après-midi sur le tournage d’un film avec Ethan Hawke, sans Ethan Hawke.
Quelques heures passées aux Auditoriums de Boulogne pour y préparer une projection de votre film – expérience plutôt intéressante, puisqu’on vous y a considérée comme réalisatrice, au même titre que Daniel Auteuil par exemple, qui passait par là. D’abord.
Zéro heure sur cinq cent sept.
Une nuit de mixage dans le studio où l’on double «Les Frères Scott» (vous n’avez jamais regardé et c’est sûrement nul, mais ça le fait, non ?)
Une master-class de Terry Gilliam aux côtés de Liev Schreiber, humble petit fan comme vous.
Un coucou d’Al Pacino, entouré d’une nuée de fans en délire sur Broadway.
Pas beaucoup d’euros, pas encore la gloire, mais beaucoup de bonheur, somme toute. Comme qui dirait, en fait, ça pourrait être pire…
Accessoirement, c’est aussi plein de belles rencontres, notamment grâce à ce bl… site. Rencontres qui vous ont redonné foi en votre pays : non, tous les Français ne consacrent pas tout leur temps libre à l’allumage de cierges en l’honneur de Saint Chiant du Film d’Auteur. Il existe des insurgés qui luttent dans l’ombre, des irréductibles qui croient encore au cinéma et qui, à défaut de le révolutionner avec vous (pour l’instant !), vous redonnent constamment espoir – vous n’êtes pas seeeeeeule !
* La réalité est toujours pire que la fiction, et cette vile anecdote justifiera un article à elle seule… quand vous aurez digéré l’affront qui vous a été fait, et que vous serez capable de la raconter sans proférer insultes et envies pressantes d’éviscérations et autres dépeçages en règle.
dimanche 20 mars 2011
It's like ten thousand spoons when all you need is a knife
Vous voulez savoir ce qu’est l’ironie? L’ironie, c’est quand la vie se moque de vous jusqu’au bout.
Petite illustration comique.
En ce glorieux 17 mars, jour de la non moins glorieuse St Patrick, vous êtes en route pour aller fêter dignement vos origines irlandaises. En voiture avec trois autres personnes, famille et amis, n’ayant absolument aucun rapport, si ce n’est par vous, avec le monde du cinéma.
Vous êtes d’ailleurs en retraite dans votre QG de campagne, chez vos parents, en province. Province qui, il faut bien l’avouer, s’avère être la région de France où la production audiovisuelle est la plus... inexistante. Enlevez le France 3 régional, et vous aurez peu de chance d’y croiser une caméra ou un projecteur. Vous n’avez même pas une chaîne locale de laquelle vous pourriez rire. Le vide absolu.
Aucun risque, a priori, que l’audiovisuel vienne vous narguer. Votre pauvre ego fatigué est en VACANCES.
Quelle était la donc probabilité pour que :
1) Vous preniez un auto-stoppeur ?
Probabilité quasi-nulle. Vous n’aviez pas croisé d’auto-stoppeurs depuis 1912, et la voiture était pratiquement remplie. Mais vous étiez de bonne humeur. Diantre !
2) Cet auto-stoppeur vous annonce que sa petite amie désire être réalisatrice ?
Probabilité infinitésimale, surtout si l’on en croit votre situation géographique. Nom de Zeus, vous n’étiez quand même pas sur le périph’ ! Et puis, des apprentis réalisateurs, il y en a à la pelle, et vous vous en fichez. Mais des réalisatrices en herbes ! Des concurrentes ! Des... des ENNEMIES ! Vous la haïssez immédiatement.
3) La petite amie en question soit actuellement à Los Angeles...
(votre cœur saigne)
3 bis) ... A Los Angeles, en train de parfaire sa formation au célèbre Cal Arts, école où a notamment étudié Tim Burton, mais je-dis-ça-je-dis-rien ?
(votre cœur coule franchement, là)
Alors ? Honnêtement ? Quelle était la probabilité que ce type se retrouve dans votre voiture et vienne vous achever de façon aussi cruelle et sordide ?
Quand on pense que le voyage n’a même pas duré quinze minutes...
Nous sommes donc d’accord : la probabilité frôlait le zéro abyssal, la nullité intersidérale. En d'autres termes, le destin vous nargue. CQFD.
Cette anecdote confirme également ceci : tous les auto-stoppeurs sont bel et bien des psychopathes sans remords. CQFD, deuxième.
La prochaine fois, ce sont eux qui devront avoir peur de vous. Non mais oh !
Petite illustration comique.
En ce glorieux 17 mars, jour de la non moins glorieuse St Patrick, vous êtes en route pour aller fêter dignement vos origines irlandaises. En voiture avec trois autres personnes, famille et amis, n’ayant absolument aucun rapport, si ce n’est par vous, avec le monde du cinéma.
Vous êtes d’ailleurs en retraite dans votre QG de campagne, chez vos parents, en province. Province qui, il faut bien l’avouer, s’avère être la région de France où la production audiovisuelle est la plus... inexistante. Enlevez le France 3 régional, et vous aurez peu de chance d’y croiser une caméra ou un projecteur. Vous n’avez même pas une chaîne locale de laquelle vous pourriez rire. Le vide absolu.
Aucun risque, a priori, que l’audiovisuel vienne vous narguer. Votre pauvre ego fatigué est en VACANCES.
Quelle était la donc probabilité pour que :
1) Vous preniez un auto-stoppeur ?
Probabilité quasi-nulle. Vous n’aviez pas croisé d’auto-stoppeurs depuis 1912, et la voiture était pratiquement remplie. Mais vous étiez de bonne humeur. Diantre !
2) Cet auto-stoppeur vous annonce que sa petite amie désire être réalisatrice ?
Probabilité infinitésimale, surtout si l’on en croit votre situation géographique. Nom de Zeus, vous n’étiez quand même pas sur le périph’ ! Et puis, des apprentis réalisateurs, il y en a à la pelle, et vous vous en fichez. Mais des réalisatrices en herbes ! Des concurrentes ! Des... des ENNEMIES ! Vous la haïssez immédiatement.
3) La petite amie en question soit actuellement à Los Angeles...
