Vous avez vingt-huit ans. La plupart de vos amis sont soit propriétaires, soit mariés, soit, pire encore, parents. Vous êtes locataire, vous avez un travail un jour sur deux et vous êtes allergique à toute forme d’engagement – le simple fait d’acheter un billet de train deux mois à l’avance vous oppresse.
Votre grand-mère aimerait vraiment, vraiment, vraiment vous voir « en robe blanche », pour reprendre son expression. Et si vous pouviez accessoirement lui offrir quelques héritiers… Pauvre Mamie. Elle aurait sans doute été plus heureuse avec une autre petite fille, ou en tous cas avec une version de vous qui serait, par exemple, esthéticienne à Mulhouse (pardon à toutes les esthéticiennes de Mulhouse).
Le fait est que votre vie est tout, sauf normale. Et vous n’avez pas particulièrement envie qu’elle le devienne.
Il va falloir que votre grand-mère comprenne que vous n’avez pas grandi en fantasmant devant des princesses idiotes dont le seul but dans la vie était de se marier. Votre héroïne préférée n’était pas même une princesse – c’était Belle dans « La Belle et la Bête » et même qu’elle était trop cool, elle voulait partir à l’aventure et tout, et en plus elle lisait tout le temps et était super cultivée, nah.
Quand vous étiez petite, vous vouliez être un pirate, un explorateur. Vos modèles féminins étaient Marion Ravenwood, Ellie Sattler, Sandra Bullock dans « Speed » ou encore les héroïnes de James Cameron. Et encore – vous vous identifiiez plus à Indiana Jones.
C’est vraiment étrange que vous ne soyez pas lesbienne, tiens.
Le problème, c’est que la normalité de la vie a vite fait de vous rattraper. Même les grands aventuriers doivent se nourrir et se loger, et c’est là que le bât blesse. Fini de jouer, on ne rigole plus : vous êtes censée être une adulte responsable.
Que les choses soient claires : vous détestez ne rien faire. Travailler, vous ne demandez que ça. Le hic, c’est que vous ne parvenez pas à vivre de l’audiovisuel (y en a-t-il ici qui ne l’auraient pas encore compris ?). Vous faites des choses incroyablement intéressantes et formidablement bénévoles… Vous êtes donc bien obligée de vous tourner vers l’intérim et autres joyeux contrats à durée déterminée, en attendant qu’un vieux milliardaire pas trop libidineux amoureux de votre plume décide de vous coucher sur son testament avant de mourir sur un yacht dans la baie cannoise (attention, hein : il mourra dignement lors d’un grand moment culturel empli d’émotion, comme la lecture d’un bon livre. Pas en pleine gâterie prodiguée par une prostituée russe de seize ans n’ayant même pas de seins).
Or, ce qui est intéressant, quand on a un diplôme de «Technicien Supérieur de l’Audiovisuel, option Réalisation» (mention Très Bien, s’il vous plaît), ainsi qu’un «European Master of Arts, majoring in Audio-visual/Directing», c’est que, une fois sortis du contexte, ces diplômes ne veulent plus rien dire. En d’autres termes, quand vous cherchez du travail, vous vous retrouvez niveau Bac. Bac scientifique, mais Bac tout de même.
Vous avez donc été, pêle-mêle, femme de chambre, opératrice de saisie, gouvernante, secrétaire, réceptionniste, hôtesse d’accueil ou encore agent administratif (un terme poli pour dire que vous ouvrez du courrier). Vous vous refusez à travailler chez Mc Donald’s, Virgin ou tout autre entreprise où vous seriez confrontée à des clients et où l’on pourrait vous reconnaître – c’est idiot mais c’est comme ça.
Vous êtes très fâchée, pour ne pas dire blessée, quand certains de vos proches, parfois même votre père, vous énoncent des énormités telles que « mais pourquoi tu ne cherches pas un boulot dans le montage ou la production ? » … Ah ben oui tiens, vous n’y aviez pas pensé. Parce que bon, être assistante de production ou même servir des cafés à Kad Merad, c’est quand même drôlement moins bien que de distribuer le courrier dans tout le service paie d’une boîte du neuf-trois. Gnnnnn. Si vous pouviez être millième assistante régie, production ou même son, bien sûr que vous le seriez…
Vous voilà donc cantonnée à des tâches ingrates dans des sociétés diverses et variées.
Vous vous retrouvez ainsi confrontée aux gens qui y travaillent – des gens « normaux ». Inutile de mentir : cela fait parfois du bien. Vous êtes toujours très bien accueillie, et, cela ne surprendra personne, les gens « normaux » sont bien plus sincères et gentils que les joyeux drilles qui composent le milieu de l’audiovisuel. Moins de pétasses, moins de fils à papa, moins de fourberies, moins de vils personnages en tous genres – même si tous ne sont pas comme ça, cela va sans dire.
Les gens « normaux » sont toutefois plus… plus… comment dire… NORMAUX. Trop normaux. Parfois terriblement terre à terre et premier degré.
Eté 2010. Vous êtes assise dans le bureau du patron, signant la fin d’un CDD de cinq mois fort sympathique. Le patron en question, par politesse, vous fait la conversation pendant que vous dédicacez divers documents.
« - Alors, qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ?
- Ben, je vous l’ai dit, je veux être réalisateur, je prépare un court-métrage, là…
- Oui, je sais, mais bon, le cinéma c’est un hobby. Tu comptes faire quoi, pour de vrai ?
- … »
S’ensuivent quelques charmantes minutes moralisatrices sur la vie que vous devriez avoir. Espèce de saltimbanque !
Hiver 2011. Vous travaillez dans le service abonnement d’un grand groupe de presse – un service exclusivement féminin. Tout le monde est adorable et deux des filles ont le même âge que vous : l’une a un enfant, et l’autre… deux. Pouin pouin pouin pouuuuin (musique de la déception).
