jeudi 2 août 2012

La bat-anecdote.

Voilà, ça y est. Vous vous êtes enfin décidée à braver la foule, le pop-corn et les écrans de Smartphones, et vous êtes allée voir « The Dark Knight ».

Du moins, vous avez essayé.

Tout avait pourtant bien commencé ; votre séance n’était pas complète, vous étiez bien placée, et les gens autour de vous semblaient plutôt enclins à respecter le film et à rester sages. Même les publicités avaient été supportables, et vous aviez été gâtée au niveau des bandes-annonces. Que demander de plus ?

C’était sans compter sur le principe du Yin et du Yang : si tout se passe bien, quelque chose va FORCEMENT couiller quelque part, pour faire une balance.
En l’occurrence, pour vous, ce fut le son. Selina Kyle venait tout juste de se jeter élégamment par la fenêtre, juste après dérobé le collier de perles ; le gros « boum » qui a suivi vous a fait penser qu’elle devait peser bien plus qu’on ne pouvait le supposer. Mauvaise langue ! Le boum n’était autre que le bruit du son qui lâche, qui pète, qui a décidé de prendre des vacances sans vous. Telle Catwoman, vous vous êtes donc jetée dans les escaliers, bondissant vers la sortie afin de prévenir le personnel du cinéma.
(D’accord. Il se peut que cette image ait été quelque peu enjolivée et que la scène, vue de l’extérieur, ait été un peu moins "James Bond" et un peu plus "éléphant cherchant les marches dans l’obscurité" . Soit.)

Le hic, c’est qu’en dépit de votre prestation héroïque, de ce sacrifice magnifique d’une cinéphile prête à rater trois minutes de blockbuster estival pour sauver cent cinquante personnes, le son n’est jamais revenu.

Après une demi-heure d’attente, de tests sonores et d’excuses maladroites du cinéma, le diagnostic fut sans appel : la séance ne reprendra pas, merci, au revoir, mais si vous voulez il reste des places tout devant sur les côtés à la séance suivante.

MEME PAS UNE COMPENSATION POP-CORNAIRE !

Bref. Cette expérience inédite vous a confrontée à une situation nouvelle : le manque. Le coitus interruptus cinématographique.

C’est affreux ! Vous errez alors sans but, en proie à une étrange sensation d’inachevé. Vous êtes comme un chiot larmoyant que l’on aurait ôté à sa mère avant qu’il ne soit sevré.
C’est donc officiel : le cinéma peut se tenir fièrement aux côtés de la nourriture, de la drogue ou du sexe ; c’est une faim physique qui ne saurait s’éteindre avant que le cœur ne soit rassasié.

Enculé de Batman !

mercredi 1 août 2012

Le petit milieu de l'audiovisuel... ou pas.

Horreur !

Vous avez été démasquée.

Vous travaillez actuellement pour une agence d’hôtesses, passage obligé pour tout individu de sexe féminin pesant moins de cent-vingt kilos et ayant un jour été en quête de travail.

Par contrat, « le port de la veste est obligatoire en toute saison ». Vous passez donc vos journées à mariner dans votre malheureux tailleur, les dessous de bras comme des piscines et le visage en feu, à l’accueil d’un restaurant d’entreprise. Toujours avec le sourire, cela va de soi. Classieuse, mais dégoulinante.

Le hic, c’est que l’une de vos « connaissances » – sur un célèbre réseau social commençant par Face et finissant par Book – vous a reconnue.
Connaissance, car vous ne vous étiez jamais rencontrés ; le jeune homme en question vous avait contactée après avoir vu, par hasard, l’un de vos courts métrages sur internet. Vous ne vous étiez jamais vraiment parlé depuis.
Vous avez donc reçu un message de sa part, message vous demandant s’il s’agissait bien de votre petite personne à l’accueil de ce grand groupe de banlieue parisienne.

Inutile de dire que vous vous êtes sentie comme Peter Parker à qui l’on viendrait de retirer son masque.

Vous vous êtes empressée de répondre par l’affirmative, mais en précisant toutefois que ce n’était que temporaire, un clip et deux courts métrages vous attendant pour la rentrée. Non mais oh.
(Fichu honneur. Ne pourriez-vous donc pas vous asseoir dessus ?)