(votre cœur saigne)
3 bis) ... A Los Angeles, en train de parfaire sa formation au célèbre Cal Arts, école où a notamment étudié Tim Burton, mais je-dis-ça-je-dis-rien ?
(votre cœur coule franchement, là)
Alors ? Honnêtement ? Quelle était la probabilité que ce type se retrouve dans votre voiture et vienne vous achever de façon aussi cruelle et sordide ?
Quand on pense que le voyage n’a même pas duré quinze minutes...
Nous sommes donc d’accord : la probabilité frôlait le zéro abyssal, la nullité intersidérale. En d'autres termes, le destin vous nargue. CQFD.
Cette anecdote confirme également ceci : tous les auto-stoppeurs sont bel et bien des psychopathes sans remords. CQFD, deuxième.
La prochaine fois, ce sont eux qui devront avoir peur de vous. Non mais oh !
jeudi 21 octobre 2010
Dépression post-natale et autres histoires.
C’est foutu – vous êtes officiellement en plein baby-blues. Ne nous méprenons pas : aucun petit être suintant et dégoulinant de mucus n’a récemment jailli de vous, écartelant tout ce qui se trouve sous vos sous-vêtements Bob l’Eponge. Dieu merci, vous êtes toujours un être libre, insouciant et immature, et le monde vous appartient (… potentiellement).
Non, ce qui est arrivé est pire encore : vous avez accouché d’un beau court-métrage, et vous êtes désormais TOTALEMENT désœuvrée. Après des semaines de frénésie, vous réalisez avec amertume que l’aventure touche à sa fin. Le mixeur mixe. L’étalonneur étalonne. Le compositeur compose. Le réalisateur déprime.
Certes, vous attendez impatiemment votre première projection, à laquelle vous comptez bien convier la moitié de l’hémisphère nord. Et il y a les festivals – vous jouez les blasées mais vous fantasmez secrètement sur un océan de gloire, cela va de soi.
Oh ! Vous, là, dans le fond. Arrêtez de me prendre pour une mégalomane. Il faut bien croire un peu en ses métrages, qu’ils soient courts ou longs…
En l’occurrence, vous aimez bien votre dernier bébé. Il n’est peut-être pas parfait, mais vous êtes fière du travail accompli. Et vous riez toujours à la cinquantième vision, ce qui est plutôt bon signe. Bien entendu, vous restez lucide : tout ce à quoi vous pouvez prétendre, c’est un prix du public... C’est que, voyez-vous, vous êtes une rebelle : vous avez réalisé une comédie. Avec une touche de fantastique. Autant dire que, n’ayant pas philosophé sur le sens profond de la vie, vous ne pensez pas vraiment être en mesure de battre une bonne bouse estampillée FEMIS.
Et alors ? Le prix du public, c’est la plus belle récompense qui soit – vous voulez faire rêver les gens, ou, du moins, les faire rire après une journée de merde. On n’est pas là pour faire plaisir à Télérama…
Assez digressé, revenons en à la dépression.
Peu importe le plaisir de voir son film terminé, d’entendre les gens rire et de les voir applaudir (ou pas… hum) : l’orgasme est derrière vous. On dira ce qu’on veut, mais le tournage, il n’y a quand même rien de tel…
Bon, nous sommes d’accord : tourner, ce n’est rien. Ce n’est que le début d’une longue série de nouvelles aventures rocambolesques, pour ne pas dire de déprimantes emmerdes. Mais ceci est une autre histoire…
Tout cela sans compter, bien sûr, cette fameuse maxime, rédigée par un célèbre auteur au dix-huitième siècle : « on verra en post-prod’ ». Tant d’êtres innocents ont été sacrifiés de par les âges parce qu’un imprudent avait prononcé ces mots…
Toujours est-il que l’apothéose d’une épopée cinématographique, le climax de l’élaboration de votre film, bref, le top du top, pour vous, c’est le tournage. Ze place to be. L’endroit magique où l’on prend son pied. Après, ça retombe un peu. Comme un orgasme, je vous dis ! Vous êtes sur votre petit nuage et vous savez qu’il y en aura d’autres. Mais pour l’instant, c’est fini, et faut aller faire à bouffer, parce que les émotions, ça creuse. Retour à la réalité.
Accessoirement, il se trouve que vous êtes une illustre inconnue, et que personne ne va venir vous chercher, portefeuille en main, pour vous proposer de réaliser un nouveau court-métrage. Là, tout de suite, maintenant, votre avenir est plus qu’incertain. Diantre. Quand allez-vous donc à nouveau crier « action » ?!
Vous avez carrément la pression, en fait. Votre film a intérêt de cartonner, sans compter qu’il est, pour l’instant, le dernier petit fil ténu vous rattachant un tant soit peu au monde merveilleux du cinéma.
Pour ajouter à l’ironie de votre situation, vous êtes en pleine mission d’intérim. Jusque là, rien d’extraordinaire. Vous passez vos journées sur des chèques et des dossiers de cotisation retraite – PASSIONNANT. Oui, si ce n’est que vous bossez pour la boîte qui gère tout le monde du spectacle, et que vos petits yeux de lapin myxomatosé voient défiler d’heure en heure des noms de boîtes de production prestigieuses. Ces enfoirés de chèques sautent sur le bureau, vous montrent du doigt et se foutent ouvertement de vous : « Ah ah ah ! T’as vu où tu pourrais bosser, espèce de smicarde ? »
Putain. Que quelqu’un me trouve un concours de scénario, vite !
Non, ce qui est arrivé est pire encore : vous avez accouché d’un beau court-métrage, et vous êtes désormais TOTALEMENT désœuvrée. Après des semaines de frénésie, vous réalisez avec amertume que l’aventure touche à sa fin. Le mixeur mixe. L’étalonneur étalonne. Le compositeur compose. Le réalisateur déprime.
Certes, vous attendez impatiemment votre première projection, à laquelle vous comptez bien convier la moitié de l’hémisphère nord. Et il y a les festivals – vous jouez les blasées mais vous fantasmez secrètement sur un océan de gloire, cela va de soi.