Le neveu du patron vient passer quelque temps au sein du service pour se faire de l’argent de poche ; lui aussi a votre âge. Vos collègues l’interrogent sur son avenir proche… « Oh, moi, je n’ai pas envie de me caser. Je suis jeune, j’ai encore envie de sortir, de faire la fête et de voyager ! »
« Tu as bien raison, roucoulent-elles en réponse, tu as le temps ! »… Après quoi elles se tournent vers vous : « et toi ? »
Vous ? Ben, tout pareil. Vous êtes trop jeune pour vous caser et vous voulez voyager. La sentence tombe immédiatement, d’un premier degré absolument déprimant : « Tu as tort - l’horloge tourne, tu devrais déjà avoir commencé à faire des enfants ! Tu n’es plus toute jeune ! », et blablabla, et prêchi-prêcha, et excusez-moi mais je croyais que les femmes avaient le droit de vote et pouvaient diriger le monde ?
Vous ne voulez pas cracher dans la soupe – vous avez toujours été accueillie très chaleureusement, et les personnes que vous avez pu côtoyer étaient des modèles de gentillesse. Mais, objectivement… vous êtes bien souvent la plus jeune, et on ne peut pas dire que vous ayez les mêmes sujets de conversation. Vos différents emplois sont purement alimentaires, et vous ne vous y épanouissez pas… du tout. Mais que faire d’autre ? Vous avez besoin d’argent, et le vieillard pas trop libidineux se fait attendre...
(à suivre dès demain!)
samedi 12 mai 2012
mardi 17 avril 2012
… Mais un peu quand même.
Tout bien réfléchi, vous vous en fichez. Vous êtes jalouse, certes, mais vous ne déprimez pas pour autant – même si vous sombrerez sans doute en repensant à ce message d’ici une semaine, quand vous aurez repris l’intérim et autres ouvertures de courrier.
Votre bonne humeur reste, pour le moment, inébranlable.
Vous n’aviez rien réalisé depuis plus d’un an et demi. Un an et demi ! Dieu sait s’il s’en est passé, des choses, en un an et demi. Autant être honnête : on ne peut pas dire que vous ayez constamment eu l’envie de vous battre et de continuer. Vous avez, honteusement, pas mal pleuré sur votre sort.
Et, aussi bête que cela puisse paraître, votre petite journée de tournage vous a fait comprendre une chose : vous êtes faite pour ça, nom de Zeus de nom de Zeus.
Ce n’est pas même que vous aimez ça, non – bien sûr que vous aimez ça, le cinéma est toute votre vie. C’est simplement que vous SAVEZ que votre place est là. Que vous voulez faire ça jusqu’à la fin de vos jours.
Et ce n’est pas Morgan Freeman qui va tout gâcher.
Bon, qui sait – toute l’équipe vous a sans doute trouvée lamentable, tyrannique ou pire, invisible. Tant pis… Cela n’enlève rien à cette délicieuse sensation.
C’était la minute kitsch, merci, au revoir.
(Et oui, il est possible que la jeune réalisatrice enthousiaste ait repris le dessus sur la vieille jalouse aigrie. Qu’il est dur d’être schizophrène !)
(Deuxième message reçu, pour l’anecdote : « Oh. Il y a aussi Mélanie Laurent……. » )
Votre bonne humeur reste, pour le moment, inébranlable.
Vous n’aviez rien réalisé depuis plus d’un an et demi. Un an et demi ! Dieu sait s’il s’en est passé, des choses, en un an et demi. Autant être honnête : on ne peut pas dire que vous ayez constamment eu l’envie de vous battre et de continuer. Vous avez, honteusement, pas mal pleuré sur votre sort.
Et, aussi bête que cela puisse paraître, votre petite journée de tournage vous a fait comprendre une chose : vous êtes faite pour ça, nom de Zeus de nom de Zeus.
Ce n’est pas même que vous aimez ça, non – bien sûr que vous aimez ça, le cinéma est toute votre vie. C’est simplement que vous SAVEZ que votre place est là. Que vous voulez faire ça jusqu’à la fin de vos jours.
Et ce n’est pas Morgan Freeman qui va tout gâcher.
Bon, qui sait – toute l’équipe vous a sans doute trouvée lamentable, tyrannique ou pire, invisible. Tant pis… Cela n’enlève rien à cette délicieuse sensation.
C’était la minute kitsch, merci, au revoir.
(Et oui, il est possible que la jeune réalisatrice enthousiaste ait repris le dessus sur la vieille jalouse aigrie. Qu’il est dur d’être schizophrène !)
(Deuxième message reçu, pour l’anecdote : « Oh. Il y a aussi Mélanie Laurent……. » )
lundi 16 avril 2012
... OU PAS!
(attention, lecteur ! Ce mini-billet est signé non plus par la jeune réalisatrice enthousiaste, mais par la vieille jalouse aigrie).
Voici une parfaite petite illustration de votre ironique petite vie : vous venez à peine de poster votre dernier article (un article joyeux, une fois n’est pas coutume) quand vous recevez un message de votre cadreuse, amie très proche qui, comme vous l’avez déjà mentionné, travaille bien plus que vous, la plupart du temps sur de « gros » longs métrages.
« Je fais des renforts sur un film américain aujourd’hui ! On vient de m’appeler en urgence! Il y a Morgan Freeman, le frère de James Franco, Mark Wahlberg aussi je crois, et je ne sais plus qui d’autre ! Tuerie ! »
Gnnnnn.
Voici une parfaite petite illustration de votre ironique petite vie : vous venez à peine de poster votre dernier article (un article joyeux, une fois n’est pas coutume) quand vous recevez un message de votre cadreuse, amie très proche qui, comme vous l’avez déjà mentionné, travaille bien plus que vous, la plupart du temps sur de « gros » longs métrages.
« Je fais des renforts sur un film américain aujourd’hui ! On vient de m’appeler en urgence! Il y a Morgan Freeman, le frère de James Franco, Mark Wahlberg aussi je crois, et je ne sais plus qui d’autre ! Tuerie ! »
Gnnnnn.
