(Ami lecteur, si tu souffres d’une légère overdose de Spielberg, passe ton chemin – ce billet lui est à nouveau, en partie, consacré…)
Vous êtes furieuse. Vous venez de lire l’article que le dernier Télérama (n° 3240, 18 février 2012) a consacré à Spielberg.
En soi, cet article n’est pas catastrophique – venant de Télérama, on pouvait s’attendre à quelque chose de très, très critique, et étrangement, il n’en est rien. On y trouve même des passages plutôt sympathiques, tels « A la cinémathèque, Spielberg, 65 ans, a dit que le cinéma lui procurait la même excitation qu’à ses débuts, et on le voyait à ses yeux, qui pétillaient formidablement ». Télérama qui parle de cinéma et d’yeux qui pétillent dans la même phrase ? C’est de la science-fiction. Vous avez même souri. La double page est joliment décorée d’affiches de ses films et ô, surprise, il s’agit de «Jurassic Park», «Les Dents de la Mer» ou «Indiana Jones» - pas de «Minority Report», «Munich» ou tout autre film plus apprécié des intellectuels parisiens…
Certains passages vous ont toutefois prodigieusement énervée – ce n’est même pas Télérama qui est en cause, pour une fois, mais l’incroyable bêtise du cinéma français… pour changer.
« Il a fallu vaincre certaines résistances internes, explique le directeur de la Cinémathèque, Serge Toubiana. Se battre contre des préjugés – Spielberg est-il ou n’est-il pas un auteur ?».
Sérieusement ? En sommes-nous vraiment là ? La Cinémathèque n’est-elle pas censée embrasser le cinéma dans son ensemble ? Elle ne s’appelle pas la Filmdauteurothèque, pour ce que vous en savez…
Bref, vous commencez à grincer des dents…
Suite de l’article, blabla, très bien. Puis arrive un passage sur la Fémis, la «pépinière du cinéma français de demain» (sic). Et là, vous manquez de vous étrangler avec vos Chocapic. On interroge un étudiant en troisième année de réalisation, qui déclare que «(…) Spielberg dit qu’un metteur en scène doit parfois simplement donner au spectateur ce qu’il veut recevoir, être au service de son plaisir. A la Fémis, certains trouvent qu’un cinéaste ne doit pas se mettre à ce point au service du spectateur. Pour moi, Spielberg fait preuve là d’une humilité intéressante».
Très bien, très bien. Cela en dit long sur le cinéma français d’aujourd’hui et de demain. Nos yeux n’ont pas fini de souffrir…
Combien de fois la presse et le public ne se sont-ils pas demandé pourquoi les Français n’étaient pas capables de produire des grands films de divertissement du même niveau qu’un « Indiana Jones » ? Nous en revenons toujours au même problème : parce que les écoles de cinéma françaises, et pas uniquement notre amie la Fémis, poussent leurs élèves à croire que le plaisir, c’est MAL. Les Musulmans n’ont pas le droit de manger de porc. Les Juifs n’ont pas le droit de manger des crevettes. Les pratiquants de tous poils n’ont pas droit au sexe avant le mariage. Et les réalisateurs français n’ont pas le droit de faire rêver.
Vous êtes mal barrée.
A ceci s’ajoute votre colère d’hier soir (oui, vous êtes beaucoup en colère). Vous regardiez « La Quotidienne du Cinéma » sur internet ; l’émission en question était consacrée à Spielberg.
L’une des intervenantes, que vous n’aviez jamais vue de votre vie, a basé sa chronique sur une interrogation pour le moins aberrante : Spielberg est-il misogyne ? Elle n’a pu s’empêcher d’en rajouter une couche en précisant que dans ses films, selon elle, la femme avait toujours le rôle de la mère.
KEUWA ?!
Spielberg, l’homme a qui l’on doit les prodigieuses aventurières rigolotes que sont les femmes de « Always », « Jurassic Park », « Le Monde Perdu », « Indiana Jones » et compagnie? Que fait donc cette chroniqueuse de la fée Clochette ? Des Ellie Sattler, Sarah Harding et surtout, surtout, de Marion, la femme qui tient tête à des brutes dans des concours de boissons fortes au fin fond des montagnes ?
Vous avez grandi avec ces personnages, ces grandes gueules libres et fières qui font le désespoir de votre grand-mère – si vous aviez grandi avec des princesses, peut-être que vous lui auriez enfin donné des petits enfants et gnagnagna.