Votre ami d’internet vous a toutefois vite rassurée… Il n’est, en effet, pas premier assistant sur le tournage du dernier long-métrage dont tout le monde parle ; il n’est pas non plus acteur à succès, producteur riche et désœuvré ou même régisseur-esclave sur une émission destinée à la TNT. Comme vous, il a un travail dit alimentaire, et comme vous, il est simplement en CDD dans l’entreprise où vous officiez.

Dans la vraie vie, il veut être réalisateur.

L’honneur est sauf !

Tout de même… Vous avez trouvé ce job grâce à une amie actrice, qui travaille pour l’agence d’hôtesses en question (oui – même là, il vous a fallu être pistonnée).

Votre formatrice sort, quant à elle, de la télévision, et travaille sur des programmes courts et autres expositions de photographies.

Quant au prestataire qui vous emploie pour cette mission, c’est un ancien acteur/animateur…


Moralité, si le verre est à moitié plein : tout cela est extrêmement rassurant. Vous n’êtes pas seule.

Moralité, si le verre est à moitié vide : ON N’EST PAS DANS LA MERDE !


(Sur ce, il est l’heure d’aller rejoindre un ami réalisateur. Dans son restaurant de hamburgers, bien sûr !)

mercredi 27 juin 2012

Chroniques de la Terre du Milieu – Un Hobbit sur la route.

Il ne fera plus jamais beau. C’est, en tous cas, l’impression que vous avez ; vous êtes en totale dépression météorologique.

Tiens, c’est étrange, ce temps sinistre vous rappelle quelque chose… Voyons voir… C’était l’été, mais il pleuvait un jour sur deux, et vous avez du apprendre à tout faire sous la pluie… Ah, oui, la Nouvelle-Zélande. What else !

Quelle meilleure occasion pour continuer les Chroniques de la Terre du Milieu ? Avec un temps pareil, l’écriture vous semble être une délicieuse tentation… même si, dans votre imaginaire, vous vous visualisez dans un bon gros fauteuil au coin du feu, un chai tea latte viennois à vos côtés et l’ordinateur sur vos genoux (vision bien éloignée de la réalité, puisque vous êtes dans un studio en banlieue parisienne et que les simples vitrages, en plus d’une horrible lumière grise et crue, laissent passer les cris des moutards de l’école d’en face. Diantre.)

La Nouvelle-Zélande, donc… Il fallait au moins ça pour vous faire acheter (et porter !) un K-way et des chaussures de marche. Mais quelle aventure ! Et quelle poisse, accessoirement. La preuve en images, et en un article.

Mardi 13 décembre 2011 (coïncidence amusante, vous n’aviez jamais remarqué que c’était un treize). Vous quittez le parc national d’Abel Tasman, au Nord de l’Ile du Sud, pour vous rendre à Kaikoura, quelques centaines de kilomètres plus bas. Vous êtes de très bonne humeur ; tout d’abord, vous êtes en voiture avec une amie et de la bonne musique (pour ne pas dire que vous chantez à tue-tête sur un vieux CD de Blondie acheté pour une bouchée de pain dans un centre commercial), et vous adorez l’idée de ce road-trip dans une contrée lointaine.
Ensuite, vous avez, la veille, réussi à parcourir treize kilomètres à pied en moins de quatre heures, dans la forêt, sous la pluie, sans rien à manger (une seule boutique à l’orée du parc national, qui avait bien sûr été mise à sac juste avant votre départ), et vous vous sentez donc invincible et particulièrement en forme – vous êtes officiellement une Indiana Jones, une Ellen Ripley, rien ne vous fait peur et vous êtes prête à en faire dix fois plus, par l’enfer ! (NB : le parc national d’Abel Tasman est censé être l’un des plus beaux endroits du monde. Des plages de sable fin, une eau claire, bref, le paradis. QUAND IL NE PLEUT PAS. Sinon, vous vous retrouvez à randonner sous la pluie, à défaut de pouvoir admirer les colonies de phoques en kayak dans des lagons comme les aimerait Jack Sparrow.) (Ceci dit, c’était très chouette. Quand même.)
Enfin, vous vous dirigez vers une bourgade réputée mondialement pour ses animaux marins, et l’idée de nager avec des dauphins et de voir des baleines vous fait sourire niaisement (OK, d’accord, ça fait moins Ellen Ripley, là).