Happy Days
Oh, oh. Il se passe un truc bizarre – vous êtes de bonne humeur. Vous êtes même excessivement joyeuse, pour ne pas dire que vous êtes sur un petit nuage depuis maintenant une dizaine de jours. Serait-il possible qu’il vous soit arrivé quelque chose de positif ?
(Les nuages s’écartent, les rayons de soleil vous illuminent et les anges entonnent un «Alleluiah»)
OUI !
Vous avez tourné votre premier clip.
Mais, au-delà de la joie d’avoir bougé un peu vos fesses ankylosées, c’est la joie que tout se soit bien passé qui l’emporte.
Monter un projet, c’est un peu comme être bipolaire : vous alternez les phases de profonde dépression et de bonheur absolu. Haut, bas, haut, comme le déodorant. Votre clip n’a pas échappé à la règle, et la préparation en fut pour le moins épique. Mais voilà : pour une fois dans votre vie, vous avez été bien entourée. Cela ne signifie pas seulement que l’équipe était compétente et que vous aviez du très bon matériel (même si tourner avec la meilleure des caméras de cinéma, avoir un chef opérateur qui vous fait des flares à la J.J. Abrams sur demande ou encore découvrir qu’il est possible d’affectionner son producteur, ça a du bon) ; non, cela signifie surtout que votre équipe était sincèrement motivée, de la maquilleuse à l’assistant-réalisateur, en passant par les électros (si, si). Pas d’abominables techniciens blasés qui n’ont que faire de ce sur quoi ils travaillent, qu’il s’agisse du dernier blockbuster à la mode ou d’un film érotique glauque dans la banlieue de Rouen – tant qu’ils font leurs heures…
Chacun des membres de votre belle équipe vous a généreusement offert sa journée et vous avez eu l’impression, pour la première fois depuis des années, de retrouver enfin le plaisir simple de faire un film entre amis, comme à l’époque du lycée.
Même les problèmes les plus épineux ont fini par tourner à votre avantage. L’un de vos acteurs se désiste la veille au soir ? Pas de problème, votre deuxième assistant-réalisateur se dévoue pour passer devant la caméra… et s’avère, en plus d’être bon et extrêmement photogénique, être le sosie de Jude Law.
Vous n’auriez jamais imaginé, dans vos rêves les plus fous, que tout se passe si bien. Vous appréhendiez quelque peu les rapports avec votre nouveau chef opérateur, qui s’évertuait à vouloir vous faire louer dix mètres de rail pour un travelling dont vous n’aviez pas besoin. Dix mètres. Pour vous, cela s’apparentait à mettre des explosions dans un film d’auteur. Pourtant, une fois sur le plateau, la collaboration s’est faite sans encombre, dans la bonne humeur et le respect du chef que vous êtes (que c’est bon de le dire, parfois. Ha ha !)…
Et que dire des acteurs ? A votre niveau, un comédien sur deux est, la plupart du temps, mauvais. Sur ce projet, vous dirigiez douze personnes, de tous âges, hommes et femmes, et tout le monde a été parfait. La disponibilité et la gentillesse sont une chose, mais ces comédiens avaient, cerise sur le gâteau, tout à fait compris ce que vous vouliez; chaque prise fut un régal. Pour vous, cela s’appelle… de la science-fiction.
Vos acteurs n’ont pas donné que leur temps – ils vous aussi plus ou moins donné leur corps ! Le clip demandait sensualité, baisers et, il faut bien l’avouer, coups de langues. Et, contrairement à ce que vous auriez pu penser, ce genre de choses détend énormément… Vous rigoliez tellement, à vrai dire, que vous n’arriviez plus à crier «coupez».
C’est officiellement décidé : vous mettrez désormais du sexe dans tous vos films. Rien de tel pour mettre tout le monde à l’aise. Et puis vous aimez tant lancer des phrases comme « Tout le monde en place pour l’insert nichon ! » - c’est votre côté glamour.
Le plus incroyable, finalement, c’est que la magie s’est prolongée au-delà du tournage. Le montage a été facile, merveilleusement facile – vous ne vous étiez jamais pris la tête avec autant de plaisir. Vous n’avez même pas overdosé la chanson… Quant au résultat final, il est à la hauteur de vos espérances, et plus encore. Vous pouvez vous passer ce clip plusieurs fois de suite sans vous lasser ; vous riez encore au dixième visionnage, et le jeu hilarant des acteurs vous permet de découvrir à chaque fois un gag que vous n’aviez pas encore vu. Vous ne révolutionnerez pas le monde du clip, mais vous avez un produit de qualité, techniquement impeccable, extrêmement cinématographique, et vous racontez une petite histoire – chose qui vous tenait à cœur.
En fait, tout est tellement parfait que vous vous sentez étrangement détachée. Ce clip fonctionne, il est beau, et vous en gardez un excellent souvenir – il ne peut pas être de vous !
Si l’on en croit le principe du Yin et du Yang, vous allez devoir faire très, très attention en traversant la route dans les jours à venir…
(Les nuages s’écartent, les rayons de soleil vous illuminent et les anges entonnent un «Alleluiah»)
OUI !
Vous avez tourné votre premier clip.
Mais, au-delà de la joie d’avoir bougé un peu vos fesses ankylosées, c’est la joie que tout se soit bien passé qui l’emporte.