La femme chez Steven Spielberg mériterait des pages entières et l’intéressé, quant à lui, peut-être taxé de tout sauf de misogyne. Pour vous, cela n’a toujours été rien d’autre qu’un rendez-vous manqué.
Personne n’a jamais reproché à Tim Burton d’offrir tous ses rôles principaux à Johnny Depp – un mâle, mon Dieu !
C’est vraiment critiquer pour critiquer. Honnêtement, penchons-nous sur la question : à part James Cameron, qui écrit toujours des rôles féminins d’une importance et d’une force égale aux rôles masculins, quel grand réalisateur peut se targuer d’avoir réalisé un grand film dont l’héroïne est une femme ? Oh, il y aura forcément deux ou trois exemples à trouver mais objectivement, la plupart des grands films de l’histoire du cinéma ont un homme pour héros. Et alors ? On s’en contrefiche ! Que la critique française chérisse François Ozon et ses potiches si elle le souhaite – Spielberg vous convient très bien. Le manque de femmes au cinéma est aussi du au manque de réalisatrices derrière la caméra – il vous paraît normal qu’un cinéaste masculin se projette dans un héros du même sexe, et l’on n’y réfléchit même pas lorsque l’on écrit un scénario.
En guise de vengeance contre le cinéma français, voici donc votre bête vengeance du jour: un pitch de film français sur la St Valentin – dans l’urgence, c’est la première chose à laquelle vous avez pensé. Nah.
Musique dissonante. Il pleut. Nous sommes dans le Nord de la France. Un homme pisse dans sa baignoire en se lavant. Il se regarde ensuite dans son miroir pendant cinq minutes. Il a les cheveux gras. Il tousse. Il sort. Il va dans un PMU glauque éclairé au néon et commande un café au barman en marcel. Et là il rencontre la femme de ses rêves, du type Yolande Moreau. Et il lui dit "Bonjour". FIN.
(J’espère que Télérama me pardonnera d’avoir retranscris ici quelques extraits de l’article. Ca ne sert à rien de me faire un procès, je n’ai pas d’argent. Mais bon, on peut dire que je leur fais de la pub, non ? )
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jeudi 16 février 2012
mardi 14 février 2012
Boulette Girl.
C’est le cœur léger que vous écrivez ce message… Enfin, léger mais pas trop.
Léger parce qu’il s’avère que vous avez réussi à approcher le Maître après la master-class, et que vous avez même obtenu un autographe – qui est déjà sous verre dans un cadre en forme de clap, cela va de soi.
Mais pas trop parce que, fidèle à vous-même, vous avez trouvé le moyen de gaffer…
Cela méritait bien un billet !
Lundi neuf janvier de l’an de grâce deux mille douze, donc. Vous descendez du métro à la station Bercy et approchez lentement de la Cinémathèque. Bon, à vrai dire, vous étiez dans un état de stress et de désespoir total, et vous marchiez très vite – la scène se passe simplement au ralenti quand vous y repensez.
Bref. Vous apercevez un tapis rouge, une voiture de la télé, et quelques dizaines de personnes qui attendent déjà. Ouf – au moins, vous ne serez pas coincée au vingtième rang derrière cinq cent personnes… Vous approchez, l’air de rien, et allez vous accouder nonchalamment derrière la barrière, le long du tapis.
Catastrophe – il semble que vous soyez la plus vieille… Vous avez même plutôt l’impression d’attendre un boys band, c’est à n’y rien comprendre ! Vos voisines de barrière (seize et vingt ans… magnifique) entament la discussion avec vous.
Voisine numéro un : jolie petite demoiselle de seize ans serrant fébrilement dans ses bras un DVD de « E.T. ». Elle parle effectivement de Steven Spielberg comme s’il s’agissait d’un boys band, mais c’est assez mignon, au final. Elle est en section audiovisuelle mais ne sait pas si elle veut entamer une carrière dans le cinéma ; pour être honnête, vous avez un peu peur parce qu’elle fait plus «fan hystérique» que «admiratrice qui veut parler posément comme une professionnelle». Mais ne critiquons point, elle a été très gentille avec la vieille personne que vous êtes.