BREF. Vous êtes particulièrement joyeuse. Même s’il pleut…

Au milieu de la route, soudain, un ralentissement : les voitures sont arrêtées et passent au compte-goutte sur un pont. Vous passez ledit pont à votre tour et ooooh ! Un tournage ! Des camions régie et des bonhommes en K-way avec des talkie-walkie !


Bah. C’est mignon, mais ça ne peut pas être le tournage du Hobbit : tout le monde sait qu’il a lieu loin des routes, dans des endroits reculés, et qu’il est au moins aussi protégé qu’un chef d’état en visite en Irak. Aucune chance. Vous continuez à rouler – accessoirement, il est midi passé, et vous mourrez de faim. Et il pleut. Pas de regrets.
Vous continuez sur quelques kilomètres, et, après une dizaine de minutes, arrivez dans une petite ville répondant au doux nom de Havelock.


Quelques maisons, un port et ouf, un restaurant – un énième restaurant avec une petite figurine de moule vous accueillant joyeusement à l’entrée. Vive la mer, vive les moules, et à table, alors !


Pour changer, votre serveur est FRANÇAIS – c’est assez incroyable, le nombre de Français qui ont eu l’idée brillante d’aller s’installer en Nouvelle-Zélande pour changer de vie. Vous n’en avez jamais croisé autant, pas même à New-York pendant les vacances scolaires… Ceci dit, les Français de Nouvelle-Zélande sont autrement plus sympathiques que les affreux bourgeois à mèche de quinze ans écumant la Grosse Pomme dans leurs gilets Abercrombie.
L’avantage d’avoir un serveur français, pour le coup, c’est que vous entamez immédiatement une petite discussion ; depuis combien de temps êtes-vous ici ? D’où vous venez, en France ? Et tiens, c’est quoi ce tournage sur la route ?

(la musique de « Psychose » commence. La scène de la douche, cela va sans dire.)

« Le tournage ? C’est la suite du Seigneur des Anneaux, bien sûr ! Ils sont là pour trois jours, et le soir ils viennent manger ici. Toute l’équipe est super sympa, on rigole bien… »

Bon, là, tout va assez vite – il y a comme un truc qui se brise à l’intérieur de vous. LA.SUITE.DU.SEIGNEUR.DES.ANNEAUX.
Peter Jackson est dans un rayon de moins de dix kilomètres. Le film le plus attendu de l’année se tourne là, tout de suite, maintenant, à côté de vous, et vous l’avez dépassé parce que VOUS AVIEZ FAIM !!! (vous êtes bien un Hobbit, tiens.)

Alors c’est peut-être le stress accumulé au cours du voyage, le fait que vous ne savez pas quoi faire, que vous vous sentez très stupide, ou encore simplement la tristesse de réaliser que vous ne pourrez probablement rien y faire mais bon, voilà, autant l’avouer : vous éclatez en sanglots.

AU REVOIR, ELLEN RIPLEY.

Vous ne pouvez pas rester pour attendre le soir, et manger avec toute l’équipe ; votre planning est très serré, et il vous reste encore plusieurs centaines de kilomètres à parcourir avant la nuit. Si vous aviez du temps et un budget illimité, bien sûr, la question ne se poserait pas, et vous regrettez plus que jamais que vos parents ne possèdent pas une chaine hôtelière de luxe, et vous vous dites que vous auriez quand même pu investir au moins une fois par semaine dans un ticket d’Euromillions. Mais les faits sont là : vous ne pouvez pas rester, point barre.
Vous ne pouvez pas non plus partir sans avoir rien fait ; vous pensez au discours du président des Etats-Unis dans « Independance Day » : « Nous ne voulons pas disparaître sans nous battre ! ». Eh bien là, euh, voilà, c’est un peu pareil.