Monter un projet, c’est un peu comme être bipolaire : vous alternez les phases de profonde dépression et de bonheur absolu. Haut, bas, haut, comme le déodorant. Votre clip n’a pas échappé à la règle, et la préparation en fut pour le moins épique. Mais voilà : pour une fois dans votre vie, vous avez été bien entourée. Cela ne signifie pas seulement que l’équipe était compétente et que vous aviez du très bon matériel (même si tourner avec la meilleure des caméras de cinéma, avoir un chef opérateur qui vous fait des flares à la J.J. Abrams sur demande ou encore découvrir qu’il est possible d’affectionner son producteur, ça a du bon) ; non, cela signifie surtout que votre équipe était sincèrement motivée, de la maquilleuse à l’assistant-réalisateur, en passant par les électros (si, si). Pas d’abominables techniciens blasés qui n’ont que faire de ce sur quoi ils travaillent, qu’il s’agisse du dernier blockbuster à la mode ou d’un film érotique glauque dans la banlieue de Rouen – tant qu’ils font leurs heures…
Chacun des membres de votre belle équipe vous a généreusement offert sa journée et vous avez eu l’impression, pour la première fois depuis des années, de retrouver enfin le plaisir simple de faire un film entre amis, comme à l’époque du lycée.
Même les problèmes les plus épineux ont fini par tourner à votre avantage. L’un de vos acteurs se désiste la veille au soir ? Pas de problème, votre deuxième assistant-réalisateur se dévoue pour passer devant la caméra… et s’avère, en plus d’être bon et extrêmement photogénique, être le sosie de Jude Law.
Vous n’auriez jamais imaginé, dans vos rêves les plus fous, que tout se passe si bien. Vous appréhendiez quelque peu les rapports avec votre nouveau chef opérateur, qui s’évertuait à vouloir vous faire louer dix mètres de rail pour un travelling dont vous n’aviez pas besoin. Dix mètres. Pour vous, cela s’apparentait à mettre des explosions dans un film d’auteur. Pourtant, une fois sur le plateau, la collaboration s’est faite sans encombre, dans la bonne humeur et le respect du chef que vous êtes (que c’est bon de le dire, parfois. Ha ha !)…
Et que dire des acteurs ? A votre niveau, un comédien sur deux est, la plupart du temps, mauvais. Sur ce projet, vous dirigiez douze personnes, de tous âges, hommes et femmes, et tout le monde a été parfait. La disponibilité et la gentillesse sont une chose, mais ces comédiens avaient, cerise sur le gâteau, tout à fait compris ce que vous vouliez; chaque prise fut un régal. Pour vous, cela s’appelle… de la science-fiction.
Vos acteurs n’ont pas donné que leur temps – ils vous aussi plus ou moins donné leur corps ! Le clip demandait sensualité, baisers et, il faut bien l’avouer, coups de langues. Et, contrairement à ce que vous auriez pu penser, ce genre de choses détend énormément… Vous rigoliez tellement, à vrai dire, que vous n’arriviez plus à crier «coupez».
C’est officiellement décidé : vous mettrez désormais du sexe dans tous vos films. Rien de tel pour mettre tout le monde à l’aise. Et puis vous aimez tant lancer des phrases comme « Tout le monde en place pour l’insert nichon ! » - c’est votre côté glamour.
Le plus incroyable, finalement, c’est que la magie s’est prolongée au-delà du tournage. Le montage a été facile, merveilleusement facile – vous ne vous étiez jamais pris la tête avec autant de plaisir. Vous n’avez même pas overdosé la chanson… Quant au résultat final, il est à la hauteur de vos espérances, et plus encore. Vous pouvez vous passer ce clip plusieurs fois de suite sans vous lasser ; vous riez encore au dixième visionnage, et le jeu hilarant des acteurs vous permet de découvrir à chaque fois un gag que vous n’aviez pas encore vu. Vous ne révolutionnerez pas le monde du clip, mais vous avez un produit de qualité, techniquement impeccable, extrêmement cinématographique, et vous racontez une petite histoire – chose qui vous tenait à cœur.
En fait, tout est tellement parfait que vous vous sentez étrangement détachée. Ce clip fonctionne, il est beau, et vous en gardez un excellent souvenir – il ne peut pas être de vous !
Si l’on en croit le principe du Yin et du Yang, vous allez devoir faire très, très attention en traversant la route dans les jours à venir…
lundi 19 mars 2012
Girl Power dans ton cul.
Vous avez, pendant quelques temps, travaillé avec une productrice qui prenait la cause féministe très à cœur, et c’était assez fatigant. Elle vous reprenait systématiquement quand vous disiez que vous vouliez être réalisateur (ré-a-li-sa-TRICE !), et faisait ce truc horrible qui consiste à mettre la lettre e à la fin du mot « auteur ». Une auteure. Non mais franchement.
Quiconque appartient au genre féminin sait que ce n’est pas forcément facile, qu’il s’agisse de discrimination au travail ou simplement d’un crétin de l’autre sexe qui vous traitera de pisseuse si vous émettez l’envie de faire une pause en voiture.
Il y a des femmes incroyables qui ont fait avancer les choses, qui ont touché à des vrais problèmes. Et il y a les autres, les poilues insupportables qui décrédibilisent les femmes, tout comme les vieux hippies malodorants et anarchistes décrédibilisent la cause écologiste. Celles qui font disparaître le « mademoiselle » des documents administratifs, par exemple…
Tout cela pour dire que vous n’êtes pas spécialement portée sur le féminisme ; enfin, vous êtes en tous cas loin d’être une extrémiste, et vous ne chipotez pas sur des idioties. Disons que vous êtes le genre qui se présenterait comme étant réalisateur à une manifestation en faveur de l’avortement… !
Alors d’accord, nous sommes en France, en 2012, et vous n’êtes donc pas spécialement à plaindre. Mais lorsque l’on se destine à être réalisateur (ré-a-li-sa-TRICE !), on ne peut pas s’empêcher, de temps à autres, de se poser la question : être une fille, ça aide, ou pas ?
Certes, vous avez parfois du mal à vous faire respecter, notamment par les techniciens de sexe masculin (comme c’est étrange…). Mais objectivement, vous diriez qu’il y a autant de bon que de mauvais. Et puis, il ne faut pas se leurrer, les nichons, ça aidera toujours.