Voisine numéro deux : adorable petite étudiante de vingt ans, qui passait par là par hasard et a décidé de rester quand elle a vu l’invité du jour. Dieu merci, elle vous parle des fans qui font peur et fait front avec vous contre les hystériques bizarres et autres adolescents déguisés en Indiana Jones. Tout de même, vous n’êtes pas rassurée.
Vous décidez de vous lancer dans une étude sociologique et demandez donc à vos voisines comment elles ont connu le Maître – elles sont quand même nées après «Jurassic Park»… Réponse unanime : tout a commencé à force de voir «E.T.» à la télé quand elles étaient petites. C’est mignon, ça vous touche – on est tous un peu pareils, finalement. Même si vous vous imaginiez qu’elles avaient du découvrir Spielberg avec des films plus récents – mais en y réfléchissant, ça impliquait qu’elles aient vu « Il faut sauver le soldat Ryan » en étant toutes petites, et elles n’avaient pas l’air d’avoir des problèmes psychologiques majeurs.
Après une attente interminable et la quasi perte de vos doigts de pied, ça y est – il se passe quelque chose. Kathleen Kennedy arrive, signe des autographes. Puis Costa-Gavras, Niels Arestrup (tout le monde s’en contrefiche, c’en est presque gênant)… Puis Il arrive.
Alors là, tous vos rêves s’effondrent, parce que vous vouliez lui serrer la main en lui disant quelques mots, et c’est râpé ; tout le monde crie et se monte dessus, et tout ce qu’il peut faire, c’est signer des autographes à la chaîne.
Votre côté sadique jubile, parce que des types qui ont assisté à la master-class sont en train de vous escalader (littéralement) pour tendre un malheureux t-shirt à signer. Rien de sexuel – vous êtes contente parce que ceux qui ont assisté à l’interview n’ont rien pu obtenir et sont désormais obligés de s’aligner derrière vous, HA !
Il approche… Votre voisine de seize ans tend son DVD, il le signe ; elle lui demande si elle peut prendre une photo avec lui, et il lui répond que non, trop compliqué, pas possible, désolé… Il arrive vers vous. Puisque ni poignée de main ni discussion ne sont possibles, vous tendez votre carnet de notes ; tant qu’à faire, autant avoir un autographe en souvenir… Il signe, et là… là…
Là, c’est là où vous avez merdé. Vous n’arrêtez pas d’y repenser. Ca fait un mois que vous en êtes malade. Depuis, vous rêvez que vous rencontrez Spielberg pratiquement toutes les nuits, et que vous rattrapez le coup (véridique… je sais, c’est grave). Et le pire, c’est que votre petit-ami a filmé la scène. Super. Vous pourrez vous repasser ça en rigolant quand vous fêterez votre Oscar avec Tonton Steven, en deux mille quelque chose. Ha, ha, ha.
Vous lui dites « Merci Monsieur. J’espère qu’un jour, je ferai un film avec vous ». Enfin, ça, c’est que vous vouliez dire. Parce que sous le coup de l’émotion, vous ne savez pas pourquoi, vous lui dites « Thank you Sir. I hope I’ll make a PICTURE with you someday ».
A picture. UNE PHOTO. Non mais quelle idiote, quelle teubée, quelle abrutie, quelle dégénérée du bulbe. Une photo. Comme une petite fan hystérique. Une photo. Vous êtes vraiment une quiche, vous coiffez toutes les Bridget Jones du monde au poteau. Une photo. Photo, photo, photo.
Le pire, c’est qu’il sourit et vous répond « Maybe, someday ! ». Gnnnnnn. Depuis, ça cogite sec, là dedans. Vous avez retourné le problème dans tous les sens. Sachant que l’on dit « take a picture » et non pas « make a picture », a-t-il compris ? L’a-t-il pris comme un film, un motion-picture ? Ou vous a-t-il vraiment prise pour une pauvre fan hystérique qui veut juste sa photo avec un monsieur connu ?
Il y a plus d’un an, sur ce même blog, après avoir rencontré M. Night Shyamalan, vous terminiez un article en précisant l’importance de savoir parler anglais, afin d’être en mesure de dire des conneries aux gens que l’on admire. CQFD.
Très maigre consolation : la master-class était nulle.
Picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture!
Léger parce qu’il s’avère que vous avez réussi à approcher le Maître après la master-class, et que vous avez même obtenu un autographe – qui est déjà sous verre dans un cadre en forme de clap, cela va de soi.