Oh ! Vous, là, dans le fond. Arrêtez de me prendre pour une mégalomane. Il faut bien croire un peu en ses métrages, qu’ils soient courts ou longs…
En l’occurrence, vous aimez bien votre dernier bébé. Il n’est peut-être pas parfait, mais vous êtes fière du travail accompli. Et vous riez toujours à la cinquantième vision, ce qui est plutôt bon signe. Bien entendu, vous restez lucide : tout ce à quoi vous pouvez prétendre, c’est un prix du public... C’est que, voyez-vous, vous êtes une rebelle : vous avez réalisé une comédie. Avec une touche de fantastique. Autant dire que, n’ayant pas philosophé sur le sens profond de la vie, vous ne pensez pas vraiment être en mesure de battre une bonne bouse estampillée FEMIS.
Et alors ? Le prix du public, c’est la plus belle récompense qui soit – vous voulez faire rêver les gens, ou, du moins, les faire rire après une journée de merde. On n’est pas là pour faire plaisir à Télérama…
Assez digressé, revenons en à la dépression.
Peu importe le plaisir de voir son film terminé, d’entendre les gens rire et de les voir applaudir (ou pas… hum) : l’orgasme est derrière vous. On dira ce qu’on veut, mais le tournage, il n’y a quand même rien de tel…
Bon, nous sommes d’accord : tourner, ce n’est rien. Ce n’est que le début d’une longue série de nouvelles aventures rocambolesques, pour ne pas dire de déprimantes emmerdes. Mais ceci est une autre histoire…
Tout cela sans compter, bien sûr, cette fameuse maxime, rédigée par un célèbre auteur au dix-huitième siècle : « on verra en post-prod’ ». Tant d’êtres innocents ont été sacrifiés de par les âges parce qu’un imprudent avait prononcé ces mots…
Toujours est-il que l’apothéose d’une épopée cinématographique, le climax de l’élaboration de votre film, bref, le top du top, pour vous, c’est le tournage. Ze place to be. L’endroit magique où l’on prend son pied. Après, ça retombe un peu. Comme un orgasme, je vous dis ! Vous êtes sur votre petit nuage et vous savez qu’il y en aura d’autres. Mais pour l’instant, c’est fini, et faut aller faire à bouffer, parce que les émotions, ça creuse. Retour à la réalité.
Accessoirement, il se trouve que vous êtes une illustre inconnue, et que personne ne va venir vous chercher, portefeuille en main, pour vous proposer de réaliser un nouveau court-métrage. Là, tout de suite, maintenant, votre avenir est plus qu’incertain. Diantre. Quand allez-vous donc à nouveau crier « action » ?!
Vous avez carrément la pression, en fait. Votre film a intérêt de cartonner, sans compter qu’il est, pour l’instant, le dernier petit fil ténu vous rattachant un tant soit peu au monde merveilleux du cinéma.
Pour ajouter à l’ironie de votre situation, vous êtes en pleine mission d’intérim. Jusque là, rien d’extraordinaire. Vous passez vos journées sur des chèques et des dossiers de cotisation retraite – PASSIONNANT. Oui, si ce n’est que vous bossez pour la boîte qui gère tout le monde du spectacle, et que vos petits yeux de lapin myxomatosé voient défiler d’heure en heure des noms de boîtes de production prestigieuses. Ces enfoirés de chèques sautent sur le bureau, vous montrent du doigt et se foutent ouvertement de vous : « Ah ah ah ! T’as vu où tu pourrais bosser, espèce de smicarde ? »
Putain. Que quelqu’un me trouve un concours de scénario, vite !
jeudi 17 juin 2010
La pasión.
Vendredi soir… vous êtes assise dans le TGV, en compagnie de votre mère. Enfin… « assise » est un bien grand mot. Disons que la SNCF, dans son immense mansuétude, vous a donné, pour le prix d’un billet en seconde classe, « période de pointe », une jolie « place assisse non garantie » ; vous avez toutefois pu vous emparer de deux strapontins dans le couloir… Miam.
Etre assis à plusieurs dans un espace confiné, pendant presque deux heures, sans climatisation et le cul en compote, mine de rien, ça créé des liens. Vous sympathisez donc avec la dame-en-face-de-vous.
Fatalement, vous en arrivez à parler de vos métiers respectifs. D’une petite moue timide, vous tentez donc l’habituelle blagounette sur le fait que vous faites du cinéma… ou que, du moins, vous essayez.
Et là… là, la dame-en-face-de-vous éclaire votre journée.
Impressionnée, elle vous fait part de son admiration, et vous demande d’où vous vient cette vocation. Serait-ce parce que vos parents sont dans le monde du spectacle ? Elle se tourne vers votre mère, hilare. Humm, non. Il se trouve que votre mère est informaticienne. Quant à votre père, il est expert-comptable…
Vous lui racontez donc la genèse de l’histoire, votre petite légende personnelle – elle trouve cela très beau d’aller au bout de ses rêves.
Bon. Pourquoi suis-je en train de raconter cela ?
Tout simplement parce que, même si la dame en question s’est peut-être dit que vous n’étiez qu’une douce rêveuse, même si elle a peut-être pensé que vous aviez fumé trop de moquette, elle a vous redonné espoir.
Car OUI ! Le cinéma fait encore rêver !
Croyez-moi, c’est un scoop.
Il fallait voir la petite étincelle dans ses yeux quand vous avez murmuré le mot « cinéma ». Voilà quelqu’un pour qui, Dieu merci, le fait de faire des films reste exceptionnel ! Elle n’était ni blasée, ni jalouse, ni dédaigneuse, non. Juste épatée, sincèrement épatée. Pour un peu, vous en auriez des papillons dans le ventre.
La veille encore, vous parliez de cela – la nonchalance, pour ne pas dire l’indifférence, des gens du métier. Il faut dire que votre entourage, de votre petit ami à vos amies les plus proches, a un pied dans le métier – un pied bien avancé. Inutile de préciser que des histoires de tournage, vous en avez à gogo, tous les soirs (et vous, pour le coup, vous êtes jalouse et aigrie !)