Heureusement, vous avez une co-équipière de choc qui, bien qu’elle ne comprenne pas trop comment il est possible de pleurer pour un film de plus de trois heures avec des nains poilus qui se battent contre d’autres mecs bizarres en costumes, décide de faire demi-tour et de vous emmener jeter un œil sur ce fameux tournage. Reconnaissance éternelle – nous ne sommes pas grand-chose sans nos amis.

Vous voilà donc reparties en sens inverse. Hé ! Il ne pleut même plus. Vous avez mal au bide comme si vous alliez passez votre Bac une troisième fois (quoi ? C’est bien connu, les cinéastes sont des cancres. Ca, et le fait que les équations différentielles mériteraient d’être jetées aux oubliettes et dévorées par les Nazgûls).


Vous arrivez de nouveau au niveau du pont… Sur votre gauche, une aire routière ; sur votre droite, des toilettes. La production a réquisitionné l’aire, qui est donc fermée par des barrières et des régisseurs armés jusqu’aux dents, mais les toilettes semblent accessibles. Stratégie : vous êtes des filles. Vous allez donc faire semblant d’avoir très, très, très envie de faire pipi, et vous approchez des toilettes. Ni vu, ni connu. Action !

Devant les toilettes sont garés des camions contenant de gros tonneaux. Le genre « gros tonneaux à bière pour Hobbits ». Pas de vrais tonneaux, quoi, des accessoires de cinéma. Hmmm. Vous les fixez bien du coin de l’œil, pour pouvoir ensuite crier que vous les avez vus en vrai quand vous les apercevrez dans le film. Ha, ha ! A défaut de mieux…
Vous faites pipi à côté d’une dame à l’air sévère avec une oreillette ; vous vous dites qu’elle a CARREMENT un look de productrice, et vous commencez à fantasmer : c’est effectivement une des « executives » de Warner Bros. Elle va vous demander un mouchoir, vous allez lui en donner un et entamer la conversation ; bien sûr, vous allez sympathiser immédiatement, grâce à votre sens de l’humour surdéveloppé, et elle va vous emmener avec elle sur le tournage, où elle vous présentera à Peter Jackson, parce que bon, quand même, vous avez parcouru plus de vingt mille kilomètres, alors quel hasard extraordinaire de tomber sur eux, et…
La femme sort des toilettes sans même un regard pour vous. Bon.

Vous sortez des toilettes et, plus déterminée que jamais, vous foncez droit sur le régisseur qui monte la garde devant l’entrée de l’aire. Il est jeune, il a l’air sympa et puis zut à la fin, les Néo-Zélandais sont tous plus gentils les uns que les autres, il ne peut pas vous envoyer bouler.

- Bonjour… Il se passe quoi ici ?
- Oh, euh, rien, des travaux sur la route…
- Ah. Non parce que, en fait, je suis réalisateur (oui, bon, vous décidez d’essayer de l’impressionner un peu), et je sais reconnaître un tournage quand j’en vois un, je ne suis pas stupide. Et je sais que c’est un tournage.
- Euuuuh (le type est super, super gêné, et commence à vous parler en regardant en l’air. Mon Dieu – on dirait vous, il n’arrive pas à vous envoyer promener, il est trop gentil) … Euh oui, bon, OK, c’est un tournage.
- Merci. Et ce ne serait pas le tournage de « The Hobbit », par hasard ?
- Euuuuh… j’ai rien le droit de vous dire…
- Non mais bon, en fait on me l’a dit. Je sais que c’est « The Hobbit ».
- Je peux rien dire, je suis désolé… (mais il se passe quoi dans le ciel, à la fin ? Arrête de regarder en l’air !)
- Bon, écoutez. Je viens de France, je ne suis là qu’un mois. Je ne vous cherchais pas et je vous tombe dessus par hasard, juste parce que vous êtes sur le chemin que j’emprunte aujourd’hui. C’est pour ainsi dire le destin ! Alors euh, sachant que je viens de très, très loin, que je veux être réalisateur et que le cinéma c’est toute ma vie… Je peux passer ? S’il vous plaît… ?
- J’ai pas le droit…
- S’il vous plaît…
- Je suis désolé, je ne peux pas.