Mais pas trop parce que, fidèle à vous-même, vous avez trouvé le moyen de gaffer…
Cela méritait bien un billet !
Lundi neuf janvier de l’an de grâce deux mille douze, donc. Vous descendez du métro à la station Bercy et approchez lentement de la Cinémathèque. Bon, à vrai dire, vous étiez dans un état de stress et de désespoir total, et vous marchiez très vite – la scène se passe simplement au ralenti quand vous y repensez.
Bref. Vous apercevez un tapis rouge, une voiture de la télé, et quelques dizaines de personnes qui attendent déjà. Ouf – au moins, vous ne serez pas coincée au vingtième rang derrière cinq cent personnes… Vous approchez, l’air de rien, et allez vous accouder nonchalamment derrière la barrière, le long du tapis.
Catastrophe – il semble que vous soyez la plus vieille… Vous avez même plutôt l’impression d’attendre un boys band, c’est à n’y rien comprendre ! Vos voisines de barrière (seize et vingt ans… magnifique) entament la discussion avec vous.
Voisine numéro un : jolie petite demoiselle de seize ans serrant fébrilement dans ses bras un DVD de « E.T. ». Elle parle effectivement de Steven Spielberg comme s’il s’agissait d’un boys band, mais c’est assez mignon, au final. Elle est en section audiovisuelle mais ne sait pas si elle veut entamer une carrière dans le cinéma ; pour être honnête, vous avez un peu peur parce qu’elle fait plus «fan hystérique» que «admiratrice qui veut parler posément comme une professionnelle». Mais ne critiquons point, elle a été très gentille avec la vieille personne que vous êtes.
Voisine numéro deux : adorable petite étudiante de vingt ans, qui passait par là par hasard et a décidé de rester quand elle a vu l’invité du jour. Dieu merci, elle vous parle des fans qui font peur et fait front avec vous contre les hystériques bizarres et autres adolescents déguisés en Indiana Jones. Tout de même, vous n’êtes pas rassurée.
Vous décidez de vous lancer dans une étude sociologique et demandez donc à vos voisines comment elles ont connu le Maître – elles sont quand même nées après «Jurassic Park»… Réponse unanime : tout a commencé à force de voir «E.T.» à la télé quand elles étaient petites. C’est mignon, ça vous touche – on est tous un peu pareils, finalement. Même si vous vous imaginiez qu’elles avaient du découvrir Spielberg avec des films plus récents – mais en y réfléchissant, ça impliquait qu’elles aient vu « Il faut sauver le soldat Ryan » en étant toutes petites, et elles n’avaient pas l’air d’avoir des problèmes psychologiques majeurs.
Après une attente interminable et la quasi perte de vos doigts de pied, ça y est – il se passe quelque chose. Kathleen Kennedy arrive, signe des autographes. Puis Costa-Gavras, Niels Arestrup (tout le monde s’en contrefiche, c’en est presque gênant)… Puis Il arrive.
Alors là, tous vos rêves s’effondrent, parce que vous vouliez lui serrer la main en lui disant quelques mots, et c’est râpé ; tout le monde crie et se monte dessus, et tout ce qu’il peut faire, c’est signer des autographes à la chaîne.
Votre côté sadique jubile, parce que des types qui ont assisté à la master-class sont en train de vous escalader (littéralement) pour tendre un malheureux t-shirt à signer. Rien de sexuel – vous êtes contente parce que ceux qui ont assisté à l’interview n’ont rien pu obtenir et sont désormais obligés de s’aligner derrière vous, HA !
Il approche… Votre voisine de seize ans tend son DVD, il le signe ; elle lui demande si elle peut prendre une photo avec lui, et il lui répond que non, trop compliqué, pas possible, désolé… Il arrive vers vous. Puisque ni poignée de main ni discussion ne sont possibles, vous tendez votre carnet de notes ; tant qu’à faire, autant avoir un autographe en souvenir… Il signe, et là… là…
Là, c’est là où vous avez merdé. Vous n’arrêtez pas d’y repenser. Ca fait un mois que vous en êtes malade. Depuis, vous rêvez que vous rencontrez Spielberg pratiquement toutes les nuits, et que vous rattrapez le coup (véridique… je sais, c’est grave). Et le pire, c’est que votre petit-ami a filmé la scène. Super. Vous pourrez vous repasser ça en rigolant quand vous fêterez votre Oscar avec Tonton Steven, en deux mille quelque chose. Ha, ha, ha.