Et, comment le dire autrement ? Cela vous brise le cœur, tous ces techniciens qui ne sont là que pour faire leur boulot… point barre. Bien entendu, vous ne jugez que sur ce que l’on vous raconte, et sur les gens que vous connaissez – sans compter que, bien entendu, vous ne connaissez pas un dixième des intermittents de notre beau pays.
Mais tous ces électros, ces machinos, ces rippers, ces décorateurs et autres assistants semblent tellement insensibles… Où elle est, cette putain de passion ? Alors d’accord, on vous répond qu’ils ont fait tellement de tournages que bla, bla, bla. Mais merde ! Certains ne lisent même pas le scénario…
Et puis, vous êtes tombée de haut quand vous avez réalisé que les tournages étudiants, c’est terminé – mis à part le réalisateur, les chefs de poste et le producteur, tout le monde s’en fiche, du film. Au sens où vous pouvez faire de la merde, personne n’ira vous le dire. Personne ne s’implique. Chacun fait son boulot, et le fait bien, mais rien ne tient à cœur à qui que ce soit.
Oui, d’accord, c’est une grosse machine, un film, et tout le monde ne peut pas s’enthousiasmer comme un gosse. Mais quand vous êtes au chômage forcé et que vous tueriez pour pouvoir voir votre nom à un générique quelconque, et savoir que vous avez contribué, ne serait-ce qu’un peu, à une œuvre audiovisuelle, ou même à un navet intersidéral… vous ne pouvez vous empêcher de penser que rhaaa, ce n’est pas JUSTE !
Le plus triste, que dis-je, le pire, c’est que sur un tournage, les gens sont absolument interloqués de savoir que quelqu’un aie pu suivre des études d’audiovisuel, et avoir un diplôme – c’est bien connu, ça ne sert à rien ! Tout le monde est arrivé là par hasard… Inutile de dire que le feu du cinéma, censé brûler en ces gens, vous y croyez de moins en moins.
A la sortie d’une projection en avant-première, pour l’équipe d’un long-métrage…
Vous (naïvement)
Alors, comment était le film ?
Votre agent infiltré (en haussant les épaules)
Bof… En même temps, on savait en le tournant qu’il serait nul…
Vous (outrée)
Mais, c’est nul ! Vous savez que c’est mauvais et vous ne dites rien ?
Votre agent infiltré (qui vous aime, mais vous regarde comme la dernière des demeurées)
On est là pour faire notre travail, on ne cherche pas plus loin – ce n’est pas notre film !
Mais, mais… mais si ! C’est votre film, à vous aussi !
Non ? Vous voulez juste faire des heures ? Ok, tant pis…
Alors merci, madame du train. Parce que faire du cinéma, ce n’est pas juste faire un boulot sympa, avec un salaire astronomique et une table-régie (ne faites pas comme si vous y étiez insensible !)
C’est avant tout l’envie de raconter une histoire, et de faire rêver les autres.
Donc, pour vous, madame, je continuerai d’essayer, encore un peu…
Etre assis à plusieurs dans un espace confiné, pendant presque deux heures, sans climatisation et le cul en compote, mine de rien, ça créé des liens. Vous sympathisez donc avec la dame-en-face-de-vous.
Fatalement, vous en arrivez à parler de vos métiers respectifs. D’une petite moue timide, vous tentez donc l’habituelle blagounette sur le fait que vous faites du cinéma… ou que, du moins, vous essayez.
Et là… là, la dame-en-face-de-vous éclaire votre journée.
Impressionnée, elle vous fait part de son admiration, et vous demande d’où vous vient cette vocation. Serait-ce parce que vos parents sont dans le monde du spectacle ? Elle se tourne vers votre mère, hilare. Humm, non. Il se trouve que votre mère est informaticienne. Quant à votre père, il est expert-comptable…
Vous lui racontez donc la genèse de l’histoire, votre petite légende personnelle – elle trouve cela très beau d’aller au bout de ses rêves.
Bon. Pourquoi suis-je en train de raconter cela ?
Tout simplement parce que, même si la dame en question s’est peut-être dit que vous n’étiez qu’une douce rêveuse, même si elle a peut-être pensé que vous aviez fumé trop de moquette, elle a vous redonné espoir.
Car OUI ! Le cinéma fait encore rêver !
Croyez-moi, c’est un scoop.
Il fallait voir la petite étincelle dans ses yeux quand vous avez murmuré le mot « cinéma ». Voilà quelqu’un pour qui, Dieu merci, le fait de faire des films reste exceptionnel ! Elle n’était ni blasée, ni jalouse, ni dédaigneuse, non. Juste épatée, sincèrement épatée. Pour un peu, vous en auriez des papillons dans le ventre.
La veille encore, vous parliez de cela – la nonchalance, pour ne pas dire l’indifférence, des gens du métier. Il faut dire que votre entourage, de votre petit ami à vos amies les plus proches, a un pied dans le métier – un pied bien avancé. Inutile de préciser que des histoires de tournage, vous en avez à gogo, tous les soirs (et vous, pour le coup, vous êtes jalouse et aigrie !)
Et, comment le dire autrement ? Cela vous brise le cœur, tous ces techniciens qui ne sont là que pour faire leur boulot… point barre. Bien entendu, vous ne jugez que sur ce que l’on vous raconte, et sur les gens que vous connaissez – sans compter que, bien entendu, vous ne connaissez pas un dixième des intermittents de notre beau pays.
Mais tous ces électros, ces machinos, ces rippers, ces décorateurs et autres assistants semblent tellement insensibles… Où elle est, cette putain de passion ? Alors d’accord, on vous répond qu’ils ont fait tellement de tournages que bla, bla, bla. Mais merde ! Certains ne lisent même pas le scénario…
Et puis, vous êtes tombée de haut quand vous avez réalisé que les tournages étudiants, c’est terminé – mis à part le réalisateur, les chefs de poste et le producteur, tout le monde s’en fiche, du film. Au sens où vous pouvez faire de la merde, personne n’ira vous le dire. Personne ne s’implique. Chacun fait son boulot, et le fait bien, mais rien ne tient à cœur à qui que ce soit.