Voilà. TOUT CA POUR CA. Ô rage, ô désespoir, ô ventouseur ennemi ! Qu’étiez-vous censée faire ? Vous roulez par terre en pleurant, ou partir dignement ? La deuxième option paraissait plus raisonnable. Au moins, vous avez essayé…

Comme on dit : si proche, et pourtant si loin. Gnnnnnn, que c’est FRUSTRANT ! Foutu destin ! Pourquoi vous mettre l’eau à la bouche pour ensuite vous narguer ainsi ? Vous auriez préféré ne jamais tomber sur ce maudit tournage.

En repartant, vous essayez d’emprunter un chemin à travers champs, le long de la route – peine perdue, vous ne croisez pas Peter.
Votre voiture est arrêtée encore une fois quelques kilomètres plus loin, en direction d’Havelock, et vous comprenez enfin le manège ; les voitures sont autorisées à passer quand la caméra ne tourne pas… sinon, elles sont dans le champ.


En bonne groupie que vous êtes, vous profitez donc de cette pause pour photographier tout le paysage autour de vous – Nord, Sud, Est, Ouest. Voilà. On ne sait jamais.




Quoiqu’il en soit, la production a mis le paquet – c’est la route principale, la seule à des kilomètres à la ronde, et ils ont les moyens de la bloquer… Vous voyez mal Gaumont bloquer l’A6.

Eh bien oui, lecteur, voilà, c’est tout. On vous a envoyé bouler – votre journalisme d’investigation n’est pas encore au point. Vos techniques de persuasion non plus.
En plus, vous n’avez vu aucune baleine à Kaikoura. Bon, d’accord, vous avez nagé avec les dauphins en eaux profondes ; toutefois, cette expérience restera surtout inoubliable du fait que l’intégralité de votre bateau, vous incluse, a vomi comme Regan dans
« L’Exorciste ». Ah, la vie d’aventurier…

Deux jours intéressants, comme on dit !

mardi 29 mai 2012

Ouf.

L'ami d'un ami vient de partager ses sentiments sur le dernier Festival de Cannes. Youpi: vous voilà un petit peu défrustrée (en français dans le texte, oui).

"Cannes 2012 : 1H 22 de queue pour aller voir des films que personne n'ira voir quand ils sortiront en salles ... invasion de réfugiés roumains quémendant quelques centimes d'euros à des branchouilles/têtes à claques sortant bourrés du Baron à 8h00 du matin... fêtes cafardeuses envahies par des VRP de "je ne sais pas quoi" qui n'ont aucun rapport avec le cinéma... coin presse étouffant de monde où tu es obligé de t'asseoir sur d'autres journaleux pour taper des textes que personne ne lit et qui sont eux mêmes noyés dans la masse d'autres textes que personne ne lit non plus ... ambiance flashy/technoïde constante transformant la ville en un clone hirsute de Las Vegas... vieilles bourges botoxées se retrouvant à mater des films de la compète au détriment de jeunes cinéphages sans badge rêvant d'avoir des places... j'en passe et des meilleures. Résultat des courses : rentré trois jours plus tôt que prévu. Les films, je les verrais plus tard tranquillou en projo, en salles, en dvd, sur le câble, en vhs, en super 8 ou sur un des 10000 clones de Mega Upload. C'était mon 30e et dernier Cannes."

Aaaah, ça va beaucoup mieux.

Vous, ce que vous retiendrez de Cannes, c'est le Palmarès. Enfin, les thèmes qui s'en dégagent et qui fleurent bon l'été, la joie de vivre, les rires d'enfants : euthanasie, pédophilie, religion, homosexualité... Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Hop hop hop, au boulot. A la rentrée, vous devez être prête à présenter un scénario pour un chouette film de deux heures et demie, de préférence dans une langue étrangère bizarre. Ce sera l'histoire de deux nonnes lesbiennes très âgées, espionnées par des caméras de télé-réalité. Leur univers bascule le jour où l'une d'elle est accusée de pédophilie, ce qui déclenche une attaque cérébrale chez l'autre. Alors elles décident de s'entre-euthanasier. Voilà.