Vous lui dites « Merci Monsieur. J’espère qu’un jour, je ferai un film avec vous ». Enfin, ça, c’est que vous vouliez dire. Parce que sous le coup de l’émotion, vous ne savez pas pourquoi, vous lui dites « Thank you Sir. I hope I’ll make a PICTURE with you someday ».
A picture. UNE PHOTO. Non mais quelle idiote, quelle teubée, quelle abrutie, quelle dégénérée du bulbe. Une photo. Comme une petite fan hystérique. Une photo. Vous êtes vraiment une quiche, vous coiffez toutes les Bridget Jones du monde au poteau. Une photo. Photo, photo, photo.
Le pire, c’est qu’il sourit et vous répond « Maybe, someday ! ». Gnnnnnn. Depuis, ça cogite sec, là dedans. Vous avez retourné le problème dans tous les sens. Sachant que l’on dit « take a picture » et non pas « make a picture », a-t-il compris ? L’a-t-il pris comme un film, un motion-picture ? Ou vous a-t-il vraiment prise pour une pauvre fan hystérique qui veut juste sa photo avec un monsieur connu ?
Il y a plus d’un an, sur ce même blog, après avoir rencontré M. Night Shyamalan, vous terminiez un article en précisant l’importance de savoir parler anglais, afin d’être en mesure de dire des conneries aux gens que l’on admire. CQFD.
Très maigre consolation : la master-class était nulle.
Picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture, picture!
mardi 3 janvier 2012
De l’existence de Dieu…
Dieu existe. Comme l’imaginent la plupart des gens, Il est barbu, et a souvent un sourire bienveillant. Dieu aime bien porter une casquette et des chemises un peu moches, aussi. Il dirige le monde depuis une chaise à son nom et a rendu beaucoup, beaucoup de terriens heureux. Parfois, Il fait un peu n’importe quoi ; certains lui en veulent, d’autres lui pardonnent, mais il semble impossible de perdre foi en Lui.
Dieu, c’est Steven Spielberg. En tous cas pour vous, pauvre petite créature du commun des mortels.
(Quelle surprise, n’est-ce pas !)
Quelle ne fut donc pas votre joie (pour ne pas dire votre hystérie, mais vous êtes quand même une adulte responsable) quand vous avez appris, il y a quelques mois, que Steven, le seul, l’unique, allait donner une master-class à la Cinémathèque.
Steven Spielberg. A Paris. En chair et en os. Et prêt à répondre à vos questions.
Vous avez passé des heures, des jours à chercher ce que vous pourriez bien lui dire. «Vous m’avez donné envie de faire du cinéma » - ça c’est vrai, mais tout le monde lui a déjà dit mille fois, on peut faire plus original. « Parfois, je vous déteste » - entrée en matière intrigante mais pas forcément sympathique, destinée à lui faire comprendre que vous voulez être réalisateur grâce à lui, mais que ça n’est pas toujours facile. Hmmm, non. Trop dur.
Vous pourriez aussi simplement essayer de vous accrocher à sa jambe et de ne pas lâcher, quoiqu’il arrive, mais c’est risqué.
« Monsieur, adoptez-moi ! » ; « Tenez, voici ma carte ! » ; « Mais prenez ma carte, putain!» ; « Bonjour, vous cherchez pas une stagiaire ? » … Vous avez cherché, cherché. Mais vous n’avez pas pensé une seconde que vous n’auriez pas de place pour la master-class en question…
Vous étiez en voyage lors de la mise en vente, mais votre équipe d’agents secrets au grand complet était plus que prête et opérationnelle : votre informaticienne de mère, secondée par plusieurs geeks de collègues, se tenait prête sur internet. Quant à l’enseigne vendant les places, elle ne fut pas oubliée : avant l’ouverture, votre petit-ami se tenait prêt devant la boutique de La Défense, et votre grand-père (si, si) devant celle de votre ville natale, en province.
De toutes façons, vous aviez assisté à la master-class de Roland Emmerich en novembre, et étant donné le peu de personnes présentes, vous pensiez que celle de Steven se ferait les doigts dans le nez (en plus, il fallait PAYER, là où celle de ce bon vieux Roland était gratuite).
Or, dès l’ouverture… plus de places. Tadaaaaaa ! Surprise. Et joyeux Noël, hein.