Oui, d’accord, c’est une grosse machine, un film, et tout le monde ne peut pas s’enthousiasmer comme un gosse. Mais quand vous êtes au chômage forcé et que vous tueriez pour pouvoir voir votre nom à un générique quelconque, et savoir que vous avez contribué, ne serait-ce qu’un peu, à une œuvre audiovisuelle, ou même à un navet intersidéral… vous ne pouvez vous empêcher de penser que rhaaa, ce n’est pas JUSTE !
Le plus triste, que dis-je, le pire, c’est que sur un tournage, les gens sont absolument interloqués de savoir que quelqu’un aie pu suivre des études d’audiovisuel, et avoir un diplôme – c’est bien connu, ça ne sert à rien ! Tout le monde est arrivé là par hasard… Inutile de dire que le feu du cinéma, censé brûler en ces gens, vous y croyez de moins en moins.
A la sortie d’une projection en avant-première, pour l’équipe d’un long-métrage…
Vous (naïvement)
Alors, comment était le film ?
Votre agent infiltré (en haussant les épaules)
Bof… En même temps, on savait en le tournant qu’il serait nul…
Vous (outrée)
Mais, c’est nul ! Vous savez que c’est mauvais et vous ne dites rien ?
Votre agent infiltré (qui vous aime, mais vous regarde comme la dernière des demeurées)
On est là pour faire notre travail, on ne cherche pas plus loin – ce n’est pas notre film !
Mais, mais… mais si ! C’est votre film, à vous aussi !
Non ? Vous voulez juste faire des heures ? Ok, tant pis…
Alors merci, madame du train. Parce que faire du cinéma, ce n’est pas juste faire un boulot sympa, avec un salaire astronomique et une table-régie (ne faites pas comme si vous y étiez insensible !)
C’est avant tout l’envie de raconter une histoire, et de faire rêver les autres.
Donc, pour vous, madame, je continuerai d’essayer, encore un peu…
samedi 27 mars 2010
Le Rendez-Vous au Pôle Emploi
Comme tout bon loser, vous avez rendez-vous, une fois par mois, avec votre conseillère Pôle Emploi. Un épisode suffisamment épique pour mériter d’être raconté – comme tout rendez-vous administratif qui se respecte.
C’est une vérité universellement reconnue qu’au Pôle Emploi, vous ne trouverez jamais exactement ce que vous voulez. Eh bien, c’est pareil au Pôle Emploi Spectacle.
Sans compter qu’il ne sert foncièrement à rien, puisque dans notre beau métier, tout marche au piston. Vous êtes tout de même inscrit, pour la forme, mais également parce qu’on ne sait jamais. Et puis, il est toujours amusant de lire les offres d’emploi : ça fait rire et le rire, c’est bon pour la santé, non ?
Car je puis vous assurer qu’il y a de quoi rire ! Entre les offres sous le titre « figuration » où d’obscurs restaurants de banlieues cherchent quelqu’un pour jouer le Père Noël, et les offres qui semblent parfaites pour vous, si ce n’est qu’il faut être bilingue en Chinois et en Arabe, vous n’êtes pas sorti de l’auberge.
Votre conseillère Pôle Emploi est adorable et très compréhensive, ce qui est une bonne chose : après tout, vous auriez pu tomber sur une vieille harpie, déterminée à vous faire travailler à tout prix comme dame-pipi (mais dans un théâtre, hein, parce que nous sommes au Pôle Emploi Spectacle…)
En revanche, elle souffre d’un léger excès d’enthousiasme. Pour elle, donner des cours particuliers est quelque chose de tout à fait fantastique – vous êtes professeur à domicile depuis que vous la connaissez, et de ce fait, elle vous a toujours considéré comme un gagnant. Vous n’êtes pas au fond du trou car vous passez une heure et demie, chaque semaine, avec un élève. Hmmm. Cette conseillère a visiblement hérité, parce que selon vos calculs, le salaire d’un mois de cours revient à un huitième de votre loyer.
Vous trouvez régulièrement de petits CDD et travaillez à droite à gauche, autant que faire se peut, pour gagner un peu d’argent. Surtout, ne lui dites pas ! Non seulement elle risque de se faire pipi dessus, mais surtout, vous courez le risque d’être relégué en bas de sa liste des priorités, car considéré comme quelqu’un qui s’en sort tout seul.
Il faut dire qu’elle doit croiser de sacrés énergumènes, mais également de sacrés branleurs, et, qui-sait, vous êtes peut-être le rayon de soleil de sa journée.
Vous l’aimez bien, cette dame, mais il est vrai que parfois, vous avez envie de la secouer en lui disant de quitter le pays des gentils Bisounours.
Ce qui est sympa avec le Pôle Emploi Spectacle, c’est qu’ils voient tellement de monde qu’ils ne se rappellent jamais de vous. Enfin, ne soyons pas injustes : votre petit Bisounours se rappelle de vous, bien entendu, mais vous persistez à lui répéter, à chaque fois, les mêmes choses, qu’elle persiste à oublier.
Chaque mois, elle vous annonce avec joie qu’elle a reçu une offre de (tadaaaa !) secrétaire de production.
Ouais. Secrétaire, quoi.
Secrétaire, oui, mais dans une boîte de production !
Comment lui faire comprendre, gentiment, que, hormis le fait que vous n’êtes pas diplômée en secrétariat, ceci n’a absolument rien à voir avec l’audiovisuel ? Vous essayez de faire passer le message avec une petite note humoristique, en lui expliquant que vos parents seraient un peu déçus en apprenant que, après avoir payé (cher) une école pendant trois ans, ainsi qu’un master, leur petit Tim Burton répond au téléphone et s’occupe du courrier sans aller plus loin que le hall d’une société de production… Devant son indéfectible enthousiasme, ce n’est pas chose aisée.