Quoique ce pourrait peut-être être plus sympa si la première dévorait, nue, le visage de la deuxième. A voir.


(BAM! Palme d'Or, direct.)

samedi 19 mai 2012

La vie d'artiste.

Comme nous l’avons déjà vu*, le fait d’être considéré comme un cinéaste prometteur par son entourage peut parfois s’avérer problématique.

Votre famille et vos amis ayant une foi indéfectible en vous, ils se font en effet un plaisir de donner votre nom chaque fois que quelqu’un mentionne une activité ayant un tant soit peu un rapport avec l’audiovisuel.
Vous n’osez pas critiquer : ils pensent aider. Aussi, au lieu de faire voler des tables en leur hurlant de ne jamais donner votre numéro de téléphone sans vous avoir consultée, nom de Zeus de putain de bordel de merde, vous souriez bêtement en baragouinant les remerciements de circonstance.

Vous voulez être réalisateur, oui. Vous voulez écrire, oui. Pour autant, cela veut-il dire que vous êtes équipée au niveau image, montage et même son, ou que vous maîtrisez tous les aspects des différents métiers du spectacle, de la lumière au mixage, en passant par l’installation d’une scène en plein air ? NON.

Voilà comment vous avez par exemple passé des après-midis entiers à maudire la moitié de l’hémisphère Nord en vous prenant la tête sur des devis pour des films institutionnels que vous saviez irréalisables. Parce que hé, untel a un contact qui aimerait bien mettre une vidéo de présentation de sa société sur son site internet, alors vous pourriez le faire pour pas cher, vous, la fille dont la caméra mini-DV a rendu l’âme il y a des années et qui ne possède même pas un ordinateur digne de ce nom pour faire du montage…

Voilà comment vous avez été propulsée réalisatrice de la captation d’un spectacle son et lumière géant en plein air l’été dernier, sans même avoir pu donner votre avis ou même votre accord, ce qui n’est finalement pas important puisque hé, untel organise un concert géant et ce serait super si vous pouviez le faire pour pas cher avec votre matériel, ça vous ferait une expérience d’enfer et pourquoi est-ce qu’on douterait de vous puisque vous êtes la meilleure des a) amies, b) petites-filles, c) membre de la famille à différent degré (à cocher selon les cas de figure).

STOP !

Vous voulez bien écrire des scenarii, des romans, des articles, des chroniques, des lettres de motivation, des fiches de lecture, des lettres d’amour, des dissertations, des notes d’intentions, des bandes démos, des discours de remerciement, des spectacles de stand-up, des vœux de mariage, des lettres d’insulte, n’importe quoi, peu importe, vous pouvez. Parce que c’est ce que vous savez faire, et que vous en avez les moyens.
Vous voulez bien réaliser ou simplement mettre en scène des courts métrages, des longs métrages, des publicités, des films institutionnels, des captations en tous genres, des spectacles, des comédies musicales, des spectacles de fin d’année, des mariages, des enterrements, des dépucelages même, n’importe quoi, tant qu’on vous en donne les moyens. Et avec plaisir, en plus.

Vous ne savez pas, en revanche, éclairer un spectacle pour trois mille personnes, faire la prise d’un son d’un concert ou plus simplement tourner un film sans caméra. Et même si vous avez essayé mille fois de le faire comprendre à votre grand-père, grand-mère, oncle, tante, cousine, coiffeuse, boucher, ami, amie, amis, il n’y a rien à faire – vous serez toujours la fille vers qui on se tournera. Parce que vous êtes trop gentille, trop stupide, trop fauchée, trop au chômage, et que chacun de ces adjectifs conviendra forcément à quelqu’un qui sera fier de pouvoir dire qu’il connaît LA personne idéale pour gérer l’évènement de l’année : VOUS.