Comment est-ce possible ? Vous n’en savez rien – personne n’a rien compris. Mais les faits sont là : vous n’avez pas de place.
Vous essayez de relativiser : vous n’avez pas encore trente ans, et vous aurez peut-être d’autres occasions. Vous avez fait un très beau voyage en Terre du Milieu (euh… oui. Mais ceci est une autre histoire, qui sera racontée très vite, entre deux repas constitués de pâtes à rien). Vous allez réaliser deux courts métrages (produits !) en 2012. Vous avez sans doute épuisé votre quota de chance – le Yin et le Yang, tout ça. Vos amis cinéphiles et stevenophiles n’ont pas eu de places non plus. Vous êtes en bonne santé, vous avez une famille et des amis fantastiques, et vous…
STOP !! C’est Steven, mille sabords de couilles de putes !
Il va être là, dans un périmètre de moins de dix kilomètres, et vous n’y serez pas. VOUS. N’Y. SEREZ. PAS.
Vous avez envie de mourir.
Steven.
QUI a eu ces places ? Quels pistonnés, quels tricheurs ont pu obtenir le précieux sésame? Comment l’infâme sac à vomi mal gerbé (tentative de politesse – retrouvez la référence, tiens) qui a vendu huit places sur eBay (HUIT !) s’est-il débrouillé ?
D’ailleurs, à plus de cent-vingt euros le pack de deux, il a du passer un meilleur Noël que vous…
Sérieusement : vous ne pouvez arrêter d’y penser. C’est trop injuste. Les heureux élus qui assisteront à la conférence en seront-ils seulement dignes ? Ou ont-ils juste eu une immense opportunité ? Et s’il y en a qui partent avant la fin ? Pourquoi faire miroiter des places aux cinéphiles, pourquoi laisser croire au public que cette master-class est ouverte à tous, alors qu’il semblerait bien qu’il ne s’agisse que d’une grosse farce ? Vous avez l’horrible impression que vous n’avez jamais eu aucune chance – parce que vous n’êtes personne.
C’est un cauchemar.
Vous avez envie d’écrire à la Cinémathèque, à la Mairie de Paris, à Nicolas Sarkozy, à Steven lui-même. Pour un peu, vous leur enverriez votre article sur « Jurassic Park ».
Encore aujourd’hui, vous avez repéré une place à cent euros sur eBay. Cent euros ! Vous êtes loin de les avoir, et serez-vous seulement sûre d’être dans la même pièce que lui ? Pour un peu, vous achèteriez la place juste pour le plaisir d’insulter copieusement le vendeur lors de la remise en mains propres… C’est ça, le problème avec Dieu : les gens s’en servent toujours comme prétexte pour les guerres ou le fric.
Quiconque a quelque peu suivi ce blog comprendra que rater cet évènement semblait tout simplement impossible. Et pourtant…
Alors voilà : le neuf janvier, vous serez devant la porte, la sortie des artistes, l’issue de secours, bref, vous ferez le pied de grue en espérant qu’Il prenne quelques minutes pour dire bonjour. Ou au revoir. N’importe quoi, pourvu que vous puissiez lui dire LA phrase que vous aurez trouvée d’ici là.
Steven Spielberg…
Dieu, c’est Steven Spielberg. En tous cas pour vous, pauvre petite créature du commun des mortels.
(Quelle surprise, n’est-ce pas !)
Quelle ne fut donc pas votre joie (pour ne pas dire votre hystérie, mais vous êtes quand même une adulte responsable) quand vous avez appris, il y a quelques mois, que Steven, le seul, l’unique, allait donner une master-class à la Cinémathèque.
Steven Spielberg. A Paris. En chair et en os. Et prêt à répondre à vos questions.
Vous avez passé des heures, des jours à chercher ce que vous pourriez bien lui dire. «Vous m’avez donné envie de faire du cinéma » - ça c’est vrai, mais tout le monde lui a déjà dit mille fois, on peut faire plus original. « Parfois, je vous déteste » - entrée en matière intrigante mais pas forcément sympathique, destinée à lui faire comprendre que vous voulez être réalisateur grâce à lui, mais que ça n’est pas toujours facile. Hmmm, non. Trop dur.
Vous pourriez aussi simplement essayer de vous accrocher à sa jambe et de ne pas lâcher, quoiqu’il arrive, mais c’est risqué.