Pour vous faire un peu d’argent de poche, vous pouvez également tenter la figuration. Mais, là encore, les voies du Pôle Emploi sont impénétrables…
Histoire vécue : vous tombez sur une petite annonce pour de la figuration dans un téléfilm. Profil recherché : des personnes, hommes ou femmes, dans vôtre tranche d’âge, avec beaucoup de cheveux, pour jouer des séminaristes. Pourquoi pas ? Vous possédez toutes les caractéristiques requises, et, a priori, un physique lambda. Vous tentez donc le coup. Votre courrier revient, deux semaines plus tard, accompagné de ce message du Pôle Emploi : « Nous sommes navrés, nous aurions du préciser dans l’annonce que nous recherchions des personnes pour jouer des séminaristes, au sens premier du terme, à savoir des gens d’église, et non pas des personnes allant à un séminaire ». Euh. Vous êtes tentés de dire, « et alors ? » Vous vous êtes contenté d’envoyer vos photos et vos mensurations…
Cette anecdote confirme ce que nous savions déjà tous : au Pôle Emploi, ils ne pensent pas comme nous. Ils parlent français et sont dotés d’un cerveau, comme leurs frères humanoïdes, mais possèdent une logique qui leur est propre. Ils m’évoquent Monsieur à l’Envers, dans la série de petits livres des « Monsieur, Madame ».
En fait, le principal problème des conseillers du Pôle Emploi Spectacle, c’est qu’ils sont absolument identiques aux conseillers du Pôle Emploi « normal ». Ils ne semblent, en effet, avoir aucune expérience du milieu de l’audiovisuel. Peut-être devriez-vous, vous-même, postuler pour être conseiller-bisounours ; vous en sauriez sûrement plus qu’eux.
Non, vous en savez plus. C’est une certitude !
C’est une vérité universellement reconnue qu’au Pôle Emploi, vous ne trouverez jamais exactement ce que vous voulez. Eh bien, c’est pareil au Pôle Emploi Spectacle.
Sans compter qu’il ne sert foncièrement à rien, puisque dans notre beau métier, tout marche au piston. Vous êtes tout de même inscrit, pour la forme, mais également parce qu’on ne sait jamais. Et puis, il est toujours amusant de lire les offres d’emploi : ça fait rire et le rire, c’est bon pour la santé, non ?
Car je puis vous assurer qu’il y a de quoi rire ! Entre les offres sous le titre « figuration » où d’obscurs restaurants de banlieues cherchent quelqu’un pour jouer le Père Noël, et les offres qui semblent parfaites pour vous, si ce n’est qu’il faut être bilingue en Chinois et en Arabe, vous n’êtes pas sorti de l’auberge.
Votre conseillère Pôle Emploi est adorable et très compréhensive, ce qui est une bonne chose : après tout, vous auriez pu tomber sur une vieille harpie, déterminée à vous faire travailler à tout prix comme dame-pipi (mais dans un théâtre, hein, parce que nous sommes au Pôle Emploi Spectacle…)
En revanche, elle souffre d’un léger excès d’enthousiasme. Pour elle, donner des cours particuliers est quelque chose de tout à fait fantastique – vous êtes professeur à domicile depuis que vous la connaissez, et de ce fait, elle vous a toujours considéré comme un gagnant. Vous n’êtes pas au fond du trou car vous passez une heure et demie, chaque semaine, avec un élève. Hmmm. Cette conseillère a visiblement hérité, parce que selon vos calculs, le salaire d’un mois de cours revient à un huitième de votre loyer.
Vous trouvez régulièrement de petits CDD et travaillez à droite à gauche, autant que faire se peut, pour gagner un peu d’argent. Surtout, ne lui dites pas ! Non seulement elle risque de se faire pipi dessus, mais surtout, vous courez le risque d’être relégué en bas de sa liste des priorités, car considéré comme quelqu’un qui s’en sort tout seul.
Il faut dire qu’elle doit croiser de sacrés énergumènes, mais également de sacrés branleurs, et, qui-sait, vous êtes peut-être le rayon de soleil de sa journée.
Vous l’aimez bien, cette dame, mais il est vrai que parfois, vous avez envie de la secouer en lui disant de quitter le pays des gentils Bisounours.
Ce qui est sympa avec le Pôle Emploi Spectacle, c’est qu’ils voient tellement de monde qu’ils ne se rappellent jamais de vous. Enfin, ne soyons pas injustes : votre petit Bisounours se rappelle de vous, bien entendu, mais vous persistez à lui répéter, à chaque fois, les mêmes choses, qu’elle persiste à oublier.
Chaque mois, elle vous annonce avec joie qu’elle a reçu une offre de (tadaaaa !) secrétaire de production.
Ouais. Secrétaire, quoi.
Secrétaire, oui, mais dans une boîte de production !
Comment lui faire comprendre, gentiment, que, hormis le fait que vous n’êtes pas diplômée en secrétariat, ceci n’a absolument rien à voir avec l’audiovisuel ? Vous essayez de faire passer le message avec une petite note humoristique, en lui expliquant que vos parents seraient un peu déçus en apprenant que, après avoir payé (cher) une école pendant trois ans, ainsi qu’un master, leur petit Tim Burton répond au téléphone et s’occupe du courrier sans aller plus loin que le hall d’une société de production… Devant son indéfectible enthousiasme, ce n’est pas chose aisée.
Pour vous faire un peu d’argent de poche, vous pouvez également tenter la figuration. Mais, là encore, les voies du Pôle Emploi sont impénétrables…
Histoire vécue : vous tombez sur une petite annonce pour de la figuration dans un téléfilm. Profil recherché : des personnes, hommes ou femmes, dans vôtre tranche d’âge, avec beaucoup de cheveux, pour jouer des séminaristes. Pourquoi pas ? Vous possédez toutes les caractéristiques requises, et, a priori, un physique lambda. Vous tentez donc le coup. Votre courrier revient, deux semaines plus tard, accompagné de ce message du Pôle Emploi : « Nous sommes navrés, nous aurions du préciser dans l’annonce que nous recherchions des personnes pour jouer des séminaristes, au sens premier du terme, à savoir des gens d’église, et non pas des personnes allant à un séminaire ». Euh. Vous êtes tentés de dire, « et alors ? » Vous vous êtes contenté d’envoyer vos photos et vos mensurations…
Cette anecdote confirme ce que nous savions déjà tous : au Pôle Emploi, ils ne pensent pas comme nous. Ils parlent français et sont dotés d’un cerveau, comme leurs frères humanoïdes, mais possèdent une logique qui leur est propre. Ils m’évoquent Monsieur à l’Envers, dans la série de petits livres des « Monsieur, Madame ».