Ce que vous préférez, c’est l’idée que vous avez toujours une chance d’être la première femme réalisateur (ré-a-li-sa-TRICE !) de nationalité française à remporter l’Oscar. Pitié, Michel Hazanavicius, ne change jamais de sexe.
Alors, pourquoi cette réflexion, pourquoi ce billet ?
La semaine dernière, vous avez reçu un message d’un parfait inconnu qui venait de voir votre film, et qui tenait à vous féliciter. Jusque là, tout allait bien.
Contente, vous avez immédiatement fait part de votre satisfaction à la première personne qui passait par là, à savoir votre petit-ami… qui a bien rigolé et vous a dit que ce n’était pas une critique de film, mais de la drague foireuse.
Bien entendu, vous avez été vexée, très vexée – vos films ne sont-ils donc pas assez bons pour mériter des critiques sympathiques, sans arrière-pensée ?
Et paf, vous avez répondu à l’inconnu pour le remercier. Non mais oh.
La réponse de l’intéressé a cette fois-ci été plus explicite. Voilà, vous êtes merveilleuse et tous vos films sont géniaux, énormes, très bien écrits et tiens, deviens mon amie sur Facebook tant qu’on y est.
Quelle déception. Votre traître de petit-ami a raison, mais vous devez, en plus, ajouter l’inconnu à la longue liste des cinéphiles désespérés tentant leur chance vers une pauvre inconnue ayant réalisé deux malheureux courts métrages et ne méritant pas tant d’attention. Si encore vous ressembliez à Cameron Diaz – mais non ! Les types n’ont même pas besoin de votre photo pour écrire, de toutes façons. Ils doivent supposer que vous avez ce qu’il faut là où il faut. Mais vous n’êtes pas qu’un trou à fourrer, vous êtes aussi un cinéaste en herbe qui aimerait bien qu’on juge ses films objectivement !
C’est extrêmement frustrant. Vous faites des films pour qu’ils soient vus, et vous êtes toujours très touchée quand quelqu’un prend le temps de vous écrire un petit mot – ça encourage à continuer. Mais quand une bonne moitié de vos critiques positives ne sont que de pathétiques tentatives de flirt, il y a de quoi se poser des questions. Ils sont biens, vos films, ou pas ?! Ne devriez-vous accepter que les critiques des filles et des homosexuels ?
Etre une fille, c’est nul.
Dèsfois.
Kathryn Bigelow n’a quand même pas eu son Oscar parce que son lifting était réussi… Si?
Quiconque appartient au genre féminin sait que ce n’est pas forcément facile, qu’il s’agisse de discrimination au travail ou simplement d’un crétin de l’autre sexe qui vous traitera de pisseuse si vous émettez l’envie de faire une pause en voiture.
Il y a des femmes incroyables qui ont fait avancer les choses, qui ont touché à des vrais problèmes. Et il y a les autres, les poilues insupportables qui décrédibilisent les femmes, tout comme les vieux hippies malodorants et anarchistes décrédibilisent la cause écologiste. Celles qui font disparaître le « mademoiselle » des documents administratifs, par exemple…
Tout cela pour dire que vous n’êtes pas spécialement portée sur le féminisme ; enfin, vous êtes en tous cas loin d’être une extrémiste, et vous ne chipotez pas sur des idioties. Disons que vous êtes le genre qui se présenterait comme étant réalisateur à une manifestation en faveur de l’avortement… !
Alors d’accord, nous sommes en France, en 2012, et vous n’êtes donc pas spécialement à plaindre. Mais lorsque l’on se destine à être réalisateur (ré-a-li-sa-TRICE !), on ne peut pas s’empêcher, de temps à autres, de se poser la question : être une fille, ça aide, ou pas ?
Certes, vous avez parfois du mal à vous faire respecter, notamment par les techniciens de sexe masculin (comme c’est étrange…). Mais objectivement, vous diriez qu’il y a autant de bon que de mauvais. Et puis, il ne faut pas se leurrer, les nichons, ça aidera toujours.
Ce que vous préférez, c’est l’idée que vous avez toujours une chance d’être la première femme réalisateur (ré-a-li-sa-TRICE !) de nationalité française à remporter l’Oscar. Pitié, Michel Hazanavicius, ne change jamais de sexe.
Alors, pourquoi cette réflexion, pourquoi ce billet ?
La semaine dernière, vous avez reçu un message d’un parfait inconnu qui venait de voir votre film, et qui tenait à vous féliciter. Jusque là, tout allait bien.
Contente, vous avez immédiatement fait part de votre satisfaction à la première personne qui passait par là, à savoir votre petit-ami… qui a bien rigolé et vous a dit que ce n’était pas une critique de film, mais de la drague foireuse.
Bien entendu, vous avez été vexée, très vexée – vos films ne sont-ils donc pas assez bons pour mériter des critiques sympathiques, sans arrière-pensée ?
Et paf, vous avez répondu à l’inconnu pour le remercier. Non mais oh.
La réponse de l’intéressé a cette fois-ci été plus explicite. Voilà, vous êtes merveilleuse et tous vos films sont géniaux, énormes, très bien écrits et tiens, deviens mon amie sur Facebook tant qu’on y est.
Quelle déception. Votre traître de petit-ami a raison, mais vous devez, en plus, ajouter l’inconnu à la longue liste des cinéphiles désespérés tentant leur chance vers une pauvre inconnue ayant réalisé deux malheureux courts métrages et ne méritant pas tant d’attention. Si encore vous ressembliez à Cameron Diaz – mais non ! Les types n’ont même pas besoin de votre photo pour écrire, de toutes façons. Ils doivent supposer que vous avez ce qu’il faut là où il faut. Mais vous n’êtes pas qu’un trou à fourrer, vous êtes aussi un cinéaste en herbe qui aimerait bien qu’on juge ses films objectivement !