« Monsieur, adoptez-moi ! » ; « Tenez, voici ma carte ! » ; « Mais prenez ma carte, putain!» ; « Bonjour, vous cherchez pas une stagiaire ? » … Vous avez cherché, cherché. Mais vous n’avez pas pensé une seconde que vous n’auriez pas de place pour la master-class en question…
Vous étiez en voyage lors de la mise en vente, mais votre équipe d’agents secrets au grand complet était plus que prête et opérationnelle : votre informaticienne de mère, secondée par plusieurs geeks de collègues, se tenait prête sur internet. Quant à l’enseigne vendant les places, elle ne fut pas oubliée : avant l’ouverture, votre petit-ami se tenait prêt devant la boutique de La Défense, et votre grand-père (si, si) devant celle de votre ville natale, en province.
De toutes façons, vous aviez assisté à la master-class de Roland Emmerich en novembre, et étant donné le peu de personnes présentes, vous pensiez que celle de Steven se ferait les doigts dans le nez (en plus, il fallait PAYER, là où celle de ce bon vieux Roland était gratuite).
Or, dès l’ouverture… plus de places. Tadaaaaaa ! Surprise. Et joyeux Noël, hein.
Comment est-ce possible ? Vous n’en savez rien – personne n’a rien compris. Mais les faits sont là : vous n’avez pas de place.
Vous essayez de relativiser : vous n’avez pas encore trente ans, et vous aurez peut-être d’autres occasions. Vous avez fait un très beau voyage en Terre du Milieu (euh… oui. Mais ceci est une autre histoire, qui sera racontée très vite, entre deux repas constitués de pâtes à rien). Vous allez réaliser deux courts métrages (produits !) en 2012. Vous avez sans doute épuisé votre quota de chance – le Yin et le Yang, tout ça. Vos amis cinéphiles et stevenophiles n’ont pas eu de places non plus. Vous êtes en bonne santé, vous avez une famille et des amis fantastiques, et vous…
STOP !! C’est Steven, mille sabords de couilles de putes !
Il va être là, dans un périmètre de moins de dix kilomètres, et vous n’y serez pas. VOUS. N’Y. SEREZ. PAS.
Vous avez envie de mourir.
Steven.
QUI a eu ces places ? Quels pistonnés, quels tricheurs ont pu obtenir le précieux sésame? Comment l’infâme sac à vomi mal gerbé (tentative de politesse – retrouvez la référence, tiens) qui a vendu huit places sur eBay (HUIT !) s’est-il débrouillé ?
D’ailleurs, à plus de cent-vingt euros le pack de deux, il a du passer un meilleur Noël que vous…
Sérieusement : vous ne pouvez arrêter d’y penser. C’est trop injuste. Les heureux élus qui assisteront à la conférence en seront-ils seulement dignes ? Ou ont-ils juste eu une immense opportunité ? Et s’il y en a qui partent avant la fin ? Pourquoi faire miroiter des places aux cinéphiles, pourquoi laisser croire au public que cette master-class est ouverte à tous, alors qu’il semblerait bien qu’il ne s’agisse que d’une grosse farce ? Vous avez l’horrible impression que vous n’avez jamais eu aucune chance – parce que vous n’êtes personne.
C’est un cauchemar.
Vous avez envie d’écrire à la Cinémathèque, à la Mairie de Paris, à Nicolas Sarkozy, à Steven lui-même. Pour un peu, vous leur enverriez votre article sur « Jurassic Park ».
Encore aujourd’hui, vous avez repéré une place à cent euros sur eBay. Cent euros ! Vous êtes loin de les avoir, et serez-vous seulement sûre d’être dans la même pièce que lui ? Pour un peu, vous achèteriez la place juste pour le plaisir d’insulter copieusement le vendeur lors de la remise en mains propres… C’est ça, le problème avec Dieu : les gens s’en servent toujours comme prétexte pour les guerres ou le fric.
Quiconque a quelque peu suivi ce blog comprendra que rater cet évènement semblait tout simplement impossible. Et pourtant…
Alors voilà : le neuf janvier, vous serez devant la porte, la sortie des artistes, l’issue de secours, bref, vous ferez le pied de grue en espérant qu’Il prenne quelques minutes pour dire bonjour. Ou au revoir. N’importe quoi, pourvu que vous puissiez lui dire LA phrase que vous aurez trouvée d’ici là.
Steven Spielberg…
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