En fait, le principal problème des conseillers du Pôle Emploi Spectacle, c’est qu’ils sont absolument identiques aux conseillers du Pôle Emploi « normal ». Ils ne semblent, en effet, avoir aucune expérience du milieu de l’audiovisuel. Peut-être devriez-vous, vous-même, postuler pour être conseiller-bisounours ; vous en sauriez sûrement plus qu’eux.
Non, vous en savez plus. C’est une certitude !
dimanche 14 mars 2010
Le Chômage.
Le chômage, c’est un peu comme un gros microbe. Oh, détrompez-vous : je ne dis pas cela parce que c’est contagieux, ou que l’on n’a pas envie de l’attraper.
Bon, d’accord, c’est le cas aussi. Mais chut ! C’est moi qui raconte.
Rappelez-vous de vos années d’école, de collège, de lycée. On est en plein milieu de la semaine, vous vous levez pour être à l’heure en cours ; et puis, la fièvre s’en mêle, ou la gastro-entérite, l’angine, la peste bubonique, peut-être même simplement un excès de mauvaise foi – quoiqu’il en soit, vous avez la bénédiction de vos parents, et vous restez au chaud chez vous.
Vous êtes là, loque humaine sur votre canapé, et vous regardez les minutes défiler lentement sur votre magnétoscope. Tout le monde est parti travailler. Vous êtes seul. Vous allumez la télévision – avec un peu de chance, l’écran est en veille, la télécommande est à côté de vous, et vous n’avez même pas à vous lever. Elle n’est pas belle, la vie ? Et là, pourtant… c’est le drame.
Il n’y a rien.
R.I.E.N.
L’heure des émissions matinales est passée ; les clips sont terminés depuis longtemps. Sur toutes les chaînes, tout ce que vous trouvez, c’est du télé-achat. Là, vous commencez à comprendre que la journée va être très longue, finalement.
Eh bien, le chômage, c’est un peu pareil. On se lève, le soleil brille, les oiseaux chantent, et voilà. Rien.
Passé le moment où vous aurez envoyé vos trois-mille-deux-cent-cinquante-sept candidatures quotidiennes, l’ennui commence. Si vous avez de la chance, vous habitez dans une ville où vous pouvez avoir une carte de cinéma illimitée, promesse de quelques heures d’évasion. Bien entendu, une fois que vous aurez vu les seize films sortis mercredi dernier (oui oui, tous, y compris ce petit film indépendant ouzbèke - mais si, vous savez, celui qui a gagné un prix à un festival chiant à l’autre bout du monde), l’affaire se corse.
Votre premier problème, c’est que vous adorez le cinéma. Votre second problème, c’est que vous êtes suffisamment inconscient pour être déterminé à en faire votre métier. Votre troisième problème, c’est que vous voulez être réalisateur. Votre méga-problème, c’est que vous n’avez pas de piston.
Vous avez terminé vos études depuis trop longtemps pour avoir une convention de stage, et il vous faut trouver un travail. Un travail payé.
Vous avez eu beau écrire à l’intégralité des membres de l’Association Française des Assistants-Réalisateurs, forcer les membres de votre famille à contacter le beau-frère de la femme du fils d’un client (qui serait donc, potentiellement, dans le métier), écrire à mille sociétés de production, jamais vous n’avez réussi à vous caser sur un tournage. Et en plus, vous êtes provincial ! Quelle drôle d’idée.
Vous écumez donc les sites spécialisés ; vous êtes même inscrit au Pôle Emploi Spectacle, et vous êtes prêts à tout pour ne serait-ce que distribuer des gâteaux secs dans des salles de montage.
Oh ! Vous venez d’actualiser votre messagerie pour la vingt-deuxième fois (de l’heure, pas de la journée. Voyons !) Et, miracle ! Vous avez une réponse à l’une de vos candidatures ! Fébrile, vous l’ouvrez.
Bon, ce n’était pas encore la Paramount, mais cette petit boîte de prod’ à l’autre bout de la région parisienne, c’est mieux que rien. Au moins, vous restez dans votre domaine. Même si vous voulez être réalisateur, et qu’il s’agit d’un poste d’assistante de production. Même s’ils ne produisent que des films institutionnels pour des cabinets comptables. Même si, malgré votre bac + beaucoup, c’est payé au SMIC.
C’est mieux que le McDo – cette phrase est votre nouveau mantra.
Vous vous voyez déjà, allant fièrement travailler tous les matins, recevant un chèque à chaque fin de mois. Bien entendu, vos collègues ont tôt fait de repérer votre talent, et le boss croit tant en vous qu’il décide de vous produire un court-métrage. Vous l’écrivez, le réalisez, et paf ! Vous êtes nominés à l’Oscar du meilleur court-métrage. Tout ça grâce à une petite annonce sur Internet.
Vous lisez le message.
« Bonjour, nous vous remercions de l'attention que vous avez bien voulu porter aux Films Du ***** (ah, oui : même la plus obscure des boîtes de production se doit d’avoir un nom qui appâte). Après avoir longuement étudié votre candidature, nous avons le regret de vous informer que le poste a été pourvu » (réponse type numéro un).
« Nous avons étudié attentivement votre candidature et, malgré ses qualités, nous sommes au regret de vous annoncer que nous n'avons pas pu la retenir » (réponse type numéro deux).
Et, ma préférée, la réponse type numéro trois : « Votre profil ne correspond pas tout à fait à ce que nous recherchons ». Au moins, elle a le mérite d’être honnête. Car vous savez très bien qu’être diplômé d’une école d’audiovisuel ne suffit plus pour être assistante de production. Si vous pouviez parler cinq langues, être également diplômé en comptabilité et avoir huit ans d’expérience, ce serait un peu mieux. Et, malheureusement pour vous, ces gens là existent, visiblement.