C’est extrêmement frustrant. Vous faites des films pour qu’ils soient vus, et vous êtes toujours très touchée quand quelqu’un prend le temps de vous écrire un petit mot – ça encourage à continuer. Mais quand une bonne moitié de vos critiques positives ne sont que de pathétiques tentatives de flirt, il y a de quoi se poser des questions. Ils sont biens, vos films, ou pas ?! Ne devriez-vous accepter que les critiques des filles et des homosexuels ?
Etre une fille, c’est nul.
Dèsfois.
Kathryn Bigelow n’a quand même pas eu son Oscar parce que son lifting était réussi… Si?
jeudi 8 mars 2012
Chroniques de la Terre du Milieu - Hairy Feet (2)

Vous voilà donc assise dans un mini-van quelque peu bordélique, en compagnie d’un Maori pour le moins imposant. Vous allez toutefois vite découvrir qu’il est tout aussi génial et gentil qu’il est énorme.
Il coche votre nom sur sa liste et vous tend un papier à lire et à signer immédiatement : la close de confidentialité.
Alors voilà : vous n’êtes donc pas censée diffuser vos photos où que ce soit, ni même les montrer. Bien que ce point vous chagrine, vous comprenez la volonté de la production, et la respectez… même si vous avez la légère impression qu’entre la bande-annonce de «Bilbo le Hobbit» et les différents making-of qui courent sur internet, vous ne dévoileriez pas grand-chose d’extraordinaire. Vos photos restent donc sagement sur votre ordinateur, attendant le jour où les deux films seront sortis et où vous pourrez enfin les exhiber fièrement. Tant pis.
Mais vous n’êtes pas non plus supposée, si l’on en croit le texte, raconter ce que vous avez vu. Hmmm. Voici un point délicat. Avez-vous le droit d’écrire cet article ? Après avoir lu et relu la clause de confidentialité, vous en êtes arrivée à la conclusion suivante : vous n’avez pas le droit de parler de ce qui sera dans le film. Vous ne déflorerez donc rien et ne mentionnerez pas ce qui a été conçu, construit, filmé pour les deux volets de « Bilbo le Hobbit ». En revanche, il vous semble bien innocent de raconter comme se passe la visite, à quoi ressemblait votre guide, et les quelques anecdotes qu’il a pu vous raconter.
Ces réflexions peuvent paraître idiotes mais vous préférez vous poser la question : il serait dommage que l’on décide de vous attaquer et de s’en prendre à votre misérable compte en banque, qui suffirait à peine à payer un repas aux pontes de la Warner. Ou, pire, que l’on vous oblige à fermer votre blog.
Bien entendu, si l’heureux lecteur qui parcourt ces lignes estime qu’il y a un danger de mort imminent, il a tout fait le droit de faire part de son avis sur la question…
Retour à nos moutons (c’est de circonstance).
Vous signez la close, non sans frémir, et vous voilà partis. Vous êtes la première à monter à bord et avez donc l’occasion de bavarder un peu avec votre chauffeur ; quelle délicieuse surprise ! Il se trouve que le monsieur a participé à l’aventure du « Seigneur des Anneaux », et regorge d’anecdotes. Les deux heures de route que vous passerez en sa compagnie (une heure aller, une heure retour, tout de même) seront donc émaillées de souvenirs ravis et d’histoires incroyables. Vous êtes sur un petit nuage. Vous êtes pratiquement sûre qu’en l’écoutant, vous avez des étoiles dans les yeux et la bouche ouverte niaisement. Peut-être même un peu de bave aux lèvres. Tant pis – vous assumez.
Vous sympathisez avec les autres occupants de la voiture ; comme vous, certains voyagent seuls – leurs compagnons de route ne sont pas non plus de grands fans de la trilogie… (votre amie ne l’a pas vue). Vous voilà donc en grande conversation avec un Maori géant, un bel Anglais et une Polonaise. Etrangement, plus vous vous éloignez de Rotorua pour vous approcher de la Comté, plus le ciel se dégage... La journée va être belle !
Ce voyage en voiture est, pour vous, le plus surréaliste des voyages en voitures. Votre nouvel ami, Super-Chauffeur, vous parle de Peter, d’Orlando et des autres avec un naturel désarmant. C’est tellement étrange – votre conversation les rend réels. Ils sont vrais, ils existent. Ils ont parlé, ils ont rit avec la personne qui vous parle.
Super-Chauffeur a joué le rôle d’un Uruk-hai ; il est mort d’une flèche tirée par Legolas. Orlando Bloom est donc son super copain – il n’arrête pas de vous parler de lui. C’est surnaturel.
Toute sa tribu Maori (à Super-Chauffeur, pas à Orlando Bloom...) a d’ailleurs participé à la trilogie ; comme tous les Maoris, ils ont joué des Uruk-hai et autres méchants belliqueux. A l’entendre, vous avez l’impression que tout le pays a participé, ce qui n’est probablement pas loin de la vérité.
Peter (personne dans la voiture ne songe à demander « Peter qui ? », c’est amusant) est visiblement la personne la plus sympathique du monde, et Super-Chauffeur est intarissable. Il aime bien Peter, c’est toujours un plaisir de lui rendre service ; à sa demande, il a officié sur plusieurs postes, notamment en tant que garde du corps.
Normal, quoi.
Bercée par les histoires merveilleuses de votre chauffeur, vous arrivez à votre destination gonflée à bloc. La voiture se gare devant le café de la Comté, une bâtisse en bois servant de point de départ à la visite. Tout, autour de vous, n’est que collines verdoyantes et moutons. Rien d’autre à perte de vue que la nature. Le soleil brille, il commence à faire chaud, et vous êtes heureuse. « Heureux, E, R, E », comme dirait Roger Rabbit.
Vous embarquez dans un bus de type « bus scolaire américain », et laissez votre chauffeur au café ; un guide prend le relais. Nom de Zeus, le guide.
Pas étonnant qu’il ait eu le job : ce type est un Hobbit. Un vrai de vrai. Il est blond et ses cheveux frisés forment une épaisse tignasse. Et surtout, surtout… il marche pieds nus. Joyeux, convivial, tout content ; un bon Hobbit joufflu comme on les aime.