Voilà pourquoi votre week-end est gâché par l’épée de Damoclès numéro quatre cent cinquante deux qui pend au dessus de votre tête : vous êtes censée appeler, non, on insiste pour que vous appeliez illico un intellectuel de gauche, professeur de philosophie de son état, qui désire réaliser « Entre les murs 2 » avec ses élèves. A trois cent kilomètres de là. Avec votre aide, bien entendu.
Alors oui, vous êtes ouverte d’esprit, et vous voulez bien aider ; mais il faut bien avouer qu’en général, les lecteurs de Télérama vénérant François Bégaudeau sont assez sectaires – vous vous voyez mal parler des bienfaits de « Shaun of the Dead » autour d’une bière. Vous avez carrément peur, en fait.

AU SECOURS !



* Voir l’article « Et ils vécurent heureux, et eurent beaucoup de DVD »
(http://jeveuxfaireducinema.blogspot.fr/2010/05/et-ils-vecurent-heureux-et-eurent.html)


mercredi 16 mai 2012

The Party.

Aujourd’hui commence le 65ème Festival de Cannes. Cela méritait bien un article… (Quelle originalité ! Quelle audace !)

(La musique du « Petit Dinosaure » commence.)


Depuis environ deux mois, tout le monde s’évertue à vous poser LA question : irez-vous au Festival de Cannes cette année ?
Beeeuuah… non.
Vous n’avez pas de court-métrage à y présenter, donc pas d’accréditation, et encore moins d’argent. Au revoir palmiers, croisette, soleil ! Au revoir vieux riches, starlettes et scientologues ! Au revoir le cinéma, aussi…

La vérité, c’est que vous êtes très triste. Vous adorez le Festival de Cannes ! Quand vous n’y êtes pas, vous avez l’impression qu’une grande fête a lieu sans vous. Bon, quand vous y êtes aussi, en fait. Mais le lecteur intelligent aura compris l’idée.

D’accord – vos origines y sont peut-être aussi pour quelque chose. Vous avez grandi dans une ville où il ne fait jamais beau, et vous vivez à Paris. Le simple fait de passer dix jours au bord de la Méditerranée, entourée de restaurants qui proposent des fruits de mer et de la bouillabaisse, vous rend bêtement heureuse.

Toutefois… il n’y a rien à faire : vous aimez faire la queue pendant des heures en plein soleil pour essayer d’aller voir un film qui, de toute façon, sortira dans quelques mois. Vous aimez manger un panini insipide assise sur une bordure de trottoir en regardant passer tous les gens portant une accréditation autour du cou. Vous aimez flâner dans les allées du Marché du Film en volant des posters d’œuvres improbables à droite et à gauche, afin de décorer vos toilettes en rentrant. Vous aimez passer devant le tapis rouge à l’heure de la montée des marches, et sentir la fébrilité ambiante. Vous aimez aller manger un cookie au Kinder entre deux projections dans le petit coffee shop en face du Palais des Festivals. Vous aimez mettre votre réveil à neuf heures dans le but d’aller à la séance de onze, puis vous rendormir quand il sonne en vous disant que vous n’y arriverez jamais. Vous ne vous lassez pas de remonter la Croisette dans tous les sens, d’y repérer ses stars, ses énergumènes, ses présentateurs télé, ses mamies siliconées, ses étudiants plein d’espoir dans leurs costumes H&M, ses happenings. Vous adorez retrouver des amis cinéphiles que vous ne voyez pas souvent, et déjeuner dans des bouis-bouis avec eux en parlant de cinéma à mille à l’heure.
Vous aimez même vous faire refuser l’entrée à une soirée parce que vous êtes en ballerines, pas en talons aiguilles. Tourner pendant des heures à la recherche d’une place de parking. Ou encore participer à la guerre des flyers dans les couloirs du Short Film Corner, luttant sans relâche au jour le jour pour faire remonter votre petite affiche de film.



Vous n’avez pas honte d’admettre que vous aimez ce putain de microcosme puant et suffisant, duquel vous vous sentez pourtant tellement proche. Cannes, tout le monde crache dessus, mais les gens pleurnichent quand ils n’y vont pas.
Il y a sûrement une part de masochisme en vous : nul autre endroit ne peut rendre aussi bien compte de la concurrence. Vingt-trois aspirants réalisateurs au mètre carré, c’est effrayant. Vous relativisez, tout de même : c’est toujours mieux que les cinquante-deux aspirants acteurs.