Puisque vous n’avez pas de « piston », puisque vous êtes condamné à déprimer dans votre appartement en attendant que l’un de vos amis réussisse et vous propulse au firmament (ce qui, finalement, est tout aussi probable qu’un entretien d’embauche), pourquoi ne pas, finalement, mettre ce temps à profit pour faire ce que vous préférez, et écrire ?
Et c’est comme ça que l’on se retrouve à saouler des internautes en racontant des conneries sur un blog.
Vous ne me croirez probablement pas si je vous dis que j’ai reçu une réponse type numéro un pendant la rédaction de ce billet…
Bon, d’accord, c’est le cas aussi. Mais chut ! C’est moi qui raconte.
Rappelez-vous de vos années d’école, de collège, de lycée. On est en plein milieu de la semaine, vous vous levez pour être à l’heure en cours ; et puis, la fièvre s’en mêle, ou la gastro-entérite, l’angine, la peste bubonique, peut-être même simplement un excès de mauvaise foi – quoiqu’il en soit, vous avez la bénédiction de vos parents, et vous restez au chaud chez vous.
Vous êtes là, loque humaine sur votre canapé, et vous regardez les minutes défiler lentement sur votre magnétoscope. Tout le monde est parti travailler. Vous êtes seul. Vous allumez la télévision – avec un peu de chance, l’écran est en veille, la télécommande est à côté de vous, et vous n’avez même pas à vous lever. Elle n’est pas belle, la vie ? Et là, pourtant… c’est le drame.
Il n’y a rien.
R.I.E.N.
L’heure des émissions matinales est passée ; les clips sont terminés depuis longtemps. Sur toutes les chaînes, tout ce que vous trouvez, c’est du télé-achat. Là, vous commencez à comprendre que la journée va être très longue, finalement.
Eh bien, le chômage, c’est un peu pareil. On se lève, le soleil brille, les oiseaux chantent, et voilà. Rien.
Passé le moment où vous aurez envoyé vos trois-mille-deux-cent-cinquante-sept candidatures quotidiennes, l’ennui commence. Si vous avez de la chance, vous habitez dans une ville où vous pouvez avoir une carte de cinéma illimitée, promesse de quelques heures d’évasion. Bien entendu, une fois que vous aurez vu les seize films sortis mercredi dernier (oui oui, tous, y compris ce petit film indépendant ouzbèke - mais si, vous savez, celui qui a gagné un prix à un festival chiant à l’autre bout du monde), l’affaire se corse.
Votre premier problème, c’est que vous adorez le cinéma. Votre second problème, c’est que vous êtes suffisamment inconscient pour être déterminé à en faire votre métier. Votre troisième problème, c’est que vous voulez être réalisateur. Votre méga-problème, c’est que vous n’avez pas de piston.
Vous avez terminé vos études depuis trop longtemps pour avoir une convention de stage, et il vous faut trouver un travail. Un travail payé.
Vous avez eu beau écrire à l’intégralité des membres de l’Association Française des Assistants-Réalisateurs, forcer les membres de votre famille à contacter le beau-frère de la femme du fils d’un client (qui serait donc, potentiellement, dans le métier), écrire à mille sociétés de production, jamais vous n’avez réussi à vous caser sur un tournage. Et en plus, vous êtes provincial ! Quelle drôle d’idée.
Vous écumez donc les sites spécialisés ; vous êtes même inscrit au Pôle Emploi Spectacle, et vous êtes prêts à tout pour ne serait-ce que distribuer des gâteaux secs dans des salles de montage.
Oh ! Vous venez d’actualiser votre messagerie pour la vingt-deuxième fois (de l’heure, pas de la journée. Voyons !) Et, miracle ! Vous avez une réponse à l’une de vos candidatures ! Fébrile, vous l’ouvrez.
Bon, ce n’était pas encore la Paramount, mais cette petit boîte de prod’ à l’autre bout de la région parisienne, c’est mieux que rien. Au moins, vous restez dans votre domaine. Même si vous voulez être réalisateur, et qu’il s’agit d’un poste d’assistante de production. Même s’ils ne produisent que des films institutionnels pour des cabinets comptables. Même si, malgré votre bac + beaucoup, c’est payé au SMIC.
C’est mieux que le McDo – cette phrase est votre nouveau mantra.
Vous vous voyez déjà, allant fièrement travailler tous les matins, recevant un chèque à chaque fin de mois. Bien entendu, vos collègues ont tôt fait de repérer votre talent, et le boss croit tant en vous qu’il décide de vous produire un court-métrage. Vous l’écrivez, le réalisez, et paf ! Vous êtes nominés à l’Oscar du meilleur court-métrage. Tout ça grâce à une petite annonce sur Internet.
Vous lisez le message.
« Bonjour, nous vous remercions de l'attention que vous avez bien voulu porter aux Films Du ***** (ah, oui : même la plus obscure des boîtes de production se doit d’avoir un nom qui appâte). Après avoir longuement étudié votre candidature, nous avons le regret de vous informer que le poste a été pourvu » (réponse type numéro un).
« Nous avons étudié attentivement votre candidature et, malgré ses qualités, nous sommes au regret de vous annoncer que nous n'avons pas pu la retenir » (réponse type numéro deux).
Et, ma préférée, la réponse type numéro trois : « Votre profil ne correspond pas tout à fait à ce que nous recherchons ». Au moins, elle a le mérite d’être honnête. Car vous savez très bien qu’être diplômé d’une école d’audiovisuel ne suffit plus pour être assistante de production. Si vous pouviez parler cinq langues, être également diplômé en comptabilité et avoir huit ans d’expérience, ce serait un peu mieux. Et, malheureusement pour vous, ces gens là existent, visiblement.
Puisque vous n’avez pas de « piston », puisque vous êtes condamné à déprimer dans votre appartement en attendant que l’un de vos amis réussisse et vous propulse au firmament (ce qui, finalement, est tout aussi probable qu’un entretien d’embauche), pourquoi ne pas, finalement, mettre ce temps à profit pour faire ce que vous préférez, et écrire ?
Et c’est comme ça que l’on se retrouve à saouler des internautes en racontant des conneries sur un blog.
Vous ne me croirez probablement pas si je vous dis que j’ai reçu une réponse type numéro un pendant la rédaction de ce billet…
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