Et hop, c’est parti. Les lieux de tournage se situent au sein d’un grand domaine appartenant à des fermiers du coin. Techniquement, c’est une propriété privée ; le bus passe donc une barrière et pénètre dans les champs, ou plutôt les collines, où paissent des centaines de bestioles à quatre pattes. Tout le monde est fébrile et regarde par la fenêtre avec une impatience non contenue – on se croirait à la première visite du Jurassic Park, quand les dinosaures refusent de se montrer. Après quelques minutes de slalom sur des chemins de terre, entre vaches et moutons, où le guide vous explique que tel ou tel emplacement boueux servait à garer les camions ou les loges, le bus se gare enfin.
Vous y êtes. La Comté s’étend devant vous, et c’est immense ! Ce n’est pas un faux décor de film en carton-pâte – vous êtes VRAIMENT chez les Hobbits.
Le guide est un chic type, vraiment drôle. Il demande si votre petit groupe de touristes est composé de fans « normaux », ou de fans « fanatiques » ; vos petits camarades et vous, à l’unanimité, vous autoproclamez fans normaux. Pas d’hystériques qui font peur – tout va bien.
Chouette, dit le guide. Il va pouvoir en profiter pour vous raconter plein d’histoires sur les fans légèrement frappadingues qui ont visité les lieux. C’est comme au collège : se moquer des autres, ça créé des liens. Il est doué, ce guide. Voici donc les trois meilleures anecdotes.
3) Commençons avec la charmante histoire d’un charmant petit couple ; le guide n’a pas réussi à identifier leur langue, mais ce n’était certainement pas de l’anglais. La femme, en l’occurrence, ne le parlait pas du tout ; son mari lui traduisit donc intégralement la visite, au fur et à mesure. Mais pas dans leur langue, non. En elfique.
2) Un homme seul vint un jour visiter Hobbitebourg. Au lieu de suivre le guide et d’écouter ses explications, il alla s’asseoir sous l’arbre sous lequel lisait Frodon, et refusa catégoriquement de suivre le groupe. Le guide le laissa donc tranquille pendant qu’il emmenait les autres. Mais que faisait cet homme ? Eh bien il lisait, comme Frodon. Grand fan de Tolkien, il n’avait jamais vu la trilogie, et avait décrété qu’il irait lire « Le Seigneur des Anneaux » sous le fameux arbre, au cœur de la Comté ; s’il estimait qu’il était bien dans l’ambiance décrite par le livre, qu’il retrouvait les lieux tels qu’ils étaient censés être, alors il accepterait de voir les films.
Il a finalement été satisfait.
1) La meilleure anecdote est une anecdote luxueuse… Un fan est venu à la Comté et en a profité pour acheter une réplique de l’anneau à la boutique du café (pour ceux qui se posent la question, la bague en question valait huit-cents dollars néo-zélandais, soit environ cinq-cents euros). Il est ensuite allé s’offrir un vol en hélicoptère au dessus du Parc National du Tongariro, dont les célèbres volcans ont servi de décor au royaume de Sauron. La suite se devine aisément…
Il a jeté l’anneau dans le volcan.
La visite est un pur bonheur, comme chacun se doute. Le soleil cogne et, tartinée de crème solaire, vous suivez le groupe en mitraillant les lieux de vos deux appareils photos, tout en répondant aux petites devinettes que le guide vous pose sur les films. Vous êtes officiellement une touriste, une méga-touriste même, mais vous êtes à vingt mille kilomètres de chez vous, et il n’y a pas de témoins. Et puis, vous ne pouvez pas TOUJOURS jouer les blasées – vous êtes un être humain, tout de même.
De retour au café, on vous offre une collation (les Hobbits ont le sens de l’hospitalité), et vous en profitez pour acheter quelques souvenirs. C’est là que vous découvrez la Sobering – de sober + ring : la bière conçue spécialement pour le tournage.
Peter Jackson étant connu pour faire des dizaines de prises, la chose s’est avérée quelque peu problématique quand il s’agissait des scènes où les Hobbits boivent de la bière. Une brasserie locale a donc conçu une bière à un pour cent d’alcool, afin que les comédiens puissent éviter le coma éthylique au bout de dix prises.
Pour l’anecdote, c’est la bière la plus insipide que vous ayez jamais bue – mais c’est sans doute celle que vous avez bue le plus religieusement !
Au retour, dans la voiture, tout le monde n’a qu’un mot à la bouche : Bilbo. Le tournage est en cours, et tout le monde s’échange fébrilement des informations, chacun espérant croiser l’équipe du film dans son périple néo-zélandais.
La Polonaise vous explique qu’un ami à elle a bu un verre avec Ian McKellen dans un bar. L’Anglais connaît plusieurs personnes qui sont tombées sur Orlando Bloom. Tout le monde, en tous cas, s’accorde à dire que le tournage se fait sur l’île du Sud.
Super-Chauffeur vous dit de ne pas vous faire trop d’illusions : l’équipe s’éloigne toujours des routes principales, et le tournage n’est pas facile à trouver. C’est mal vous connaître, vous et votre légendaire chance malchanceuse.
Mais ceci est une autre histoire…
lundi 5 mars 2012
Chroniques de la Terre du Milieu - Hairy Feet (1)

6 décembre 2011, bien trop tôt le matin…
Vous sortez de votre motel sous une pluie fine et allez attendre sur le trottoir. Vous ressemblez à une touriste, ce qui vous déplaît fortement – chaussures de marche, appareil photo en bandoulière et, abomination suprême, k-way. De la fumée s’échappe d’une bouche d’égout et parfume toute la rue d’une bonne odeur d’œuf pourri ; c’est le quai de la station Châtelet-Les-Halles puissance mille. Cet endroit pue, c’est une abomination.
Mais qu’est-ce que vous foutez là ?