Pourtant, on ne peut pas dire que l’an dernier, votre festival de Cannes ait été un franc succès. Professionnellement parlant, en tous cas.
La partie « incrustation » fut en revanche une réussite totale. Des plages privées aux salons du Carlton, en passant par la réception de luxe dans les salons de l’ambassadeur au Palais des Festivals, vous êtes entrée partout – même avec vos ballerines. Vous n’avez pas payé un verre, pas un, pendant toute la durée des festivités. De la soirée Martini à la soirée Cointreau, vous avez régulièrement croisé Jean-Pierre Lavoignat et autres Frédéric Beigbeder (en train de se faire monter dessus sur une banquette, toujours). Vous avez assisté à une soirée filmée par Le Petit Journal. On vous a même proposé de la drogue – que de chemin parcouru depuis votre premier festival et les soirées « chips et coca » sur le balcon de la résidence Pierre & Vacances.
Pour autant… Vous n’alliez pas vous jeter sur Thierry Frémaux en lui demandant de l’aide pour votre carrière future. Vous avez votre honneur, tout de même.

Le fait de partir avec votre petit-ami n’a pas vraiment aidé. Essayez un peu de faire une soirée au bras d’un apprenti réalisateur de sexe masculin ! Vous ne serez rien d’autre que la potiche en robe du soir qui accompagne le monsieur. La prochaine fois, vous vous fabriquerez une pancarte : « Je suis réalisateur aussi. Arrêtez de regarder mes seins, ma bande démo est mieux ».

Il n’y a rien à faire – vous donneriez quand même n’importe quoi pour passer ne serait-ce qu’une journée à Cannes. Rien qu’une toute petite, minuscule journée. Même juste cinq minutes, si elles s’écoulent en compagnie d’Ewan McGregor. Ou simplement deux minutes, juste le temps d’acheter un magazine de cinéma avec un t-shirt en cadeau dedans.
S’il te plaît, dieu des jeux-concours, aide une petite réalisatrice perdue !

De là où vous êtes, même la gare de Juan les Pins a des allures d’Hollywood…



lundi 14 mai 2012

SOIS BONNE ET TAIS TOI.

Vous êtes scandalisée. Outrée, révoltée, fâchée, écoeurée.

La famine en Afrique ? Les Néo-Nazis en Grèce ? Les élections françaises ? Le monde du cinéma ? Non : la MODE.

Vous êtes obligée de passer par le centre commercial pour aller au cinéma. En allant voir « Dark Shadows », vous aviez remarqué qu’une grande enseigne de mode masculine avait lancé une collection Men In Black. Soit.
Aujourd’hui, en sortant de « La cabane dans les bois », vous constatez qu’une autre enseigne a une collection de t-shirts Star Wars absolument fantastique. Or, il se trouve que cette enseigne est MIXTE…

Encore une fois, votre légendaire naïveté vous a explosé au visage – comment avez-vous pu croire une seule seconde que les filles auraient droit à un beau t-shirt Star Wars ?

Tu es une fille ? Alors sois bonne et tais toi ! Les t-shirts sympa, le fun, c’est pour les garçons. Toi, tu es priée de mettre ton corps forcément parfait en avant dans d’insipides débardeurs moulants aux tons pastel d’une banalité affligeante.

Ce n’est pas JUSTE !

En plus, il y a un marché à prendre – vous ne voyez pas pourquoi il ne pourrait pas y avoir de beaux t-shirts Star Wars pour les filles, bien coupés et légèrement décolletés. Ou même, puisque les filles sont visiblement toutes des salopes désireuses d’en montrer le plus possible, de beaux t-shirts Star Wars minuscules à souhait, exhibant fièrement nombril et nichons, ouverts dans le dos, et représentant Leïa à quatre pattes en train de miauler. Au moins ça, quoi !

Le plus triste, c’est que vous avez retourné le magasin pour essayer de trouver un t-shirt de fille sympa… et vous avez trouvé ce qui est apparemment censé être l’équivalent du t-shirt Dark Vador. Accroche-toi, lecteur, et admire la photo volée ci-jointe.




On ne le dira jamais assez : être une fille, c’est vraiment pas facile.