Flashback numéro un.
Un mois auparavant, vous avez arpenté le Net dans ses moindres recoins pour être sûre de ne pas rater Hobbitebourg / Hobbiton, le village des Hobbits, lors de votre voyage en Nouvelle-Zélande. Aucun risque : l’endroit est plus que célèbre et possède un site internet très détaillé. Vous y avez donc appris que le seul moyen d’aller vénérer les lieux est de prendre part à une visite guidée – moyennant quelques dizaines de dollars, cela va sans dire. Boarf – quitte à payer un billet d’avion et à subir vingt-quatre heures de vol, autant ne pas rater ça : c’est une formalité !
Vous avez un peu faim mais il est hors de question d’avaler quoi que ce soit tant que vous marinerez dans cette odeur. Vous surveillez l’heure sur votre téléphone portable : votre rendez-vous ne devrait plus tarder.
Flashback numéro deux.
Une semaine auparavant, vous avez écrit aux responsables du site pour les avertir de votre visite prochaine, et vérifier ainsi qu’il n’y aurait aucun problème. La réponse fut rapide, fort sympathique, et plutôt rassurante. Oui, le site serait ouvert lors de votre passage dans la région. Oui, vous pouviez venir sans réserver. Et tenez, nous vous envoyons même les horaires de départ de toutes les visites.
Vous commencez à stresser, parce que l’horaire de votre rendez-vous a été dépassé d’environ deux minutes et que si vous échouez sur ce coup là, vous n’aurez pas d’autre chance avant un bon bout de temps. Vous n’êtes même pas sûre de ce que vous attendez, mais vous guettez désespérément le coin de la rue.
Grrrrrrrooooou, fait votre ventre.
Flashback numéro trois.
Première semaine de votre périple néo-zélandais, quatrième jour d’aventure… soit la veille de votre interminable attente sur le trottoir. Vous vous rendez de Coromandel à Rotorua – en français dans le texte, vous descendez vers le Sud après avoir atterri à Auckland. Votre fenêtre pour visiter Hobbitebourg se situe donc ici, entre deux étapes. Il se trouve que, par miracle, la ville des semi-hommes est en plein milieu de votre parcours (merci, dieu du cinéma ! Merci, dieu des voyageurs !). Elle répond au doux nom de Matamata…
Bien entendu, votre GPS a décidé de mourir juste à la sortie d’Auckland, et vous devez donc trouver tout cela par vous-même. Mais c’est toujours un plaisir que de s’arrêter dans une station-service ressemblant en tous points à un décor de film américain, et de demander au pompiste s’il n’aurait pas, par hasard, entendu parler des Hobbits (vous ne voulez pas avoir l’air trop bête, aussi commencez-vous systématiquement vos phrases par « I have a silly question… »).
On vous envoie au « Visitor Centre », au centre-ville ; pas spécialement difficile à trouver, étant donné la taille de la bourgade.
Vous voici donc devant l’office de tourisme en question. On peut difficilement le rater, puisqu’une grosse sculpture herbue représentant un trou de Hobbit est implantée sur le trottoir. En face, sur le terre-plein central, au centre de l’avenue, un gros panneau proclame « Welcome to Hobbiton », un Gollum en pierre à ses côtés. Pas de doute, vous êtes arrivée. Enfin, presque…
Vous entrez dans le « Visitor Centre » et vous dirigez vers le comptoir (oui, oui, nous sommes toujours dans le flashback numéro trois), afin de faire part à l’autochtone en fonction de votre désir d’embarquer pour la dernière visite de la journée, à dix-sept heures et des poussières. BAM ! Raté. Selon la demoiselle à l’accent improbable qui vous fait face, cette dernière visite n’existe pas. Du moins, pas encore – cet horaire ne s’appliquera qu’à partir de Noël. Bien entendu, vous avez raté la dernière visite, la vraie, partie une petite heure plus tôt.
Un courant glacé s’insinue dans vos entrailles… Vous n’allez quand même pas rater CA ? Eh bien non ! L’ami néo-zélandais a tout prévu. Des navettes sillonnent la région et peuvent passer prendre les joyeux touristes à leur hôtel, dans les grandes villes environnantes. En l’occurrence, on pourra venir vous chercher le lendemain matin, à la première heure, à Rotorua, et vous pourrez passer la matinée à folâtrer dans les vertes collines. C’est plus cher, et vous devrez écraser une demi-journée dans votre programme du lendemain. Mais la question se pose-t-elle ? Non.
Vous vous dirigez donc vers Rotorua, un peu déçue mais soulagée. En chemin, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander où se cache, exactement, le village des Hobbits. Vous savez que le décor se trouve dans une ferme, hors de la ville. Mais où ? On est souvent déçu lorsque l’on met les pieds sur un décor de cinéma : on réalise que les cadrages trichent énormément et que tout est en réalité minuscule. Pas ici : la région entière, sur des dizaines de kilomètres, n’est composée que de collines verdoyantes. A perte de vue, de l’herbe verte sur un paysage vallonné. Vous avez l’impression de reconnaître les lieux à chaque virage, c’est un supplice. Mais vous savez que dans un peu plus de douze heures, vous y serez…
Un peu plus de douze heures après, justement, vous revoilà sur votre trottoir, toujours à faire le pied de grue dans les odeurs de soufre. Rotorua est une ville réputée pour ses phénomènes géothermiques. Alors oui, c’est incroyable, c’est impressionnant, aaaah, ooooh, des flaques d’eau bouillantes, des lacs multicolores, des geysers, des enfants Maori qui meurent ébouillantés en jouant entre les maisons (euh… véridique). Mais ça pue. CA PUE !
Et puis ça y est, il arrive. Un mini-van estampillé « Hobbiton » tourne au coin de la rue et se dirige vers vous.
AAAAAAAAAAAAH !!!
La suite demain.
Eh ouais, je fais du teasing. Je suis comme ça, moi.
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